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Le beaujolais nouveau est-il forcément imbuvable?

Victime de son marketing et de sa production de masse, le beaujolais nouveau n'a pas toujours une très bonne image. Une idée reçue qui a la vie dure, mais qui est parfois fausse. Oui, il existe de bons Beaujolais nouveaux.

Chaque année le beaujolais nouveau inonde les bistrots et les restaurants de France, traverse les océans jusqu'au Japon et en Corée du Sud. Ce vin très festif, peu cher, accompagné d'un marketing particulièrement bien huilé, véhicule une image assez peu raffinée. Il s'accompagne aussi de toutes sortes d'idées reçues, pas forcément très flatteuses. 

> Le beaujolais nouveau, ça pique et ce n'est pas très bon

Des beaujolais nouveaux, il en existe de toutes sortes, faits par "toutes sortes de viticulteurs, des bons, des mauvais, des médiocres, des industriels, des artisans", souligne Antonin Iommi-Amunategui, journaliste spécialisé et auteur du Manifeste pour le vin naturel. Parmi toutes ces sortes de beaujolais, on en trouve "des très bons".

"C'est le vigneron qui fait la différence, poursuit Antonin Iommi-Amunategui. Si les raisins sont beaux, le vin vinifié correctement, il n'y a aucune raison qu'il soit mauvais. Mais si le vin est fait avec des raisins vendangés trop tôt, trop verts, qui sont trop chargés en produits divers et variés, le résultat n'est pas terrible".

Pour Philippe Cuq, caviste au Lieu du vin, près du Père-Lachaise à Paris, "il y a du très mauvais, et du très bon". "Quand il est fait de manière respectueuse du terroir, et que l'année a un bon potentiel de vendange, ça peut donner de très belles choses". 

Tous deux s'accordent sur le côté très fruité du beaujolais nouveau et sur sa simplicité, "un vin qui peut vraiment être délicieux", pour Antonin Iommi-Amunategui, "très facile à boire, très agréable, pas prétentieux, mais pas du tout une piquette comme on peut le dire parfois".

> Le beaujolais nouveau a toujours goût de banane

"On a tendance à toujours répéter les fameux goût de banane, les odeurs de framboise, de fruits, chaque année, rappelle Antonin Iommi-Amunategui. Tout cela est lié à des levures exogènes, artificielles sélectionnées qui sont ajoutées pendant la vinification du vin, pour terminer rapidement la vinification pour que le vin soit prêt, car il doit être prêt très vite, c'est le principe du primeur".

Le beaujolais nouveau est un vin qui doit être fait très vite, puisqu'il doit être prêt un mois et demi seulement après les vendanges. "Il y a des techniques artisanales pour provoquer une fermentation plus rapide. Il y a aussi des levures sélectionnées qui peuvent accélérer le processus pour que le vin soit prêt", décrit Antonin Iommi-Amunategui.

Mais quand certains vignerons travaillent le beaujolais nouveau "comme un vrai vin", d'autres producteurs sont plus guidés par le marketing. "Vous avez des gens du marketing qui vont vous dire, cette année, il faut qu'il ait goût de banane, de fraise écrasée, de cerise noire, détaille Philippe Cuq. Ils fournissent les levures qui vont avec, il proposent des procédés de thermovinification qui font des jus plus flatteurs. Ca va vous exploser en première approche en bouche et au bout de deux secondes vous n'avez plus rien. Dans trois mois vous pouvez les jeter".

> On ne produit de vins primeurs que dans le Beaujolais

On trouve aujourd'hui d'autres vins primeurs dans d'autres régions, comme le Rhône, la Provence... D'autres vignerons ont compris l'intérêt commercial que pouvait présenter un vin primeur. "Pas mal de vignerons s'amusent à ça parce que c'est très festif. Et puis on peut en vendre rapidement et beaucoup", analyse Antonin Iommi-Amunategui.

> Il faut le boire tout de suite

Certes ce n'est pas un vin de garde, mais il se garde facilement "de six mois à un an", assure Antonin Iommi-Amunategui. Philippe Cuq raconte, lui, comment il s'est "amusé" à garder quelques bouteilles du beaujolais nouveau de l'année précédente, issus de vignerons de sa connaissance, et comment il a "tout vendu, parce que c'était très bon". Certes, le beaujolais nouveau, n'est pas fait pour cela, mais ceux qui sont fabriqués "artisanalement, avec des levures indigènes et issus de l'agriculture biologique, peuvent être conservés jusqu'à deux-trois ans". Et de conclure: "Les bons vignerons font des beaujolais nouveaux qui ont une capacité de garde surprenante. Ce sont de vrais bons vins".

Reste donc à bien choisir son beaujolais nouveau (l'appli Raisin peut vous y aider) et à privilégier les cavistes de quartier aux grandes surfaces.

https://twitter.com/Radegonde Magali Rangin Chef de service culture et people BFMTV