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Essai - Nouvelle Jaguar F-Type R, la fin d'une lignée?

La version R, c'est la version la plus sportive de la Jaguar F-Type.

La version R, c'est la version la plus sportive de la Jaguar F-Type. - Antoine Larigaudrie

Alors que la maison-mère fait face à un défi quasi-existentiel, Jaguar remet à jour un de ses modèles-phare, la GT F-Type. La plus sportive, la version R, profondément remaniée, fera-t-elle les frais des bouleversements actuels du secteur automobile?

Les grands constructeurs mondiaux affrontent actuellement un défi structurel et existentiel. Face à des réglementations de plus en plus contraignantes en matière de pollution, notamment en Europe, face à l’accélération de l’électrification, c’est toute la carte du monde automobile qui est en train de changer.

Pour le groupe Jaguar/Land Rover, filiale de l’Indien Tata Motors, le défi est encore plus immense. L’ombre du Brexit est une menace structurelle de plus pour un constructeur qui, pour ne rien arranger, est sans doute le plus menacé par le nouvel environnement réglementaire. Il y a encore quelques mois, 70% des ventes du groupe étaient encore composés de véhicules diesel… le reste constitué de modèles à forte cylindrée. Un chantier que devra finaliser le nouveau patron, Thierry Bolloré, ancien numéro 2 de Renault. Son expérience ne sera pas de trop pour tenter de réorganiser la stratégie du groupe par marque, par marché et par technologie de motorisation.

Si Land Rover a commencé le chantier de l’électrification il y a déjà plus de 2 ans, avec des modèles hybrides et hybrides rechargeables, en attendant un futur tout-électrique dans quelques mois, tout reste à faire pour Jaguar. L’I-Pace 100% électrique, unanimement saluée pour ses qualités, reste le véhicule-phare de la marque pour progresser à ce niveau, mais il reste bien seul dans la gamme pour le moment. L’hybridation commence à peine, notamment sur les SUV F et E-Pace… Et pour le moment rien de nouveau pour les berlines, ni pour la GT F-Type.

La F-Type R est du gabarit de la Porsche 911, avec 4,47 mètres de long. Elle ne dispose cependant pas, contrairement à la 911, de deux places à l'arrière.
La F-Type R est du gabarit de la Porsche 911, avec 4,47 mètres de long. Elle ne dispose cependant pas, contrairement à la 911, de deux places à l'arrière. © Antoine Larigaudrie

La dynamique du downsizing

Cette dernière, en revanche, est désormais disponible dans une version 4 cylindres. Au risque de refroidir les puristes, habitués aux puissants V6 (qui disparait de la gamme) et V8… Mais les tendances actuelles, chez tous les constructeurs premium (Mercedes, BMW et autres), montrent que la tendance au "downsizing" de la motorisation est un effort indispensable au vu des critères environnementaux, autant qu’approuvé par une clientèle souvent plus jeune, et prête à adopter des moteurs plus en phase avec l’époque. Face à des malus qui vont rapidement devenir totalement ingérables pour les constructeurs, les jours des très grosses motorisations semblent donc comptés en Europe.

Jaguar a tout juste renouvelé le design de sa F-Type, avec une nouvelle calandre à l'avant notamment. Elle conserve sa ligne hommage à la Type-E.
Jaguar a tout juste renouvelé le design de sa F-Type, avec une nouvelle calandre à l'avant notamment. Elle conserve sa ligne hommage à la Type-E. © Antoine Larigaudrie

C’est pourquoi la plus sportive des Jaguar de série est peut-être bien la dernière de sa lignée chez nous. Son V8 de 580 chevaux et ses émissions de 252 grammes de CO2 par kilomètre la promettent au super-malus de 20.000 euros en France, soit plus d’un sixième du prix d’achat! De quoi refroidir l’ardeur, même des plus fervents supporters de la marque. C’est donc plus du côté des marchés américains et asiatiques que ce modèle trouvera ses vrais nouveaux relais de croissance. Il faut donc en profiter!

Le point fort: un design superbe

S’il existait un (très subjectif) Top 10 des plus belles GT du monde, la nouvelle F-Type R y a sa place, et sans doute sur le podium final. Un design superbe, perpétuant une lignée de grands coupés sportifs qui commence avec la Type-E des années 60. Mais si la première F-Type R se caractérisait par un comportement plutôt brutal et un physique très agressif et massif, la nouvelle génération semble bien plus dans l’air du temps, grâce à une nouvelle face avant reprenant les codes actuels de la marque, une grille avant plus fine et des phares effilés, accentuant l’aspect félin du bolide.

Les lignes sont également revues et donnent à l’ensemble un aspect à la fois plus dynamique et léger, moins massif, malgré une poupe toujours aussi imposante! Campée sur des jantes forgées 20 pouces aux jolis contrastes, la F-Type R en impose, mais avec une véritable distinction très britannique.

L'habitacle se veut raffiné.
L'habitacle se veut raffiné. © Antoine Larigaudrie

A l’intérieur, l’ambiance mêle sportivité et premium, avec des baquets au soutien impeccable, mais qui n’oublient pas d’être larges et confortables, rendant amplement supportables de longs parcours à son volant. La qualité des matériaux intérieurs est remarquable, notamment un cuir marron clair avec ses jolis points de couture blancs, ainsi que des placages aspect carbone et des plastiques résolument sportifs. On n’est pas encore au niveau d’Aston Martin, mais on commence à s’en rapprocher.

Ajoutez à cela une instrumentation complète et bien agencée, des ambiances lumineuses intérieures qui varient suivant le mode de conduite choisi, ainsi qu’un coffre tout en longueur d’une belle contenance (336 litres max), et vous obtenez une GT de grande classe confortable et un minimum pratique.

Quand le félin gronde….

Pression sur le bouton start-stop, et la salle des machines s’ébroue. Le V8 de 580 chevaux ronronne paisiblement, surtout si l’on reste en mode de conduite confort. La sonorité est veloutée, et là encore contraste avec le côté sauvage et un peu américain de la génération précédente. On a affaire à un engin au caractère plus distingué. En revanche, sélectionnez le mode dynamique, l’échappement se libère, les suspensions et la direction deviennent plus fermes, pressez l’accélérateur et la F-Type R se mettra à rugir et vous écrasera dans votre siège. L’accélération impressionne, avec un 0 à 100 km/h exécuté en 3,6 secondes.

Sous le capot de cette F-Type R, une motorisation V8 de 580 chevaux.
Sous le capot de cette F-Type R, une motorisation V8 de 580 chevaux. © Antoine Larigaudrie

Mais là encore, la nouvelle F-Type R est certes une GT très performante, mais au caractère plus policé. Son châssis et sa direction, très intelligemment réglés, permettent d’exploiter pleinement la force incroyable du moteur, avec plus de facilité et plus de précision, malgré une masse conséquente (1,8 tonne).

Si la première génération hésitait entre la GT et la super sportive, la nouvelle se révèle une voiture finalement plus homogène, peut-être un peu moins expressive, mais finalement plus en ligne avec l’identité de la marque. Ce repositionnement est sans doute une bonne stratégie, laissant le champ libre au département spécial SVR pour imaginer des Jaguar franchement plus aiguisées pour les orthodoxes du sport automobile.

Supersortive ou GT, la précédente génération hésitait. Cette nouvelle version penche clairement pour la GT.
Supersortive ou GT, la précédente génération hésitait. Cette nouvelle version penche clairement pour la GT. © Antoine Larigaudrie

Le point noir: une conduite pénible en ville

Bien entendu, avoir 580 chevaux à disposition sous le pied droit rend la conduite urbaine assez compliquée. Malgré des réglages encore une fois plutôt doux, la brusquerie des redémarrages peut surprendre, surtout s’il on laisse l’arrêt automatique du moteur branché. La F-Type bondit alors en avant. Il faut donc être prudent, d’autant que le rayon de braquage est assez large, et oblige à certaines manœuvres supplémentaires pour éviter le risque d’un frottement de jantes sur les trottoirs. Attention qui doit redoubler, alors que le capot très long rend la visibilité un peu faible.

Quelques détails de finition surprennent aussi, les plastiques du centre du volant, ainsi que certains commodos ou boutons peuvent paraître un peu bas de gamme pour un véhicule de ce calibre.

La boîte de vitesse, même en mode dynamique, n’a pas exactement l’efficacité ni la réactivité des boîtes Porsche ou même Mercedes-AMG, malgré des palettes au volant plaisantes et des rétrogradages efficaces… Enfin, mais c’est un parti pris de Jaguar, on pourra regretter l’absence de places arrières, mêmes symboliques, pour profiter de ses prestations uniques en (petite) famille.

Côté consommation, le V8 pèse sur la facture avec une moyenne de 11 litres aux 100 kilomètres.
Côté consommation, le V8 pèse sur la facture avec une moyenne de 11 litres aux 100 kilomètres. © Antoine Larigaudrie

Mais à quel prix? Une bonne affaire?

A 139.971 euros clés en mains, le tarif de la F-Type R est évidemment très salé… Surtout si l’on considère que ses concurrentes directes, Porsche 911 et Mercedes AMG GT fixent le ticket d’entrée à juste un peu plus de 100.000 euros. Mais c’est sans compter les options, qui feront grimper la note des 2 allemandes très probablement de plusieurs dizaines de milliers d’euros!

La F-Type R est en revanche une bonne affaire face à la Audi R8, dont le prix de base s’envole à 174.000 euros. La Jaguar s’intercale donc bien dans l’équilibre-prix du marché, avec une identité britannique très affirmée et des performances de tout premier ordre.

C’est donc le malus écologique qui aura le dernier mot au moment du choix. Mais pour qui a les moyens, et l’envie de sortir de l’omniprésence du premium allemand avec un engin particulièrement raffiné et très performant, la Jaguar F-Type R constitue l’alternative rêvée, avec en cadeau-bonus un aspect "futur collector" certain.

Par Antoine Larigaudrie