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Pourquoi baisser la vitesse à 110km/h sur autoroute fait autant débat

Déjà débattue dans le cadre de la Convention citoyenne pour le climat puis abandonnée, la mesure revient sur le devant de la scène avec la candidature d’Anne Hidalgo. Au-delà de, l’opposition des Français, l’efficacité de la mesure pose question.

"Je suis personnellement pour la baisse de la vitesse, 130 km/h c’est beaucoup". Quelques semaines après avoir abaissé à 30km/h la vitesse maximale autorisée dans la majorité des rues de la capitale, la maire de Paris, candidate déclarée, a amené la question de la vitesse sur autoroute dans la campagne pour l’élection présidentielle.

"Je suis favorable d’une façon générale à ce qu’on baisse la vitesse parce que vitesse égale accidents", a résumé ce mardi au micro de Jean-Jacques Bourdin sur RMC et BFMTV Anne Hidalgo.

La candidate socialiste pose ainsi la question de la baisse de la vitesse sur tout ou partie des 9193 kilomètres d’autoroutes concédées en France, prônant cependant ici la "concertation". "Ce sont des décisions qui doivent se prendre en concertation, en discussion avec les autorités nationales mais ce sont aussi des discussions qui doivent se faire localement", affirmait hier la maire de Paris.

Une mesure écartée par Emmanuel Macron

Abaisser la vitesse sur autoroute ferait évoluer une réglementation entrée en novembre 1974, date à laquelle les limitations furent fixées sur les autoroutes à 130km/h, après de longues discussions et quelques expérimentations oscillant entre 120 et 140km/h sur autoroutes, 100 et 110km/h sur routes.

Anne Hidalgo n’a cependant pas prononcé ce chiffre fatidique hier chez Jean-Jacques Bourdin. Car les 110km/h sur autoroute font polémique, même si cette vitesse s’applique déjà sur certaines autoroutes urbaines ou par exemple sur une portion test de 10 kilomètres dans les Hauts-de-France près de Lille.

La généralisation des 110km/h avait en effet été âprement débattue au sein, et en dehors, de la Convention citoyenne sur le Climat, avant d’être finalement écartée à l’été 2020 par le président de la République lui-même. "Jamais la transition écologique ne doit se faire au détriment des communes, des régions qui sont les plus enclavées, c’est pour cela que je crois qu’il faut reporter le débat sur les 110km/h", avait alors justifié le Président, qui avait ajouté:

"Pour que ça marche, il ne faut pas stigmatiser les gens, il ne faut pas les diviser, il faut réussir à les embarquer’, tous ensemble".

Un an plus tard, le consensus ne semble clairement pas trouvé.

Des gains en matière de consommation

"C’est une mesure qui aurait de tout évidence un certain nombre d’avantages sur le plan de la sécurité, de la baisse des émissions de gaz à effet de serre, mais je crois qu’aujourd’hui s’il fallait la remettre sur la table, si j’étais candidat ou candidate à l’élection présidentielle, je ne commencerais pas forcément par cette mesure-là", résume sur BFMTV le député écologiste du Maine-et-Loire Matthieu Orphelin.

Un sondage Odoxa affirme en effet que 74% des Français se disent opposés à cette mesure. La fronde contre les 80km/h, aux prémices de la crise des gilets jaunes, semble encore dans tous les esprits.

Plus largement, les bénéfices sur le plan de la sécurité ou de la lutte contre la pollution entrainés par une telle baisse de 20km/h de la limitation de vitesse font toujours débat. Rouler moins vite fait clairement baisser la consommation, notamment sur de longues distances comme un Paris-Lyon.

"Nous avions établi un delta de consommation de 25% sur une Renault Mégane diesel, donc une voiture plutôt aérodynamique, pas un gros 4x4, il y a un vrai gain", rappelle ce matin sur BFMTV Pierre-Olivier Marie, rédacteur en chef adjoint de Caradisiac.

L’automobiliste fait donc des économies.

Qui dit baisse de la consommation dit aussi logiquement baisse des émissions de CO2. Mais ici, les gains pour la planète sont moins évidents. Selon une étude de 2018 du Commissariat Général au développement durable (CGDD), la vitesse réelle sur autoroute en France est de 113km/h. En passant à 110km/h maximum, la vitesse réelle passerait à 108km/h de moyenne, soit un gain en CO2 de 0,9 million de tonnes par an, l’équivalent de 0,2% des émissions de CO2 en France. L’étude avait également chiffré le coût global de la mesure, surtout la perte de temps liée à cette baisse du trafic "en moyenne 6 minutes en plus par tranche de 100 kilomètres", estime Pierre-Olivier Marie de Caradisiac.

On arrive alors à 65 millions d’heures perdues par an, soit 900 millions d’euros perdus contre 4 millions gagnés grâce aux rejets de CO2 évités.

"Le sujet de la vitesse sur autoroute n’est pas le bon"

Passer à 110km/h sur autoroute équivaudrait à un gain de 48 millions d’euros économisés grâce aux accidents évités, estime la même étude. Mais là encore, les défenseurs de la sécurité routière ne s’y retrouvent pas.

"L’autoroute c’est 27% du trafic et c’est 8% de la mortalité, c’est un peu plus de 1% du linéaire routier en France et donc le sujet de la vitesse sur autoroute n’est pas le bon", rappelait hier sur BFMTV Anne Lavaud, déléguée générale de l’association Prévention routière.

En 2019, avant la pandémie, 154 personnes ont perdu la vie sur les autoroutes françaises, selon des chiffres de l’AFSA. La sécurité routière recensait au total cette même année 3239 tués sur l’ensemble des routes françaises. La vitesse excessive, donc au-delà des 130km/h autorisés, n’est citée qu’en 6e position des causes d’accidents mortels (14%) entre 2016 et 2020 sur autoroute, loin derrière la somnolence (22% des causes d’accidents mortels) et la consommation de drogues, d’alcool, de médicaments: 20%.

"La Cour des comptes l’a dit, nous sommes à la limite de l’obsession de lutte contre la vitesse, il faut de la formation, de l’éducation, une formation post-permis", demande Yves Carra, porte-parole de l’Automobile Club Association.

Ce mercredi, l’entourage d’Anne Hidalgo a tenté de calmer le débat.

"Anne Hidalgo est favorable à une baisse de la vitesse pour des raisons de sécurité et écologiques, mais elle ne propose pas de passer la vitesse à 110kms/h sur autoroute", explique à BFMTV un porte-parole de la maire de Paris.
Pauline Ducamp
https://twitter.com/PaulineDucamp Pauline Ducamp Rédactrice en chef adjointe web