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"Bouquet of Tulips", l'encombrant cadeau de Jeff Koons à Paris déchaîne les passions

L'oeuvre baptisée "Tulips" exposée à New York en 2012.

L'oeuvre baptisée "Tulips" exposée à New York en 2012. - Jamie Mccarthie - AFP

Pétitions et tribunes fleurissent contre l'installation à Paris de Bouquet of Tulips, une installation monumentale offerte par l'artiste Jeff Koons après les attentats de 2015. Les critiques portent à la fois sur l'emplacement de l'œuvre mais aussi sur les intentions de l'artiste. Explications.

C'est un cadeau qui embarrasse. Cette semaine, artistes, galeristes et personnalités du monde de la culture ont publié pétitions et tribunes indignées contre le bouquet de tulipes géant de Jeff Koons. Sur une idée de l'ambassadrice américaine de l'époque, le plasticien avait annoncé en 2016 faire cadeau à Paris de cette structure de 33 tonnes et de 12 mètres de long en signe "d'amitié entre le peuple américain et le peuple français", après les attentats du Bataclan et du Stade de France.

A l'époque, le cadeau qui représente une main géante tenant un bouquet de tulipes colorées est accepté par la Ville de Paris. Il est alors prévu d'installer la sculpture durant l'été 2017, devant le Palais de Tokyo. L'imposant cadeau conçu en Allemagne attend pourtant toujours d'être livré et la polémique enfle. Que lui reproche-t-on?

>Un emplacement imposé

Parmi les critiques formulées, des acteurs du monde de la culture s'insurgent contre le choix de la terrasse reliant le Musée d'Art moderne de la ville de Paris et le Palais de Tokyo. Dans une pétition signée par plus de 7000 personnes, un collectif d'artistes dit "non au bouquet de tulipes de Jeff Koons" et s'émeut de la démesure de l'œuvre qui "privera d'un point de vue unique".

Dans une tribune publiée dans Le Monde, l'ancien ministre de la Culture Jean-Jacques Aillagon appuie cet argument. Il estime que l'installation qui s'établirait de façon permanente entre les deux musées serait "contraire à l'esprit de cette architecture" et invite à envisager une autre solution. Mardi, la ministre de la Culture Françoise Nyssen a reçu Jeff Koons. Elle pourrait décider de proposer un nouveau lieu. 

>Des travaux pour supporter la structure

En outre, une embûche technique se présente avec le choix du parvis du Palais de Tokyo. Le sous-sol du musée devra être renforcé pour supporter en surface la structure de 33 tonnes. Dans Les Echos, la galeriste Emmanuelle de Noirmont, qui a assuré la logistique de l'opération, précise que les travaux "seront pris en charge par le mécénat".

Mais une partie des espaces du Palais de Tokyo devront rester fermés pour plusieurs mois avec, à la clé, une perte d'activité estimée à 1,5 million d'euros. 

>L'artiste critiqué

Au-delà de l'emplacement, Jeff Koons est directement critiqué. Dans une tribune publiée dans Libération, les signataires parmi lesquels Frédéric Mitterrand, le cinéaste Olivier Assayas et l'artiste Christian Boltanski qualifient le plasticien américain de 63 ans de "créateur brillant et inventif dans les années 1980". Mais pour eux, Jeff Koons est désormais "devenu l'emblème d'un art industriel, spectaculaire et spéculatif".

En offrant son œuvre et en cherchant à l'imposer dans un endroit donné, il est accusé de "placement de produit". Les auteurs de la pétition citée plus haut renchérissent, dénonçant l'opportunisme de Jeff Koons, suspecté de "mettre à profit cette opportunité de cadeau pour 'statuer' sa légitimité et faire ainsi monter sa cote". 

L'œuvre elle-même est aussi remise en cause. Les auteurs de la tribune dans Libération estiment qu'elle est "sans rapport avec les tragiques événements invoqués".

>Un financement remis en cause

La sculpture a beau être financée par le mécénat, les opposants au Bouquet of Tulips estiment que le "cadeau" va quand même coûter de l'argent à l'Etat. Les signataires du texte dans Libération estiment que l'artiste "ne fait don que de son 'idée'". Car les mécènes français qui participent au financement de la structure, estimée à 3,5 millions d'euros, bénéficieront d'abattements fiscaux à hauteur de 66%. 

"A 66%, c'est donc l'argent des contribuables qui la financerait!", s'agace ce vendredi la conseillère de Paris Danielle Simonnet (La France insoumise) dans un communiqué. Dans un vœu au Conseil de Paris qui sera discuté la semaine prochaine, elle demande à la Ville de renoncer au cadeau de l'artiste américain. 

Carole Blanchard