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Pour rester milliardaire, la veuve du patron historique de Volkswagen n’a pas le droit de se remarier

Ursula Piëch, ici en 2012 avec feu son époux Ferdinand, est la présidente des deux fondations qui administrent la fortune de Ferdinand Piëch.

Ursula Piëch, ici en 2012 avec feu son époux Ferdinand, est la présidente des deux fondations qui administrent la fortune de Ferdinand Piëch. - CHRISTIAN CHARISIUS / DPA / AFP

Le testament de l’ancien président de Volkswagen décédé le 26 août dernier compte une "clause de célibat". Son épouse ne doit en effet pas se remarier pour hériter des parts issues de la success-story du constructeur allemand.

Hériter, oui, se remarier, non. C’est l’une des clauses du testament de Ferdinand Piëch concernant sa quatrième et dernière épouse Ursula, rappelle ce mercredi le quotidien allemand Bild.

Le millionnaire, ancien président de Volkswagen et petit-fils de Ferdinand Porsche, est décédé ce lundi à 82 ans, laissant un héritage considérable. Sa fortune est en effet estimée à 1,1 milliard d’euros, selon Vermögen Magazin. De quoi attiser les convoitises. Surtout dans une situation familiale complexe, dont il est l’un des membres les plus fortunés.

De nombreux enfants, une holding familiale, deux fondations

Via la holding familiale Porsche SE, les familles Porsche et Piëch contrôlent le Groupe VW, avec 52,2% des droits de vote. Leur fortune totale est estimée à 37 milliards d’euros, et certains membres des deux familles siègent toujours au conseil de surveillance de Volkswagen, conseil de surveillance dont s’était retiré Ferdinand Piëch en 2015.

Dans cette famille déjà nombreuse, où les Porsche et les Piëch ne s'entendant pas forcément toujours (c'est un euphémisme), le clan Ferdinand tient une place à part. L’ancien président est un des plus puissants dans la holding, mais il a aussi 12 enfants (13 selon Bild). Il en a d’abord eu cinq avec Corina, puis deux avec Marlene Porsche, l'épouse d'un de ses cousins, et deux autres à l’issue d’une liaison, comme le détaille en 2010 la Frankfurter Allgemeine Zeitung.

Avec sa dernière épouse, Ursula, âgée aujourd’hui de 63 ans, Ferdinand Pïech a également eu trois enfants. Et une vie dont la clause de célibat n'est que l'un des multiples rebondissements. Au début de leur romance, dans les années 80, il s'assure ainsi qu'Ursula sait conduire ... "Je lui ai demandé de prendre le volant d’une Iltis, ce qui déjà n’allait pas de soi, et de démarrer sur une route de montagne, à forte pente. Elle a calé plusieurs fois. J’avais déjà un bon aperçu de sa personne", raconte Ferdinand Piëch dans son autobiographie, peut-on lire dans Libération.

En 2010, à l'instar de ces autres coquetteries, Ferdinand Piëch joue carte sur table. Il faut protéger la puissance de son clan, et seule "Uschi" (le surnom d’Ursula) semble à ses yeux capable de préserver cette unité familiale qui passe par une unité financière. Elle est en fait apparue au fil des années comme la seule personne à laquelle Ferdinand Piëch faisait confiance, comme l’explique Les Echos en 2015.

Désignée comme son héritière, Ursula ne pourra cependant vraiment hériter que si elle ne se remarie pas, pouvait-on déjà lire à l’époque dans le portrait que lui consacrait la FAZ. Et bien entendu si elle ne quittait pas Ferdinand.

Le tout est consigné dans les statuts des deux fondations de droit autrichien, fiscalement avantageux, qui gèrent la fortune de Piëch depuis cette date. Leurs noms: Ferdinand Karl Alpha et Ferdinand Karl Beta, comme… Ferdinand Karl Piëch, son nom complet.

Pour sceller l'unité, le magnat a imposé à ses enfants de signer eux aussi des statuts très stricts s'ils voulaient leurs parts d'héritage, rapporte Libération. Chaque enfant légitime dispose ainsi de deux sièges permanents, contre un seul pour les enfants non légitimes. A la présidence des deux fondations, se trouve Ursula Piëch, même si de son vivant, Ferdinand avait entièrement son mot à dire sur l’administration de sa fortune. Les statuts des fondations encadrent aussi clairement leurs actions, rapporte la presse allemande. Il serait quasi impossible aux enfants de vendre leurs parts dans les deux fondations. Si elle se remarie, Ursula perd la présidence des deux fondations, comme son siège aux conseils consultatifs des deux fondations. Les Piëch, un couple et une famille unis, et pas seulement jusqu’à ce que la mort les sépare.

En France, une clause discriminatoire, sauf dans un cas précis

Une telle clause de célibat dans un testament serait-elle possible en France? Elle est le plus souvent jugée discriminatoire, nous explique une juriste. La Convention européenne de sauvegarde des droits de l’Homme défend ainsi dans son article 12 que "Tout Homme a le droit de se marier".

Instaurer une clause de célibat a pu toutefois être admis dans certains héritages dans notre pays, quand cette clause visait à ne pas dilapider un héritage, en vue de protéger les enfants, poursuit notre spécialiste.

Pauline Ducamp