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Sur cette île, les side-cars vintage sont des véhicules de tous les jours

Rarissimes en Europe, ces motos pétarades par centaines dans les rues de La Havane

Rarissimes en Europe, ces motos pétarades par centaines dans les rues de La Havane - Yamil Lage - AFP

Si en Europe, les side-cars sont passés de mode, on peut en voir des centaines chaque jour dans les rues de La Havane. Ces engins coûtent moins cher qu'une voiture, encore difficile d'accès pour bien des Cubains.

Elle est connue mondialement pour ses vieilles berlines américaines, mais La Havane est aussi le paradis des motos avec side-cars, venues de Russie, de Tchécoslovaquie ou d'Allemagne de l'Est quand Cuba était dans le giron de l'Union soviétique.

Au volant de sa Jawa 350 de 1989, rouge et bien lustrée, Alejandro Prohenza Hernandez est fier. "Beaucoup d'étrangers aiment bien se prendre en photo avec", a-t-il confié à Katell Abiven, reporter de l'AFP. Gérant d'un paladar (restaurant privé), ce motard reçoit régulièrement des offres d'achat. Mais hors de question de céder ce véhicule qu'il utilise pour aller travailler, se promener avec femme et enfant ou faire les courses.

Encore moins cher qu'un voiture

Et sur l'île, ces engins que l'on trouve désuets en Europe se comptent par milliers. L'explication est liée à la révolution de 1959. Le conflit avec les Etats-Unis a conduit le pays à se rapprocher de l'URSS qui a exporté vers la Havane les side-cars produits en Russie, en Tchécoslovaquie ou en RDA. C'est ce qui explique la profusion de d'Ural, Dniepr, Jupiter, Jawa, CZ ou MZ, qui sont en Europe des pièces de collection.

José Antonio Ceoane Nuñez, explique comment il a fait l'acquisition d'une superbe Jupiter 3 rouge vif: "Quand le gouvernement cubain les a acheté aux Russes, en 1981, c'était pour les entreprises d'Etat. Il les a ensuite revendus aux employés les plus méritants". Son père l'a donc reçu du gouvernement avant de la lui offrir.

Ces engins économiques et passe partout ont été utilisés par les agents de la fonction publique, les militaires et les agriculteurs. Ce sont les raisons pour lesquelles les Cubains les utilisent encore. Un side-car coûte moins cher qu'une voiture, encore difficile d'accès pour bien des Cubains.

Une alternative aux décapotables pour des ballades touristiques

Et cette tradition a été adoptée par ceux qui décident de s'expatrier sur l'île. C'est le cas de Philippe Ruiz, un Français de 38 ans, qui s'est installé à La Havane il y a deux ans pour s'y marier. Il a dégoté un Ural bleu de 1979. Et comme les locaux, cet entrepreneur s'en sert pour transporter du matériel de construction nécessaire à la rénovation des maisons. Il l'utilise aussi pour des ballades avec sa femme et son fils de 8 ans. "On peut mettre un enfant dans le side-car, ma femme derrière (sur la moto), et des valises!".

Ce motard trouve même que son side-car lui a fait découvrir de nouvelles sensations. "Ca change de la moto. On ne peut pas tourner pareil, on ne peut pas se pencher, donc il faut tout réapprendre. Mais c'est sympa", explique Philippe Ruiz. Et pour maîtriser ce véhicule, il existe même des écoles de conduite. Enrique Oropesa Valdez, est un moniteur et donne des cours sur un Ural vert de 1977 qui est devenu son outil de travail.

Désormais, Philippe Ruiz imagine aussi utiliser la sienne pour gagner sa vie. Il veut créer une nouvelle activité touristique en organisant des ballades de découverte. "Ca changera des voitures décapotables qu'il y a ici".

Pascal Samama avec AFP