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Comment Dacia essaie de développer la voiture électrique la moins chère du marché

La marque low-cost du Groupe Renault a dévoilé cette semaine la Spring, sa première citadine et sa première voiture 100% électrique.

Et si après Tesla, la seconde révolution dans le domaine de la mobilité électrique venait de Dacia? La semaine dernière, la marque roumaine a dévoilé sa première citadine électrique, la Spring.

Avec ce petit SUV de 3,70 mètres de long, la marque low-cost du Groupe Renault veut clairement proposer la voiture électrique la moins chère du marché (hors quadricyle à moteur). La Spring reste pour le moment à l’état de concept, et Dacia ne communique pas officiellement de prix. Mais au sein de la marque à bas coûts, tous s’accordent pour un prix de vente autour des 15.000 euros pour la version de série, qui arrivera sur le marché l’année prochaine.

Le prix, un frein à l’achat de la voiture électrique

Le prix reste clairement l’un des freins à l’achat de voitures électriques. Selon une étude du cabinet JATO parue fin 2019, les tarifs de ces véhicules ont augmenté de plus de 50% entre 2011 et 2020. Or, dans les années à venir, les aides gouvernementales risquent de diminuer, comme le prévoit déjà la France. Déjà divisé par deux pour les entreprises, le bonus passera de 6 à 3.000 euros en 2021 pour les particuliers.

"Il y a deux problèmes, le prix et le côté pratique: pour vendre les voitures électrifiées moins cher, il faut réduire les capacités des batteries. Et pour réduire les capacités des batteries, il faut une infrastructure standardisée, permettant de charger rapidement. Ce qui n'est pas le cas aujourd'hui", résumait en septembre 2019 Ralf Speth, PDG de Jaguar Land Rover, comme le rappelle Les Echos.
Dacia veut commercialiser la voiture la plus abordable du marché.
Dacia veut commercialiser la voiture la plus abordable du marché. © P. Ducamp - BFMTV

Moins de batteries, moins de poids

Dacia a fait un choix drastique: la Spring n’offrira que 200 kilomètres d’autonomie, contre près du double pour la Renault Zoé. Gilles Normand l’assume pleinement comme un facteur de réduction des coûts.

"Aujourd’hui, certaines personnes se rendent compte qu’elles n’ont pas besoin d’avoir 350 ou 400 kilomètres d’autonomie, nous explique le directeur en charge du véhicule électrique et des nouvelles mobilités au sein du Groupe Renault. Cela demande de mettre moins de batterie dans le véhicule".

En mettant moins de cellules, Dacia économise également sur les systèmes de refroidissement nécessaire sur les grandes batteries.

"Avec 200 kilomètres d’autonomie, une batterie de 26,8kWh, la Dacia Spring est dimensionnée selon son usage, ce qui est une approche intéressante, commente Nicolas Meilhan, expert voitures électriques chez EV-Volumes. Or, la voiture électrique est en compétition avec les voitures d’occasion pour être les deuxième ou troisième voitures du foyer, la question du prix est déterminante".

L’autre atout pour faire baisser son prix découle de ce choix d’une autonomie réduite: c’est son poids, annoncé très léger, malgré un look carré de SUV.

Des technologies déjà éprouvées

"Nous profitons du savoir-faire en matière électrique du Groupe. Cela fait 10 ans que Renault travaille et vend de l’électrique, nous avons utilisé ce savoir-faire pour reprendre de la technologie électrique éprouvée et l’avoir au meilleur prix pour une Dacia, nous explique David Durand, directeur du design Dacia. Et puis c’est une petite voiture, elle est assez légère, cela permet d’embarquer moins de batteries, c’est un cercle vertueux pour réussir à avoir un prix abordable, qui est nécessaire pour une Dacia".

La "technologie électrique éprouvée" vient aussi de modèles déjà commercialisée en Chine, sous le nom de K-ZE, une voiture dérivée de la petite voiture low-cost Kwid, vendue en Inde. "Nous vous présentons sa dérivée Dacia, la première 100% électrique du constructeur", résume David Durand.

La Dacia Spring se base sur des modèles déjà commercialisés en Chine ou en Inde.
La Dacia Spring se base sur des modèles déjà commercialisés en Chine ou en Inde. © P. Ducamp - BFMTV

Tout l’enjeu pour Dacia est de proposer une voiture qui convienne aux Européens, respecte des normes européennes de sécurité plus drastiques, sans augmenter trop fortement les prix. "Les économies d’échelle se créent grâce à la plateforme commune déjà utilisée en Inde, en Chine, poursuit Nicolas Meilhan. A ce tarif, il n’y existe pas aujourd’hui beaucoup de concurrence".

Si Renault a déjà écoulé plus de 200.000 Zoé en Europe depuis son lancement en 2012, il n'a vendu pour l'instant que 2800 K-ZE en Chine depuis l'an dernier. La petite électrique y est commercialisée entre 61.800 (7.800 euros) et 71.800 yuans (9.000 euros).

Un marché des électriques low-cost en développement

Le Groupe Renault compte également pousser la Spring dans les réseaux d’auto-partage, le sien propre nommé Zity mais aussi ceux de ses concurrents. L’auto-partage a aussi été choisi par le groupe PSA pour sa petite Citroën AMI, mais cette dernière ne propose que 70 kilomètres d’autonomie et se conduit sans permis.

La véritable concurrente de la Spring sur le segment des électriques à bas prix pourrait venir de l’autre côté des Alpes, avec la Fiat Panda électrique. Si la nouvelle Fiat 500 zéro émission se négocie très chère, la Panda électrique devrait être beaucoup plus abordable, avec une autonomie autour de 100 kilomètres, si l’on en croit le magazine anglais AutoExpress. De quoi amorcer une concurrence entre constructeurs. Cette situation a permis en Chine par exemple de faire baisser les prix.

"Une baisse due aux incitations gouvernementales, et au lancement de nombreux modèles citadins très bon marché, expliquait fin décembre Felipe Munoz, analyste chez Jato dans Les Echos. En outre, les constructeurs en Chine n'ont pas à respecter les mêmes réglementations complexes de sécurité que leurs homologues en Europe et aux Etats-Unis".
Pauline Ducamp, avec Chloé Baïze