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Cannes: Mikhalkov répond à ses détracteurs par les chiffres

Le cinéaste russe Nikita Mikhalkov, réalisateur du film à grand spectacle "L'Exode - Soleil trompeur 2" présenté samedi au festival de Cannes, s'est employé à minimiser la portée d'une pétition lancée contre lui dans le monde du cinéma russe. /Photo prise

Le cinéaste russe Nikita Mikhalkov, réalisateur du film à grand spectacle "L'Exode - Soleil trompeur 2" présenté samedi au festival de Cannes, s'est employé à minimiser la portée d'une pétition lancée contre lui dans le monde du cinéma russe. /Photo prise - -

par Wilfrid Exbrayat CANNES - Le cinéaste russe Nikita Mikhalkov, réalisateur du film à grand spectacle "L'Exode - Soleil trompeur 2" présenté...

par Wilfrid Exbrayat

CANNES (Reuters) - Le cinéaste russe Nikita Mikhalkov, réalisateur du film à grand spectacle "L'Exode - Soleil trompeur 2" présenté samedi au festival de Cannes, s'est employé à minimiser la portée d'une pétition lancée contre lui dans le monde du cinéma russe.

Ce film à gros budget a coûté moins cher qu'on ne l'a dit, a affirmé en conférence de presse le réalisateur, à qui des confrères et critiques russes reprochent d'être devenu le cinéaste officiel de la Russie par sa proximité avec le Kremlin et le siphonage des aides publiques.

La Russie a réservé un accueil mitigé à "Soleil trompeur 2", qui suit "Soleil trompeur", récompensé par le Grand Prix du Jury et l'Oscar du meilleur film étranger en 1994, et précède "La Citadelle - Soleil trompeur 3".

Dans la première partie du triptyque, le général Sergueï Kotov, héros de la révolution joué par Mikhalkov, était victime des purges de Staline dans les années 30.

La deuxième le voit s'évader d'un camp de prisonniers puis rejoindre l'Armée rouge pour combattre les Allemands en 1941.

Deux ans plus tard, le major Dmitri Arsentiev (Oleg Menchikov), qui avait fait arrêter Kotov, est chargé par Staline de le retrouver. Nadia (Nadejda Mikhalkova, la fille du cinéaste) est également à la recherche de son père.

Les trois acteurs ont repris les rôles qu'ils tenaient déjà dans "Soleil trompeur", au prix parfois d'une résurrection de leur personnage. La version montrée à Cannes, internationale, a duré deux heures et demie, une demi-heure de moins que la version russe.

Nikita Mikhalkov a affirmé qu'il n'avait jamais songé à faire une suite de "Soleil trompeur" mais que la vision d'"Il faut sauver le soldat Ryan", de Steven Spielberg, l'avait convaincu de ne pas filmer la guerre comme d'habitude, mais plutôt de montrer "par quelles privations et quelles souffrances sont passés les soldats russes".

HUÎTRES

Ce Soleil trompeur 2 est de fait un film à grand spectacle, de bruit et de fureur, et parfois de flashbacks renvoyant au premier volet.

Un budget de 55 millions de dollars a été évoqué par une journaliste durant la conférence de presse, ce qui en ferait le film le plus cher de l'ère post-soviétique, pour une recette en salles de sept millions de dollars en quatre semaines d'exploitation.

Nikita Mikhalkov, qui passe pour être très proche du Premier ministre Vladimir Poutine, a tenu à corriger ces chiffres.

Le diptyque "Soleil trompeur 2 et 3" ainsi qu'une série télévisée ont coûté un total de 40 millions de dollars, a-t-il affirmé. L'Etat n'aurait apporté qu'un million de dollars pour chacun des deux films.

"Si on écoute ceux qui disent que pour le même budget on aurait pu tourner 20 films, oui, sans doute, mais ce n'est pas ça qui fera vivre l'industrie du cinéma", a-t-il dit.

"J'adore le cinéma d'auteur, j'en ai fait moi-même, mais ce genre de films, ce sont des huîtres, et personne ne peut vivre en ne mangeant que des huîtres. On a besoin de pain, de beurre, de saucisson, voilà ce qu'on fait, nous".

La pétition contre Mikhalkov, par ailleurs président de l'Union des cinéastes de la Fédération de Russie, est intitulée "On ne l'aime pas !". Elle a été signée par une centaine de personnes dont les réalisateurs Alexandre Sokourov et Alexeï Guerman.

Tous ont décidé de quitter l'Union des cinéastes russes, dirigée selon eux de manière dictatoriale par Mikhalkov.

"Lorsqu'on m'accuse d'autoritarisme, je veux des faits et qu'on me le démontre. Que j'aie des points de vue et que je les exprime, c'est mon droit il me semble, tant que je n'empêche pas les autres de travailler et que ça n'a aucune espèce d'influence concrète sur la vie des autres", s'est-il défendu.

"Sur les 97 signataires de cette déclaration, qui ont dit prendre la lourde décision de quitter le monde du cinéma, trente d'entre eux n'ont en jamais fait partie", a-t-il lancé avant de faire le décompte des signataires n'habitant plus en Russie et de ceux n'ayant pas versé leur cotisation au syndicat.

"Pour ceux qui restent, ont réellement signé leur départ du monde des cinéastes quatre personnes seulement", a-t-il dit.

Edité par Clément Guillou