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Les voitures diesel à la peine sur le marché de l’occasion

Mauvaise image, interdiction en centre-ville, hausse du prix à la pompe, les consommateurs hésitent à acheter comme à revendre leur véhicule diesel en occasion.

Le nombre de voitures diesel circulant en France a baissé en 2017. Au total, le parc automobile de véhicules particulier compte 45.000 véhicules roulant au gazole de moins qu'en 2016. Sur un total de 32,5 millions de voitures particulières en circulation, cela reste symbolique. Mais c'est un nouveau signe que les Français se détournent bel et bien de cette motorisation touchée depuis 2015 par le scandale des logiciels truqueurs et depuis cette année par une fiscalité sur les carburants devenue pénalisante.

Du coup, pour les propriétaires d'une voiture diesel, une question majeure se pose: qu'en faire? Cette question pèse (entre autres) sur le marché de l’occasion. Depuis le mois de janvier, le premier marché automobile de France, avec 4,259 millions de voitures vendues, a reculé de 1,5%. Or, contrairement au marché du neuf, il reste majoritairement diesel.

En septembre, 35% seulement des voitures neuves vendues étaient équipées d'un moteur carburant au gazole. Sur le marché de l'occasion, la part du diesel atteignait, elle, le mois dernier 62%, selon les données recueillies par AutoScout24. Et pour les automobilistes qui vendent leur voiture en direct comme pour les concessions qui en ont racheté, trouver un acquéreur est plus compliqué que par le passé. "Les diesel mettent plus longtemps à se vendre qu’auparavant, résume Guillaume Paoli, co-fondateur et dirigeant d’Aramis Auto. 40% des propriétaires de diesel ont par ailleurs changé de comportement. Ils vont en effet essayer soit de la revendre au plus vite, soit la garder jusqu’au bout". Selon les modèles, ces propriétaires pourraient en effet perdre de l’argent s’ils mettent leur véhicule en vente.

Les prix des grandes routières en baisse

C’est paradoxalement le cas pour les berlines, les grandes routières comme une Peugeot 508 par exemple. Selon des données fournies par le spécialiste de l’occasion AutoScout24, le prix de ce genre de modèle a perdu 10% par rapport à l’année dernière. Sur les 366 annonces de 508 diesel recensées actuellement sur le site, beaucoup d’occasions très récentes se négocient à moins de 25.000 euros. Les modèles les plus anciens, de 2011 ou 2012, tombent facilement sous la barre des 10.000 euros.

Et ne comptez pas trouver une 508 essence: une petite dizaine seulement est disponible. Cette offre restreinte explique certainement en partie la hausse de leur prix: +21,5% sur un an, pour ces grandes routières. Une situation paradoxale, car ces véhicules sont amenés à parcourir beaucoup de kilomètres. Même si essence et gazole sont au même prix, comme le diesel permet de parcourir plus de kilomètres avec un même plein, une version diesel reste plus intéressante économiquement pour les grandes routières. Les grands SUV familiaux diesel, comme les Volvo XC90 ou les BMW X5, voient aussi leur prix baisser depuis un an: -9,2%, tout comme les monospaces compacts, type Renault Scénic, perdent eux 7,3%. A contrario les prix des SUV moyens comme les Peugeot 3008, Renault Kadjar ou Koleos, grimpent de 7,6% depuis l'an dernier. 

Les Clio essence très demandées

En France, le gros du marché de l’occasion se concentre cependant sur les petites compactes (comme les Renault Clio et les Peugeot 208, Citroën C3), et les compactes (des Renault Mégane aux Peugeot 308). Le marché semble complexe. "Les Twingo, les 208, les Clio, sont moins chères que par le passé, nous explique Guillaume Paoli. Elles ont perdu entre 5 et 15% de leur valeur".

Chez AutoScout24, les prix se tassent côté diesel, alors que les prix de l’essence eux grimpent. Pour une Clio par exemple, deux fois plus de versions diesel sont à vendre sur AutoScout24. De nombreux modèles d’un an ou deux avec un faible kilométrage se négocient autour de 10.000 euros. Mais la différence n’est pas flagrante avec les essence, puisque de nombreuses Clio d’à peine un an et demi s’affichent autour des 10.000 euros. "La demande de compactes et petites compactes en essence est forte, mais l’offre est encore faible. Ces modèles en essence partent donc plus rapidement", poursuit Vincent Hancart.

Un segment reste cependant stable niveau prix, c’est celui des modèles abordables comme les Dacia. Jugées plus "utilitaires", ces modèles semblent moins affectés par les atermoiements concernant le diesel. "Quand on vend une voiture, on perd de l’argent. On la vend aussi souvent moins cher que le prix espéré, car les vendeurs regardent souvent les prix des annonces pour fixer le leur. Or ces voitures n’ont pas encore été vendues", tempère Guillaume Paoli.

Certaines ne le seront d’ailleurs jamais. "Les propriétaires gardent leurs voitures diesel de plus de 10 ans" souligne Vincent Hancart, qui constate "une baisse de 10% du nombre de voitures mises en vente depuis un an".

Pauline Ducamp