BFMTV
Quatre des sept couvertures d'origine de "Harry Potter"

Gallimard Jeunesse

25 ans de "Harry Potter": l'histoire des illustrations d'origine, qui reparaissent en librairie

Remplacées par d'autres couvertures il y a près de douze ans, les illustrations d'origine signées Jean-Claude Götting reparaissent pour les 25 ans de la saga. Retour sur l'histoire de ces dessins qui ont marqué la première génération de fans de Harry Potter.

Le

Harry Potter revient, tel que ses tout premiers lecteurs français l'ont connu. Les couvertures d'origine des sept livres de la saga fantastique réinvestissent les librairies ce jeudi en format poche, dans un coffret collector. Ces illustrations, de retour à l'occasion des 25 ans de l'édition du premier volet dans l'Hexagone, étaient introuvables en rayons depuis plus d'une décennie. Elles sont pourtant devenues indissociables de l'œuvre de l'autrice anglaise J. K. Rowling.

C'est à l'automne 1998 que Gallimard Jeunesse publie en France Harry Potter à l'école des sorciers, premier tome de ce qui deviendra l'un des plus grands succès littéraires de l'histoire. Comme dans chaque pays, l'éditeur français conçoit sa propre couverture.

L'illustration choisie constitue le premier contact visuel entre le célèbre sorcier et ses fans: le jeune garçon, coiffé d'un chapeau pointu et vêtu d'une longue robe noire, leur adresse un sourire. Il est entouré de Ron et Hermione, ses éternels acolytes, tandis que derrière eux se dessinent les contours du château abritant Poudlard, l'école qui leur dispense leurs cours de magie.

La couverture d'origine de "Harry Potter à l'école des sorciers"
La couverture d'origine de "Harry Potter à l'école des sorciers" © Gallimard Jeunesse

"C'était de l'acrylique sur papier", se souvient pour BFMTV.com Jean-Claude Götting, l'auteur de ce dessin ancré dans l'imaginaire de toute une génération. "Je l'avais réalisé sur un format relativement petit, sur une feuille A4."

"Il n'y avait pas d'enjeu particulier"

À l'époque, le dessinateur approche des 35 ans et officie depuis une quinzaine d'années dans le monde de la bande dessinée et de l'illustration jeunesse. Il a été salué par le prestigieux festival d'Angoulême et a déjà travaillé à plusieurs reprises avec Gallimard.

Alors, quand un manuscrit baptisé Harry Potter sur un orphelin doté de pouvoirs magiques arrive dans les bureaux de l'éditeur, c'est sans trop se poser de questions que la maison se tourne de nouveau vers le dessinateur: "On me l'a proposé, on m'a demandé si ça m'intéressait... et voilà", s'amuse-t-il.

"Il n'y a pas eu de mise en concurrence, il n'y avait pas d'enjeu particulier. Le livre est paru en poche dans la collection Folio Junior, comme n'importe quel autre livre jeunesse."

Pourtant, Harry Potter n'avait rien d'un livre comme les autres. 25 ans plus tard, la saga a été traduite dans plus de 80 langues et a décroché, en 2018, le record de la série de romans jeunesse la plus vendue de l'histoire avec 500 millions d'exemplaires écoulés - dont 40 millions rien qu'en France, selon Gallimard. Sans compter un nombre incalculable de produits dérivés et une série de huit films adaptés lancée en 2001 qui a généré 7,6 milliards de dollars de recettes, d'après Les Échos.

Une mine d'or comme la littérature n'en a sans doute jamais connu, dont le succès perdure obstinément: J. K. Rowling reste à ce jour l'autrice jeunesse la plus vendue en France.

Un manuscrit "différent"

Mais nous sommes en 1998; rien, si ce n'est le flair de l'éditeur britannique Bloomsbury (à qui Rowling a réussi à vendre son roman après onze refus), ne laisse présager le charme sous lequel le monde s'apprête à tomber.

"'Harry Potter' a été acheté par la France avant sa publication en Angleterre", rappelle Hedwige Pasquet, présidente de Gallimard Jeunesse. "C’est le bouche a oreille qui a fonctionné."

Elle loue l'intuition de Christine Baker. Cette Française établie à Londres, chargée par Gallimard de découvrir les perles britanniques, a poussé pour l'achat des droits de ce livre sorti de nulle part: "Elle a tout de suite pensé que c'était un titre qui convenait dans notre catalogue Folio Junior, elle n'a pas hésité." Chez Gallimard, on sent que c'est un bon manuscrit. "Mais pas de là à imaginer la vie qu'aurait Harry Potter. Personne n'aurait pu."

Pour Jean-Claude Götting, la singularité de l'ouvrage "se voyait tout de suite": "J'avais lu pas mal de livres pour enfants, et celui-ci était clairement d'un autre niveau. Un texte intelligent, une intrigue forte... J’ai senti tout de suite que c’était différent." Alors, le dessinateur réalise cette première illustration... sans se douter qu'il vient de signer pour dix ans:

"Je n’étais même pas au courant que ça devait être une série!", déclare-t-il. "J'ai pris le premier comme si c’était un titre unique, je n'avais pas compris que c’était à suivre."

Un nouveau défi

Un rythme "sans pression" qui s'accélère à mesure que le succès gagne de l'ampleur. Pour les deux premiers romans, Götting reste libre de ce qu'il met en image. Quand arrive le troisième, Harry Potter et le prisonnier d'Azkaban (octobre 1999), J. K. Rowling fait part de sa première et dernière demande: les couvertures doivent mettre en scène un hippogriffe, créature fantastique cruciale au dénouement de l'intrigue. C'est sans doute pourquoi, partout dans le monde, les premières éditions du troisième volet de Harry Potter ont toutes présenté des couvertures aussi similaires.

Les premières couvertures anglaise, française et espagnole de "Harry Potter et le prisonnier d'Azkaban"
Les premières couvertures anglaise, française et espagnole de "Harry Potter et le prisonnier d'Azkaban" © Bloomsbury - Gallimard Jeunesse - Salamandra Bolsillo

Un nouveau défi se présente avec le quatrième volet, Harry Potter et la coupe de feu, paru en France le 29 novembre 2000: s'il veut connaître l'intrigue avant de se lancer dans son illustration, Jean-Claude Götting devra lire dans la langue de Shakespeare. "Sur les trois premiers, j'avais accès au texte en français avant tout le monde."

"À partir de 'La Coupe de feu', l’agent anglais a complètement bloqué les manuscrits, et le traducteur lui-même n’y avait accès qu’au moment de la sortie des livres en anglais", poursuit-il.

"Je parle raisonnablement bien anglais, mais lire 800 pages... c'est autre chose!"

Il s'y attèle pourtant, en respectant des délais toujours plus brefs: près de cinq mois se sont écoulés entre les versions anglaise et française du tome 4, seulement trois entre celles du tome 7. "Tout allait très vite, il fallait une image pour toute la communication", se souvient-il. La course atteint son paroxysme avec le sixième volume, Harry Potter et le prince de sang-mêlé (2005), qu'il illustre avant de pouvoir en lire le moindre mot:

"On m'avait dit: 'Regarde les couvertures anglaise et américaine et essaie d'en faire quelque chose, apparemment c'est Dumbledore qui va être important'. Quand on a eu le livre, ils m'ont dit: 'Dumbledore a la main brûlée, il faut corriger!'."
La couverture d'origine de "Harry Potter et le prince de sang-mêlé"
La couverture d'origine de "Harry Potter et le prince de sang-mêlé" © Gallimard Jeunesse

Car au fil des ans, chaque sortie devient un événement plus important que pour la précédente. Tels des fans avant un concert, et probablement galvanisés par le succès des films, des centaines de lecteurs patientent des heures devant les librairies avant leur ouverture afin de se procurer les nouveaux tomes dès leur mise en rayons.

Beaucoup n'attendent même pas une publication dans leur langue. Comme dans cette librairie malaisienne, le 21 juin 2003, où se pressent des lecteurs avides de lire Harry Potter et l'ordre du Phénix, en version originale, aux premières heures du jour.

Une librairie de Kuala Lumpur le 21 juin 2003, le jour de la sortie de la version anglaise du cinquième volet de "Harry Potter"
Une librairie de Kuala Lumpur le 21 juin 2003, le jour de la sortie de la version anglaise du cinquième volet de "Harry Potter" © Jimin Lai - AFP
"On est passé à un stade où il y avait des validations à tous les niveaux, y compris celui de l’agent anglais", se souvient l'illustrateur.

"Pour les trois premiers, j'arrivais avec des couvertures déjà terminées; à partir du quatrième, je présentais plusieurs propositions de ce que j'avais imaginé et on se mettait d'accord avec l'éditeur."

Avec, à chaque fois, l'impératif de faire vieillir le héros d'un an, puisque chaque tome le suit dans une nouvelle année d'études à l'école des sorciers.

Un Harry "énigmatique"

En 2007 sort Harry Potter et les reliques de la mort, ultime volet des aventures du jeune sorcier. Jean-Claude Götting prend une dernière fois son pinceau pour représenter un Harry adolescent, seul au bord d'une falaise, contemplant la mer: "C'est celle où j'ai pris le plus de plaisir. Parmi toutes les couvertures autour du monde, c’est la seule qui soit un peu calme. Les autres représentent des scènes de bagarre."

La couverture d'origine de "Harry Potter et les reliques de la mort"
La couverture d'origine de "Harry Potter et les reliques de la mort" © Gallimard Jeunesse

"Contrairement à ce qui se passe dans les livres, il y a peu d'action dans les couvertures de Jean-Claude Götting", analyse Hedwige Pasquet.

"Il a représenté un Harry Potter ayant beaucoup de réflexion intérieure, avec une personnalité étonnante, et quelque chose d'énigmatique."

Changer pour s'adapter

Quatre ans plus tard, pourtant, les millions de lecteurs français voient ce Harry Potter énigmatique disparaître. En 2011, les illustrations emblématiques de Jean-Claude Götting sont remplacées par de nouveaux visuels signés Jonathan Gray, à mi-chemin entre la photo et l'illustration. Une façon de répondre à l'un des impératifs du métier d'éditeur:

"Une couverture de roman présente deux enjeux", expose Hedwige Pasquet. "Elle doit attirer le lecteur et parler de ce qu'il y a à l'intérieur. À ce moment-là, les choses avaient un peu évolué; l'époque était aux films." "Nous avions, en arrière-plan, l'idée de s'en rapprocher un peu", ajoute-t-elle. "La mémoire de l'œuvre avait changé, et nous avons voulu nous adapter."

La couverture de "Harry Potter à l'école des sorciers" par Jonathan Gray
La couverture de "Harry Potter à l'école des sorciers" par Jonathan Gray © Gallimard Jeunesse

"C'est assez fréquent de changer les couvertures de livres", insiste la présidente de Gallimard Jeunesse. "Les enfants évoluent, et c'est bien de les modifier régulièrement. Dans la collection Folio Junior, des tas de titres ont été refaits deux, trois fois pour s'adapter au goût du jour."

De fait, un nouveau changement intervient en 2016 avec les illustrations d'Olly Moss, d'abord utilisées pour les versions numériques anglophones sur l'ancien site officiel Pottermore avant d'être sorties en librairie par Gallimard Jeunesse. En pensant probablement au fait que les premiers lecteurs de Harry Potter étaient désormais des adultes, la maison d'édition fait le choix de la sobriété et du minimalisme: "Il y avait cette fois un autre objectif, celui de proposer des couvertures plus intergénérationnelles."

Ce sont ces versions que l'on trouve actuellement en librairie. Mais Harry Potter n'en est pas à sa dernières métamorphose, et l'année 2023 devrait voir apparaître de nouveaux dessins.

Car les couvertures de Götting ne reviennent que pour un temps. Après les 25.000 coffrets collector écoulés, elles disparaîtront de nouveau. "Je suis ravi de les revoir, elles ont marqué beaucoup de gens", se félicite leur auteur. Même s'il avoue avoir eu besoin d'un sortilège de rappel pour l'illustration inédite qui vient habiller le coffret: "J'avais oublié tous les personnages, je n'ai aucun souvenir précis. Il m'a fallu une liste des protagonistes et de leurs caractéristiques..."

Certes, les couvertures de Harry Potter ont marqué sa carrière. Mais il ne veut pas qu'elles soient "son étiquette principale": "C'est un travail particulier en raison de ce succès. On parle de millions d'exemplaires vendus rien qu'en France, je pense que ça n'arrive qu'une fois dans une vie."

"Mais au final, ça ne représente qu'une dizaine de dessins en tout; à l'échelle d'une carrière, ce n'est pas grand chose. 'Harry Potter' n'est pas mon fait d'armes."

Il se demande même si, durant une période, ces couvertures ne l'ont pas un peu desservi: "Je crois qu'on a moins fait appel à moi pendant un temps, j'étais trop connoté. On avait peur que ça rappelle Harry Potter."

C'est dire si ses dessins ont été associés aux romans. Dans le tout premier chapitre du tout premier volet, lorsque le professeur McGonagall dépose un Harry fraîchement orphelin sur le pas de la porte des Dursley, elle murmure à Dumbledore ces mots inquiets, prophétiques au-delà de tout ce que J. K. Rowling aurait pu espérer: "Il va devenir célèbre! Tous les enfants de notre monde connaîtront son nom!". Jean-Claude Götting peut être certain d'une chose: tous ceux de France ont connu ses illustrations.

https://twitter.com/b_pierret Benjamin Pierret Journaliste culture et people BFMTV