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Cannes: "Tournée", road movie à la française façon Amalric

Mathieu Amalric entouré des actrices de son film "Tournée", présenté en compétition au 63e Festival de Cannes. Ce road movie à la française teinté de burlesque est aussi le portrait d'un père à la paternité défaillante. /Photo prise le 13 mai 2010/REUTERS

Mathieu Amalric entouré des actrices de son film "Tournée", présenté en compétition au 63e Festival de Cannes. Ce road movie à la française teinté de burlesque est aussi le portrait d'un père à la paternité défaillante. /Photo prise le 13 mai 2010/REUTERS - -

CANNES - Avec "Tournée", premier des trois films français de la compétition du 63e Festival de Cannes, l'acteur-réalisateur Mathieu Amalric livre...

CANNES (Reuters) - Avec "Tournée", premier des trois films français de la compétition du 63e Festival de Cannes, l'acteur-réalisateur Mathieu Amalric livre un road movie à la française teinté de burlesque, entre Nantes et La Rochelle.

C'est aussi, comme "Chongqing Blues", film chinois en compétition également projeté ce jeudi, le portrait d'un père à la paternité défaillante.

Interprété par Mathieu Amalric lui-même, le père de "Tournée" décide de tout plaquer et de partir pour les Etats-Unis après avoir connu un certain succès à la télévision.

Il en revient avec une troupe de "girls" et des numéros de "New Burlesque", spectacle vivant né outre-Atlantique mélangeant strip-tease et comique.

Ses "girls" forment une petite famille nomade que le cinéaste a constitué lui-même deux années durant.

Dotées d'amples proportions, Mimi Le Meaux, Dirty Martini, Kitten on the Keys et Evie Lovelle peignent leur lèvres de rouges assassins et bordent leurs yeux de larges faux-cils.

Le producteur leur promet de leur faire connaître la France et Paris. Divers incidents de parcours et une pulsion paternelle vont remettre en question ce beau projet.

Mais ce père à la dérive aura trouvé dans sa troupe une famille d'adoption, malgré les péripéties parfois truculentes de son errance et ses échecs tant professionnels que personnels.

Long métrage désordonné qui donne l'impression de se chercher autant que son personnage principal, "Tournée" est au confluent de plusieurs styles. Mais, comme l'a dit Mathieu Amalric jeudi à la presse, "heureusement, on ne fait pas un film avec des thèmes parce que ce serait un peu ennuyeux".

UNIFORMES

"Il y a eu des percussions incessantes, un gros bordel dans la tête, plusieurs éléments se sont cognés l'un contre l'autre", a ajouté celui qui jouait le "méchant" du dernier James Bond (Quantum of Solace).

Mathieu Amalric est souvent venu à Cannes en tant qu'acteur, notamment en 2007 pour "Le scaphandre et le papillon" de Julian Schnabel, mais c'est la première fois qu'il intègre la compétition en tant que réalisateur.

Un texte de Colette, "L'envers du music-hall", un article de Libération sur le New Burlesque, le suicide du producteur Humbert Balsan sont autant d'éléments qui ont constitué la genèse de son quatrième long métrage.

Mathieu Amalric avoue avoir une véritable "fascination pour les producteurs et leur courage".

Il dit aussi avoir remarqué le port de plus en plus généralisé de l'uniforme dans la vie professionnelle.

Hôtesses de l'air, réceptionnistes d'hôtel et la caissière d'une station service avec qui son personnage flirtera brièvement attestent, dans son film, de cette observation.

Dans l'un des hôtels de second ordre où descend la troupe, l'une des effeuilleuses crée même un incident avec des hôtesses pour voler un uniforme et en faire un numéro, laissant au producteur le soin de régler la situation.

"La vie est de plus en plus dure; les gens sont obligés d'obéir sinon ils sont virés sur le champ. L'uniforme fait qu'ils disent 'je ne peux pas prendre cette responsabilité'", a déclaré Mathieu Amalric. "C'est quelque chose qui me fait très peur, le fait que la société oblige les gens à ne plus être des êtres humains".

"Tournée" sortira sur les écrans le 30 juin.

Wilfrid Exbrayat, édité par Elizabeth Pineau