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Non, la climatisation de notre voiture ne nous intoxique pas au benzène

Une rumeur laisse entendre qu’il faut aérer son habitacle dès que la climatisation fonctionne, pour éviter une intoxication au benzène, une substance chimique cancérigène. Une information fausse qui circule depuis une décennie sur internet.

Une rumeur laisse entendre qu’il faut aérer son habitacle dès que la climatisation fonctionne, pour éviter une intoxication au benzène, une substance chimique cancérigène. Une information fausse qui circule depuis une décennie sur internet. - AFP

Une rumeur laisse entendre qu’il faut aérer son habitacle dès que la climatisation fonctionne, pour éviter une intoxication au benzène, une substance chimique cancérigène. Une information totalement fausse qui circule depuis une décennie sur internet.

C’est un "hoax", une fausse information, qui court depuis 2009 sur internet. Selon une étude, il ne faudrait pas allumer immédiatement sa climatisation quand on monte en voiture, mais aérer au moment de l’allumer. La climatisation produirait en effet du benzène, une substance chimique cancérigène. Le benzène attaquerait même les os, selon certains sites qui propagent cette rumeur. Tout cela est faux, comme le démontre l’AFP. D’autres sites de fact-checking, notamment américains, avaient déjà démenti cette fausse information il y a quelques années.

Oui, le benzène est toxique

Le benzène est un liquide incolore, souvent utilisé comme solvant. "Cette substance chimique hautement toxique peut provoquer le cancer, induire des anomalies génétiques ou des effets graves pour les organes à la suite d’expositions répétées, et être mortelle en cas d’ingestion ou de pénétration dans les voies respiratoires", précise l’AFP. Sa vente est à très large majorité réservée aux professionnels.

Non il n’y a pas de benzène dans les climatisations

Selon le fabricant de climatisations automobiles Electric Station Climatisation, contactée par l’AFP, les clim ne diffusent pas de benzène.

"Un système de climatisation automobile, c'est un système qui fonctionne en circuit fermé et étanche, avec des éléments qui transforment le gaz en liquide et le liquide en gaz, explique Pascale Pujol, directrice des relations clients. Les climatiseurs automobiles ne rejettent absolument pas de benzène, et leur étanchéité est contrôlée lors de chaque contrôle technique [soit tous les 2 ans, à partir de la 4e année du véhicule en circulation, ndlr]".

Deux types de gaz se trouvent dans les clims Deux types de gaz sont habituellement utilisés pour assurer le fonctionnement d'une climatisation automobile: le gaz réfrigérant R134A, à base de tétrafluoroéthane, et le gaz réfrigérant HFO-1234YF, à base de tétrafluoropropène. Ce dernier, non-polluant, a été développé pour satisfaire aux exigences d'une directive européenne parue en 2006, visant à "limiter les émissions de certains gaz à effets de serre fluorés provenant des systèmes de climatisation des véhicules à moteur". Le gaz réfrigérant R134A a été mis en cause par plusieurs études scientifiques, car il contribue à l’effet de serre, d’où son remplacement par le gaz réfrigérant HFO-1234YF dans les modèles produits depuis 10 ans. 

Des études sur les rejets des climatisations automobiles

Plusieurs études ont été menées sur les rejets des climatisations automobiles. L’AFP cite notamment un rapport d’Airparif. Cette entité en charge de la surveillance de la qualité de l'air en Île-de-France, a mesuré en octobre 2007 la corrélation entre climatisation et concentration en benzène dans un habitacle de voiture. D'après ce document, "concernant le benzène, il semblerait que d’autres causes telles que par exemple l’histoire du véhicule ou encore le ravitaillement en essence, conditionnent les niveaux d’exposition", mais les mesures relevées dans des voitures fonctionnant avec une climatisation active n'ont pas montré de concentrations nettement plus importantes par rapport à des voitures dont la climatisation est désactivée. Les taux mesurés par Airparif sont par ailleurs très loin des taux dangereux pour la santé: de 1,2 à 21,5 microgrammes par mètre cube d’air.

"Des personnes ont contracté une leucémie après avoir été exposées à des niveaux de benzène allant de 30 à 80 milligrammes par mètre cube, tous les jours de la semaine, pendant des années [...]. A l’intérieur d’une voiture, des études ont mesuré un taux de benzène de 560 microgrammes par mètre cube - soit cent fois moins que le taux de benzène ayant entraîné des leucémies. La toxicité supposée en benzène d’une voiture est un non-problème”, précisait dans un autre article, datant de 2017, Joseph Schwarz.

Ce chimiste québécois, chercheur à l'Université McGill, a lui aussi étudié les risques du benzène dans un habitacle automobile, et en est arrivé à une conclusion simple: il n’y en a pas. Une troisième étude, cette fois réalisée en 2007 en Allemagne, en arrive à la même conclusion.

Pourquoi il vaut mieux ouvrir les fenêtres avant de mettre en route la climatisation

Dans cette rumeur reste cependant un élément intéressant: ouvrir les fenêtres de son véhicule avant de mettre en route la climatisation. C'est notamment important l’été, quand le véhicule est resté longtemps au soleil. Ouvrir les vitres va en effet ramener la température de l’habitacle au même niveau qu’à l’extérieur, et la climatisation fonctionnera de manière beaucoup plus efficace et rapide.

Quand la climatisation démarre, il ne faut pas la mettre trop froide. 5 à 7°C de différence avec la température extérieure suffise pour ressentir une sensation de fraîcheur. Rien ne sert donc de mettre sa climatisation à 18 ou 20°C, quand il fait 25°C dehors. La climatisation entraînera une hausse de la consommation, et pourrait tomber en panne si elle est mal entretenue.

Pauline Ducamp, avec AFP