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Le Renault Scénic, modèle mythique

La quatrième génération de Scénic, présentée en mars à Genève cet hiver.

La quatrième génération de Scénic, présentée en mars à Genève cet hiver. - Renault

Qu'on aime ou qu'on déteste il faut s'accorder sur un point: le Scénic est un modèle de longévité qui a quelque peu révolutionné le (très jeune à l'époque) secteur du monospace.

Vingt ans et quatre générations, avec le Scénic présenté à Genève et le Grand Scénic introduit cette semaine, le modèle est un exemple de longévité. On peut admettre qu'il ne fasse pas rêver, il n'empêche que le monospace compact est un incontournable chez Renault depuis son introduction en 1996. A l'époque appelé Mégane Scénic, il n'était alors qu'une déclinaison familiale de la compacte française.

La première génération, fabriquée à Douai (Nord), ne devait représenter que 20% des ventes des Mégane. Le Scénic se vendra finalement autant que la berline compacte dont il découle. Pour Rémi Cornubert, associé au cabinet A.T. Kearney et spécialiste de l'automobile, ce succès s'explique par le fait que Renault ait "crée un segment, celui du monospace compact". Une nouvelle branche de sa ligne de "voitures à vivre" lancées par la marque, avec la Twingo et l'Espace, estime l'expert. 

Le Scénic n'était pas destiné au succès qu'on lui connait, il ne devait être qu'une version de la Mégane.
Le Scénic n'était pas destiné au succès qu'on lui connait, il ne devait être qu'une version de la Mégane. © autodeclics.com

Départ fulgurant, succès inattendu 

Le succès est donc immédiat pour cette cinq places, plus petite qu'un monospace classique, mais assurant une position plus haute et, de plus, modulable. Au final vendue à 2 millions d'exemplaires, la première génération assure au Scénic un statut de valeur sûre dès ses débuts, et elle sera élue Voiture de l'Année en 1997. Plus significatif, les autres constructeurs, pris de court par ce concept de monospace compact, se joignent à la bataille. Pour le meilleur et pour le pire. Citroën ira aussi de sa déclinaison de berline sortant le Xsara Picasso, Opel arrivera avec le Zafira, Volkswagen le Touran et Fiat nous réservera l'inoubliable... Multipla.

La mention Mégane disparaîtra lentement, mais sûrement du modèle qui ne s'appelle plus que Scénic dès la deuxième génération. Son design, lui, reste dépendant de la compacte jusqu'au Scénic 4, qui fait place à une allure plus proche du SUV. Le modèle représente aussi un grand laboratoire pour Renault qui y introduira de nombreuses innovations technologiques: utilisation de matières recyclables, ABS avec une transmission automatique, entre autres. A partir de la deuxième génération, une version sept places fait son apparition, ancêtre du Grand Scénic. 

La modularité est l'atout principal du Scénic. Dans le coffre, on trouve une tablette réglable en hauteur, et le siège du milieu à l'arrière peut s'abaisser pour laisser place à une table. Une ambiance "cocon" voulue par le constructeur, qui donne l'impression de protéger la famille, coeur de cible du modèle. Si le Scénic 2 adopte des lignes plus tranchantes héritées de la Mégane II, la troisième génération perd un peu de son côté ludique et "gentil" pour arborer des lignes plus sobres et un intérieur plus haut de gamme.

Les monospaces plongent, les SUV grimpent

Qu'importe pour Renault, qui amorce une transformation de son modèle, à l'heure où la "folie" SUV commence tout doucement à prendre. L'essence du Scénic est la modularité, et elle est maintenue par le constructeur. Design annonciateur de la future tendance, la marque sort aussi une version un peu plus musclée et "baroudeuse", le X-Mod, quelques années après le un premier coup d'essai, le RX4.

Ceux qui auront la nostalgie des lignes rondes et bienveillantes des premiers Scénic ne goûteront peut-être pas l'apparence SUV de la nouvelle génération présentée cet hiver à Genève. Le concurrent annoncé du futur 3008 adopte, lui aussi, des lignes d'utilitaire urbain. Les parts de marché des monospaces s'amenuisent grandement, celles des SUV grimpent.

Renault ne peut pas nier l'évidence: la "marque au losange" a vendu deux fois plus de SUV que de monospaces l'an dernier. Les temps changent, mais le Scénic reste, pour le moment.

Scénic, un nom qui compte

La part de marché des monospaces a été divisée par deux en dix ans, "mais représente toujours 12,5% des ventes sur la France" ajoute Rémi Cornubert. Renault, avec le Scénic, est resté leader du segment en France, devant le C4 Picasso. Surtout, le nom, Scénic, est trop important symboliquement et économiquement pour être abandonné. C'est pourquoi Renault, au lieu de l'évacuer -comme avec la Laguna- préfère au contraire le "révolutionner". C'est l'objectif de cette quatrième génération, qui doit faire perdurer le monospace chez Renault, ainsi que sa place de leader de la catégorie, tout en le modernisant. 

Cette quatrième génération, estime Rémi Cornubert, "porte la patte du style de Laurens van den Acker (directeur du style chez Renault), il adopte un look plus sportif, il est plus haut, plus long, plus large". Plus luxueux aussi, "en empruntant la table centrale de l'Espace", monté en gamme. La marque veut, ajoute le spécialiste, faire perdurer le nom sans "cannibaliser" les autres modèles, notamment le Kadjar.

Le nouvel Espace?

Le Scénic pourrait même prendre le positionnement d'un autre modèle mythique de la marque: l'Espace. Ce dernier s'est embourgeoisé, adopte un positionnement de crossover. La marque compte maintenant trois SUV (Captur, Kadjar et Koleos) et un crossover (Espace). Les Scénic et Grand Scénic sont donc les derniers vrais monospaces de Renault, et ont une vraie carte à jouer. La marque à réinventé le segment une fois, pourquoi pas encore? Rémi Cornubert ajoute, pour conclure: "le Scénic est une voiture emblématique de Renault comme le sont la R5, et la 4CV, c'est un modèle génial, accessible, familial".