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Le prix Nobel de littérature au chanteur américain Bob Dylan

Le célèbre chanteur folk américain, qui a marqué toute une génération d'artistes, vient d'être couronné du prix Nobel de littérature.

Le prix Nobel de littérature a été attribué au chanteur américain Bob Dylan, 75 ans, a annoncé jeudi l'Académie suédoise.

L'auteur de Blowing in The Wind a été récompensé "pour avoir créé dans le cadre de la grande tradition de la musique américaine de nouveaux modes d'expression poétique", a annoncé la secrétaire générale de l'Académie, Sara Danius, sous les hourras de l'assistance dans la majestueuse salle de la Bourse à Stockholm. "Bob Dylan écrit une poésie pour l’oreille", a-t-elle également déclaré.

Il succède à la Biélorusse Svetlana Alexievitch, au Français Patrick Modiano, à la Canadienne Alice Munro ou encore au Chinois Mo Yan.

Du troubadour folk des cabarets de Greenwich Village à New York, à l'aube des sixties, jusqu'à la superstar décorée en mai 2012 par un de ses "fans", le président américain Barack Obama, Robert Allen Zimmerman de son vrai nom a toujours suivi son propre chemin de génie musical, rebelle et imprévisible.

Ce petit-fils d'immigrants juifs russes né à Duluth (Minnesota) continue de promener son harmonica et sa guitare aux quatre coins de la planète même s'il s'est fait plus rare ces dernières années sur scène et dans les médias. Il s'est produit le week-end dernier et doit encore jouer vendredi au festival des légendes du rock Desert Trip, en Californie. Le chanteur des Rolling Stones Mick Jagger lui a rendu hommage et le guitariste s'est surtout mis au piano, terminant avec Masters of War, son titre de 1963 sur les prémices de la Guerre Froide.

Son premier album est un fiasco

Bien qu'il n'ait signé qu'un petit nombre de grands albums après l'apothéose créative des années 1965-1975, il reste, au même titre que le tandem Lennon-McCartney, l'un des chanteurs-auteurs-compositeurs les plus influents de l'histoire de la musique, maintes fois recopié, jamais égalé.

Dans sa jeunesse, à l'instar de la plupart des adolescents américains, Bob tombe sous le charme du rock avec Elvis Presley et Jerry Lee Lewis avant de former son propre groupe. En 1959, étudiant à l'Université de Minneapolis, il découvre les pionniers du blues, du country et du folk: Robert Johnson, Hank Williams et Woody Guthrie. A cette époque, il adopte le nom de scène de Bob Dylan.

Abandonnant les études, il déménage à New York en 1961 pour fréquenter la scène musicale embryonnaire de Greenwich Village. Son premier album Bob Dylan (1962) est un fiasco. La percée se produit en 1963 avec l'album The Freewheelin' Bob Dylan et ses deux titres folk de protestation: Blowin' in the Wind, chanson pacifiste qui sera un hymne des années 60 contre la guerre au Vietnam et "A Hard Rain's A-Gonna Fall".

En 1963, il participe à la Marche sur Washington autour de Martin Luther King. The Times They Are A-Changin est le morceau qui donne le titre à son troisième album en 1964. Son succès assoit sa réputation, alors qu'il s'éloigne du mouvement contestataire américain. En guise d'adieu, il écrit It Ain't Me Babe dans l'album significativement appelé Another side of Bob Dylan.

Il se lie avec la chanteuse Joan Baez avec qui il forme un temps le couple du "roi et de la reine du folk". En 1965, avec l'album "Bringing It All Back Home" - une collection acoustique et électrique qui choque les puristes du folk - il transforme l'écriture des chansons en fusionnant ses textes poétiques et surréalistes avec le rythme rock.

Accident de moto

Son chef-d'oeuvre Highway 61 revisited (1965) avec la chanson Like a Rolling Stone et le double album "Blonde on Blonde" (1966) atteignent les sommets du rock-folk. Ses lunettes noires, ses boucles et son chapeau, le transforment définitivement en icône. En 1966, après un accident de moto, il se retire vivre avec sa femme Sara, épousée l'année précédente. Il revient en 1969, avec l'album purement folk John Wesley Harding, suivi par Nashville Skyline et ses mélodies country en duo avec Johnny Cash. De plus en plus il se détache des fans de folk et des milieux de gauche, refusant d'être l'étendard des contestations et des luttes de l'époque.

Après le très critiqué Self Portrait réalisé en 1970 avec des reprises, Bob Dylan reste discret jusqu'en 1975 quand paraît Blood on the Tracks, né durant sa séparation avec Sara. A la fin des années 70, il découvre le christianisme et déroute une partie de ses fans. Depuis les années 80, son extraordinaire créativité s'est tarie, mais il parcourt la route sans relâche, sans toujours convaincre. Il était l'été 2012 en France au festival des Vieilles Charrues, où sa prestation a déçu. En 2011, il s'est produit pour la première fois dans un concert controversé en Chine, et au Vietnam. Dans son 37e album studio sorti en mai "Fallen Angels", il interprète des standards américains popularisés par le crooner Frank Sinatra, avec un dépouillement classiquement "dylanien".

Le chanteur-compositeur à eu de nombreux imitateurs dans les années 1970 et influencé de nombreux artistes, Leonard Cohen, David Bowie, Jackson Browne, The Doors, Bruce Springsteen, Talking Heads, The Clash, Nick Cave ou Lenny Kravitz. "Là où l'on crée de la grande musique rock, il y a l'ombre de Bob Dylan, encore et toujours", affirme Bruce Springsteen.

la rédaction avec AFP