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France-Metz mise sur l'effet Pompidou pour se remettre en scène

Première ville française à bénéficier de la décentralisation d'une institution culturelle majeure, Metz mise sur le centre Pompidou, qui ouvre ses portes ce mercredi, pour renouveler son image. /Photo prise le 10 mai 2010/REUTERS/Benoît Tessier

Première ville française à bénéficier de la décentralisation d'une institution culturelle majeure, Metz mise sur le centre Pompidou, qui ouvre ses portes ce mercredi, pour renouveler son image. /Photo prise le 10 mai 2010/REUTERS/Benoît Tessier - -

* Sarkozy inaugure mardi le Centre Pompidou Metz * Investissement de près de 70 millions d'euros * 200.000 visiteurs attendus dès 2011 METZ -...

par Gilbert Reilhac

METZ (Reuters) - Première ville française à bénéficier de la décentralisation d'une institution culturelle majeure, Metz mise sur le centre Pompidou, qui ouvre ses portes ce mercredi, pour renouveler son image, à l'instar de Bilbao.

Le président de la République, Nicolas Sarkozy, procédera mardi à l'inauguration de cet équipement de 10.700 m2, dont 5.000 m2 d'espaces d'exposition, bâti dans le quartier de l'amphithéâtre proche de la gare.

L'investissement de 69,3 millions d'euros a été pour l'essentiel pris en charge par la communauté d'agglomération, Metz Métropole, et les collectivités territoriales, le Centre Pompidou apportant ses collections, son savoir-faire et son nom.

Le premier accrochage permettra de découvrir, pour la première fois hors Paris, en près de 800 oeuvres, "les grandes figures de l'histoire de l'art du XXe siècle" présentes dans les collections du Musée national d'art moderne.

Celui-ci trouve dans la capitale de la région Lorraine un moyen de mieux faire vivre son catalogue, riche de 60.000 oeuvres dont 1.000 à 2.000 seulement peuvent être exposées simultanément à Paris.

"Ce n'est pas des mètres carrés supplémentaires pour exposer les oeuvres du Centre Pompidou", a précisé lundi à Metz son président, Alain Seban, lors d'une conférence de presse. "C'est une véritable expérience de décentralisation culturelle".

Il a ajouté que si l'expérience messine avait vocation à rester unique, un "Centre Pompidou mobile" verrait le jour dès l'an prochain pour faire connaître l'art contemporain hors des grands centres urbains.

IDÉE DE JEAN-JACQUES AILLAGON

L'idée d'implanter à Metz cette antenne décentralisée date de 2003 quand le ministre de la Culture, Jean-Jacques Aillagon, lui-même natif de la ville, l'avait proposée au maire divers droite, Jean-Marie Rausch.

Pour le socialiste Dominique Gros, qui lui a succédé comme maire en 2008, cet outil culturel de dimension internationale doit provoquer un "rebond" dans l'histoire d'une ville souvent qualifiée de "belle endormie".

"J'attends du Centre Pompidou une reconnaissance de Metz pour ce que Metz est déjà", affirme-t-il.

L'universitaire aime rappeler que l'ancien amphithéâtre, auquel le quartier doit son nom, "était le plus grand de la Gaule romaine", que Metz fut "capitale de l'Austrasie" sous les Mérovingiens et qu'elle "rayonnait autant que Strasbourg" au temps du Saint Empire germanique.

Devenue place-forte en même temps qu'elle intégrait le royaume de France au XVIe siècle, la ville a subi les vicissitudes des conflits franco-allemands entre 1871 et 1945.

Capitale de la Lorraine sidérurgique et minière, elle a dû gérer le déclin de ses industries historiques et fait face aujourd'hui au départ de ses garnisons.

La restructuration des armées pourrait coûter près de 6.200 emplois à l'agglomération messine, selon une étude de l'Insee.

Comme Jean-Marie Rausch, qui fut maire pendant 37 ans, Dominique Gros se plaît à rêver d'un effet "Bilbao".

Port industriel en déclin, la capitale de Biscaye, une province du Pays basque espagnol, connaît depuis dix ans un nouvel essor marqué par l'ouverture, en 1998, d'un satellite du célèbre musée Guggenheim de New-York.

EFFET COMPARABLE AU GUGGENHEIM DE BILBAO ?

"On peut imaginer des bonnes alliances entre la culture et les affaires. A Bilbao, en l'espace de dix ans, le nombre de congrès est passé de 90 à 900", souligne Dominique Gros.

Ancienne friche ferroviaire et militaire, le quartier de l'amphithéâtre fait l'objet d'une opération d'urbanisation sur 258.000 m2 qui mariera équipements, bureaux, commerces et logements. Un palais des congrès doit y être érigé d'ici 2014.

Le pari n'est pas sans risque. Avec des frais de fonctionnement de 10 millions d'euros par an, le Centre Pompidou Metz sera l'institution culturelle la plus coûteuse de l'agglomération. Cinq millions incomberont à la ville et à Metz Métropole, quatre seront pris en charge par le conseil régional.

Contrairement au musée Guggenheim de Bilbao, le prêt des oeuvres sera en revanche gratuit.

Située à 80 minutes de Paris par TGV, la préfecture de la Moselle espère attirer les habitants de Paris tout en souhaitant d'abord rayonner sur la "Grande région".

Au sein de cet espace de coopération transfrontalière entre la Lorraine, le Luxembourg et les régions belges et allemandes voisines, vivent plus de 10 millions d'habitants.

Le Centre Pompidou espère accueillir 200.000 visiteurs dès 2011, ce qui en ferait l'un des musées de province les plus fréquentés, loin toutefois des 6 millions de visiteurs de son grand frère de Beaubourg, dix fois plus grand.

Edité par Yves Clarisse