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Chute des cryptomonnaies: est-ce (réellement) le bon moment pour investir?

La question de savoir s'il faut investir ou non dans ces actifs revient à chaque tendance baissière sur le marché. BFM Crypto fait le point.

Sur les forums de discussions, de nombreux internautes se demandent si, après le fort mouvement baissier de ces derniers jours, c'est le moment d'investir dans les cryptomonnaies pour acheter "à bon compte". Il y a un mois, lors du dernier crypto-krach, des analystes financiers parlaient déjà de "soldes" sur le marché des cryptomonnaies. Logiquement: plus le prix d'une cryptomonnaie est bas, plus il peut sembler intéressant de prime abord d'en acheter. Pourtant, rien ne peut vous assurer que les cours vont remonter ni que la chute est terminée. Il y a d'ailleurs un adage dans la finance traditionnelle pour ça:

"on n'attrape pas un couteau qui tombe"

En novembre, le bitcoin avait atteint un sommet historique à 69.000 dollars, avant de se stabiliser autour des 40.000 dollars. Il y a un mois, la cryptomonnaie a chuté sous la barre des 30.000 dollars. Ce lundi, elle est même brièvement passée sous les 21.000 dollars, créant des sentiments contradictoires d'effroi et d'envie d'investir ou non dans cet actif.

Selon les données de Glassnode, on voit une accélération de la concentration des acheteurs de cryptomonnaies (et notamment de bitcoins) au cours des phases baissières. Ainsi, on compte aujourd'hui 102 portefeuilles qui détiennent plus de 10.000 bitcoins, contre 75 lorsque le bitcoin était à 65.000 dollars en octobre dernier. Concrètement, certains investisseurs ont profité de la chute du bitcoin pour rentrer sur le marché ou se renforcer, dans l'espoir de faire des bénéfices plus tard.

"Acheter la panique plutôt que l'euphorie"

Ce mardi, les principales cryptomonnaies ont chuté par rapport à leurs niveaux les plus hauts: -70 % pour le bitcoin qui s'échange ce lundi vers 15h50 à 22.180 dollars ou encore -78 % pour l'ether, qui s'échange autour des 1.200 dollars. Alors une question se pose: est-ce le bon timing si on souhaite investir dans ces actifs?

"C’est toujours intéressant de rentrer dans un bitcoin qui a perdu 70% plutôt qu’un bitcoin qui est à 69.000 dollars en pleine euphorie. Historiquement, il vaut mieux acheter la panique plutôt que des zones d’euphorie haussière", explique Laurent Pignot, analyste chez Zonebourse.

L'un des processus d'entrée sur le marché des cryptomonnaies est la stratégie dite de Dollar-cost averaging (DCA), qui permet de lisser son investissement dans le temps, permettant de faire face à la volatilité du marché. C'est d'ailleurs un conseil régulièrement donné aux investisseurs en Bourse: il faut acheter au fur et à mesure plutôt que de tout miser d'un coup.

On rappelera cependant que plus un actif perd de la valeur, plus il faut une augmentation encore plus importante pour revenir à son ancien niveau. Dans le cas du bitcoin par exemple, si celui-ci a perdu 70% de sa valeur depuis son plus haut à 69.000 dollars, avec un cours actuel à 22.180 dollars, il faudra donc une flambée de 211% du cours avant de retrouver ce niveau record.

Il faut aussi se méfier des effets psychologiques avant d'investir. Aujourd'hui il existe un indice dit "Crypto Fear & Greed Index" qui mesure la peur des investisseurs sur le marché crypto. Il analyse les émotions des investisseurs lorsqu'ils doivent prendre des décisions de vente ou d'achat de bitcoins. Ce mardi, il est au plus bas à... 8 sur 100, soit "peur extrême". Ce niveau avait été atteint lors du dernier crypto-krach, mais il était depuis remonté à 17 un mois après.

"Paradoxalement, aujourd’hui, un bitcoin à 20.000 dollars va être dans la psychologie des investisseurs moins intéressant qu’un bitcoin à 69.000 dollars. Alors qu’il a touché hier les 20.000 dollars, on n’observe toujours pas de réaction technique positive à proprement parler. Il suffira que le marché prenne 30 ou 40% pour qu’on entende de nouveau des messages plus positifs sur les réseaux sociaux", considère Xavier Fenaux, trader et associé chez Interactiv Trading.

Selon les données de Glassnode, il y a eu 4,7 milliards de dollars de ventes à perte lundi de bitcoins, un record. A titre de comparaison, ce chiffre était de 542 millions de dollars de ventes à perte dimanche.

"Ici, on est sur 4,7 milliards de dollars de ventes à perte avec des personnes qui avaient investi au-dessus des 23.000 dollars. On est dans les phases d’accélération baissière, de panique comme nous en avons connu par le passé", indique Laurent Pignot.

De même, sur Coinglass, 1 milliard de dollars de positions ont été liquidées par des brokers pour des personnes qui utilisaient un effet de levier, autrement dit investissaient plus que leur mise de départ. Concrètement, si une personne a mis 1000 euros sur le marché avec un effet de levier de 10 (son exposition est donc de 10.000 euros), quand la cryptomonnaie baisse trop (dès qu'elle fait -5% par exemple, l'investissement a déjà diminué de moitié pour atteindre 500 euros avec un tel effet de levier), le broker coupe sa position et la liquide. Cela entraîne une vente sur le marché, et renforce la tendance baissière.

"Ne jamais faire d'effet de levier"

"Il ne faut jamais faire d'effet de levier sur le marché des cryptomonnaies car il est déjà suffisamment volatil. Il faut toujours investir ce que l’on est prêt à perdre, et investir progressivement", prévient Xavier Fenaux.

En effet, la plupart des analystes sont d'accord avec ce conseil de ne miser que de l'argent dont on n'a pas besoin. De nombreux Français, qui n'avaient pas en tête ce principe de base, en ont fait les frais lors de l'effondrement de la cryptomonnaies luna le mois dernier.

En plus d'être actuellement fortement corrélé aux marchés traditionnels, le marché crypto envoie beaucoup de signaux négatifs: réduction du nombre d'emplois chez des géants des cryptos (Gemini, Coinbase), échec du plan de relance de l'écosystème Terra et désormais la plateforme Celsius à court de liquidités. Si les "soldes" pouvaient faire sourire il y a un mois, la tendance reste à la prudence avant d'investir.

"Il faut faire attention quand on est nouveau sur le marché, car même si cela peut être une opportunité de rentrer à ce moment-là, ce n’est pas parce que le bitcoin a perdu 70% de sa valeur qu’il ne peut pas en perdre plus", rappelle Xavier Fenaux.

Les évènements des prochains jours pourraient avoir un impact sur le marché des cryptomonnaies. Peut-être encore à la baisse. Car certaines interrogations restent ce mardi en suspens: après le désastre causé par l'effondrement de Terra, qu'en sera-t-il des fonds des clients de la société Celsius? De même, les yeux des investisseurs seront tournés ce mercredi sur les nouvelles annonces de la Réserve fédérale (Fed).

"L’inflation reste très élevée, on attend justement la décision de la Fed sur la hausse de ces taux d’intérêt demain, à 0,75 point ou 1 point. Les actifs à risque comme les cryptomonnaies sont en première ligne à vendre par les investisseurs, donc le contexte reste très morose et compliqué", admet Laurent Pignot.

"Le bitcoin a des chances de revenir à ses sommets"

Dans ce contexte, jusqu'où peuvent encore chuter les cryptomonnaies? La question peut se poser.

"On n’est pas très loin de la phase de capitulation (NDLR: moment où plus personne n'investit dans un actif). Je pense qu’on peut aller entre 18.000 et 22.000 dollars, mais le plus gros est fait: on a déjà perdu plus de 70% sur le bitcoin et l’ether. On peut aller un peu plus bas pour faire peur aux investisseurs particuliers", considère Laurent Pignot.

Comme beaucoup d'analystes ou de personnes qui sont rentrées sur le marché des cryptomonnaies, il préfère toutefois regarder sur le long terme.

"Les institutionnels appliquent les mêmes stratégies sur les cryptomonnaies que sur les actifs risqués: si on regarde l’historique des marchés actions, sur le très long terme ça monte. Il en est de même sur le marché des cryptomonnaies, qui monte toujours si on observe le marché en dézoomant. Avec l’adoption de masse des cryptomonnaies qu'on constate et d'un point de vue technique, le bitcoin a des chances de revenir à ses sommets", avance ce dernier.
Pauline Armandet