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Quand les automobilistes n'auront plus besoin des feux rouges

Ford développe un algorithme pour permettre aux voitures connectées de se croiser sans avoir besoin des feux. L’utilité des feux tricolores pose question, aussi bien aux constructeurs qu’aux municipalités.

Jusqu’à 60% des accidents automobiles se produisent aux intersections, souligne une tribune publiée sur le site de la Commission européenne. Plus les points de rencontre entre deux véhicules sont nombreux, c’est-à-dire les lieux où les véhicules peuvent se croiser, plus la probabilité d’un accrochage est importante. C’est pour réduire ce nombre que Ford développe actuellement un algorithme pour ses futurs modèles connectés.

Les carrefours et feux rouges, "sources de stress et de danger"

Passer une intersection suppose en effet de partager l’espace, de connaître les priorités, de s’assurer de ce que vont faire les autres véhicules, piétons, cyclistes. Ford veut harmoniser cette prise de décision, et la rationaliser en échangeant des informations entre les véhicules, afin de fluidifier le trafic aux intersections. A terme, ni les feux rouges, ni les panneaux Stop ne seraient donc plus nécessaires.

"On sait tous combien les carrefours et les feux rouges peuvent être source de stress et de danger pour les usagers de la route", explique dans un communiqué Christian Ress, responsable des technologies d'assistance à la conduite chez Ford.

La fluidité du trafic comme la sécurité aux carrefours intéressent également les agglomérations. Depuis un an, la Mairie de Paris teste ainsi la disparition des feux rouges, dans le 14e arrondissement. Supprimés d’un carrefour, leur retrait doit encourager les automobilistes à la prudence. Les feux rouges entraîneraient ainsi une volonté de passer au plus vite, et donc plus de danger, par un comportement peu amène des automobilistes. Selon une étude britannique, publiée en 2016, les conducteurs passent outre-manche un cinquième de leur temps de trajet quotidien à attendre aux feux rouges.

"Avec la technologie Intersection Priority Management (IPM), nous pouvons imaginer un monde dans lequel les véhicules connectés coopèrent de façon intelligente entre eux mais également avec toute l'infrastructure environnante", poursuit Christian Ress.

Les voitures gèrent elles-mêmes leur passage

Les voitures communiquent ainsi entre elles, et chacune adapte sa vitesse et sa trajectoire pour se croiser sans avoir à s’arrêter, et céder le passage à l’une (voir notre vidéo). En décélérant suffisamment tôt grâce aux informations transmises par l’autre véhicule, la voiture ne freine pas brusquement. Ford anticipe ainsi une baisse de la consommation et de l’usure des véhicules, en plus d’une réduction des accidents. Dans son test présenté au Royaume-Uni, fin octobre, Ford ne se basait que sur la transmission d’informations, des conducteurs devaient adapter la vitesse.

Le constructeur américain n’est pas le seul constructeur à travailler sur une communication des véhicules entre eux. C’est en effet l’une des clés pour autoriser demain les robotaxis à circuler sans aucun humain à bord sur les routes. Fin mars, nous avions ainsi assisté à une démonstration de deux prototypes PSA, utilisant chacun la 5G. La première voiture avait ainsi prévenu la seconde d’un ralentissement imprévu, ralentissement indétectable par le second conducteur qui était beaucoup trop loin.

Pauline Ducamp, avec Florian Huvier