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Les Tesla de compétition veulent révolutionner le sport automobile

Les promoteurs du championnat Electric GT ont choisi le circuit de Pau-Arnos (Pyrénées-Atlantique) comme camp de base. L'occasion pour des pilotes professionnels de tester la future version de compétition. Les courses entre Tesla Model S préparées doivent démarrer à partir de novembre au Castellet (Var), avec différentes étapes ensuite prévues en Europe.

20 Tesla Model S de compétition alignées sur la grille de départ dans un silence assourdissant, et avant un démarrage (forcément) canon: c’est ce qui devrait se dérouler le week-end du 25 novembre prochain, sur le circuit Paul Ricard du Castellet (Var). Une année faste pour ce circuit qui accueillera également le grand retour de la F1 dans l'Hexagone.

Un camp de base à Pau

La première étape du nouveau championnat Electric GT devrait ainsi prendre place sur le sol français, avant de venir faire chauffer la piste de prestigieux circuits européens comme le Nürburgring en Allemagne, ou Estoril au Portugal. Mais en attendant l'ouverture de cette première saison, c’est également en France, cette fois-ci côté sud-ouest, que les organisateurs se préparent.

Un partenariat vient ainsi d'être signé avec le circuit de Pau-Arnos (Pyrénées-Atlantique) qui deviendra à terme le centre de développement de cette nouvelle compétition baptisée Electric GT (ou EGT) et son circuit d’essai. Un seul véhicule au programme pour le moment: la berline électrique de Tesla. Après avoir travaillé sur une P85+, une des versions les plus performantes des premières Model S, les organisateurs ont finalement opté pour LA meilleure version actuelle, la P100D, commercialisée depuis l’été 2016

La Tesla Model S de série (avant le restylage de 2016) à gauche et la version Electric GT à droite, sur la piste du circuit de Pau-Arnos le 27 avril dernier
La Tesla Model S de série (avant le restylage de 2016) à gauche et la version Electric GT à droite, sur la piste du circuit de Pau-Arnos le 27 avril dernier © Mdk Productions

"J'étais comme un fou dans la voiture"

Lors de la signature du partenariat avec le circuit de Pau-Arnos le 26 avril dernier, des pilotes avaient été conviés pour tester la version de course du bolide électrique, comme Stéphane Ortelli ou l'ancien de F1, Jean-Pierre Jabouille. De quoi répondre aux interrogations et doutes concernant un véhicule connu pour ses performances en ligne droite, mais beaucoup moins pour ses prouesses sur circuit. 

"J'avais vraiment envie d'essayer, a réagi Stéphane Ortelli après son essai [Ce pilote a notamment remporté les 24 Heures du Mans en 1998 et trois couronnes mondiales en GT]. Dès la première accélération et après les premiers virages et freinages, j'étais comme un fou dans la voiture. A la moitié du circuit je me demandais déjà ce que j'allais pouvoir améliorer à mon deuxième tour en arrivant avec des pneus chauds"

Quelques modifications bien visibles à l'intérieur avec les sièges baquets et le volant sport. L'écran tactile de 17 pouces reste lui bien en place.
Quelques modifications bien visibles à l'intérieur avec les sièges baquets et le volant sport. L'écran tactile de 17 pouces reste lui bien en place. © MdK productions

Forcément, sur une version préparée, les performances sont au rendez-vous. Quand la P100D de série dévore le 0 à 100 km/h en moins de 2,5 secondes, la Model S Electric GT grignote encore quelques dixièmes pour descendre à 2,1 secondes. Malgré l'allègement, le poids des batteries se ressent cependant toujours, avec, au total, 1720 kg sur la balance pour l'ensemble du véhicule.

"Je suis bluffé par le comportement, avec plus de survirage que de sous-virage, donc je me bats pas mal avec la voiture. Je peux la mettre en glisse, je peux entrer tard sur les freins, poursuit le vainqueur des 24 Heures. Elle est très directionnelle, on m’avait expliqué qu’avec le positionnement des batteries, elle avait un très bon équilibre et je confirme! Cela reste une très bonne GT."

Révolution silencieuse dans le sport auto

Autre interrogation légitime pour un pilote professionnel, l’absence de sonorité du moteur:

"Le fait qu’il n’y ait pas de bruit, je n’ai pas eu peur de la pousser à 100% dès le début, rappelle Stéphane Ortelli. A chaque fois que tu démarres avec une nouvelle voiture, tu dois aussi habituer ton oreille. On se nourrit des bruits, mais cela peut engendrer une certaine peur quand tu ne connais pas encore le véhicule ce qui pousse à un peu de retenue. Or là, après le premier tour, j’étais à 100% en train d’essayer d’utiliser au maximum la voiture."

Pour Stéphane Ortelli, en termes de pilotage il s'agit tout simplement d'une petite révolution:

"Globalement, dans le sport automobile depuis 1999 on roule en boîte semi-automatique. Or, je pense qu'il y autant de différence entre boîte mécanique et boîte automatique en sport GT, qu'entre boîte automatique et électrique sans boîte comme j'ai pu le découvrir sur l'Electric GT."

Développer l'écosystème de l'électromobilité dans la région

La compétition reste en attente des homologations de la FIA (Fédération internationale de l'automobile) mais les organisateurs se montrent confiants. Des acteurs historiques du sport mécanique sont déjà impliqués comme Pirelli qui a développé des pneus spécialement pour la Tesla EGT.

L'idée est également d'associer des entreprises françaises de la région en pointe dans la mobilité électrique. C'est notamment le cas d'Evtronic, spécialisée dans la recharge rapide et qui fournit déjà les bornes du réseau national sur autoroute Corri-door. L'entreprise s'est associée au circuit de Pau pour l'occasion et en fera un laboratoire pour la charge "ultra-rapide" du futur proche avec la promesse de redonner 300 km d'autonomie en un quart d'heure seulement. 

D'autres entreprises se sont montrées intéressées par ce projet, avec la possibilité d'aménager le circuit de Pau, si les intérêts se confirment. L'architecte palois, Julien Camborde, a ainsi présenté des visuels d'un "village photovoltaïque", avec des toits bien sûr recouverts de panneaux solaires.

Un architecte palois a imaginé à quoi pourrait ressembler le futur village photovoltaïque du Pau E-circuit à Arnos.
Un architecte palois a imaginé à quoi pourrait ressembler le futur village photovoltaïque du Pau E-circuit à Arnos. © Julien Camborde
Julien Bonnet