BFM Business

C5X "made in China": Citroën ne produit plus que trois modèles en France

La nouvelle grande berline de Citroën, la C5X, sera produite en Chine.

La nouvelle grande berline de Citroën, la C5X, sera produite en Chine. - Citroën

Le dernière-née des Citroën, sera produite à Chengdu pour l’ensemble des marchés. Par ailleurs, ces dernières années, le constructeur a développé sa base industrielle en Europe, délaissant petit à petit la France.

Elle doit s’inscrire dans la lignée des SM des années 70, des CX des années 80, des C6 des années 2000, mais un détail non négligeable l’éloigne considérablement de ses aïeules. Dévoilée ce lundi, la C5X sera la première grande berline de la marque aux chevrons à ne pas être produite en France. Le nouveau modèle sera exclusivement assemblé à Chengdu, en Chine, dans une usine ouverte en 2016 qui produit également des déclinaisons destinées uniqument au marché local, la Peugeot 508L et le SUV C5 Aircross.

De la France à l'Europe... et maintenant en Chine

Si ce choix a été commenté dans la presse et sur les réseaux sociaux, ce n’est pas une première chez Stellantis, le groupe issu de la fusion entre PSA et FCA. Il y a quelques mois, DS avait dévoilé sa grande berline la DS9, qui elle aussi va être produite en Chine, dans l’usine de Shenzhen.

Les derniers modèles présentés par Citroën ces derniers mois, qu’il s’agisse de modèle à fort volume comme la C4 ou de modèle de niche comme l’AMI, ne seront pas non plus produits en France. Avant la C5X en Chine, la C4 a ainsi été affectée l'an dernier à l’usine espagnole de Villa-Verde. L’AMI est elle assemblée à Kenitra au Maroc.

Citroën nous confirme qu'aujourd'hui, seuls trois modèles de son catalogue France continuent à être assemblés sur le sol national: un SUV, le C5 Aircross, à Rennes-La-Janais (Ille-et-Vilaine) et deux utilitaires, les Jumpy et SpaceTourer, à Hordain (Nord). La marque française par excellence dans l'esprit des consommateurs n'est donc plus autant liée qu'avant, industriellement parlant, au territoire national.

Globalement, la place de la France dans le mécano industriel de Citroën a reculé ces dernières années à la suite de différentes stratégies industrielles. Selon les chiffres d’Inovev, la production française de Citroën a baissé de 240.678 véhicules assemblés en France en 2015 à 166.088 en 2019. Sur la même période, elle est au contraire passée de 48.825 voitures produites en Slovaquie à 216.665 véhicules, avec l’arrivée de la production de la dernière C3, un petit modèle à fort volume, sur le site de Trnava (Slovaquie).

La nouvelle grande berline de Citroën, la C5X
La nouvelle grande berline de Citroën, la C5X © Citroën

En décembre dans un rapport sur les politiques industrielles en France, France Stratégie a documenté ce mouvement des constructeurs nationaux qui a débuté des années 2000: transfert de la production de petits modèles hors de France dans de nouvelles usines, installées notamment dans l'Est de l'Europe. Ne restaient alors que les plus grands modèles, à plus forte valeur ajoutée et embarquant davantage de technologies.

Mais la production de ces modèles n'est plus forcément affectée aux usines françaises, même lorsqu’ils sont vendus en Europe. La C5X n'est pas un cas unique. Les modèles électriques à fort contenu technologique, comme la e-C4, assemblée en Espagne. Le bastion industriel de Citroën s'est élargi à l'Europe.

Entre 2015 et 2019, la production a ainsi augmenté pour Citroën en Espagne, premier pays producteur de la marque, avec 419.665 voitures assemblées en 2019. Les C3 Aircross, Grand C4 SpaceTourer et donc la famille C4 (notamment dans sa version électrique) sortent des chaînes espagnoles de Stellantis, rassemblant des modèles aux plateformes communes sur les mêmes sites.

Effondrement des ventes en Chine

La Chine a en revanche vu la production de Citroën s’effondrer sur la même période, dans le sillage de ventes catastrophiques. De 298.000 voitures produites en 2015, le constructeur est passé sous la barre des 50.000 en 2019. Produire la C5X en Chine relève donc plus de "l’opportunisme industriel", pour remplir une usine neuve sous-utilisée à moindres frais, comme le souligne IHS Markit dans Le Monde, plutôt que de réinstaller une ligne supplémentaire en Europe. Tous les observateurs semblent aussi s'accorder sur les difficultés d’exporter des modèles de moyenne gamme d’Europe en Chine à cause des taxes douanières.

Citroën évoque de son côté des raisons commerciales. Les prévisions de ventes [de la C5X, ndlr] "ne permettaient pas d’envisager une fabrication dans deux usines sur deux continents", résume Vincent Cobée, le PDG du constructeur dans Challenges. A contrario, le SUV C5 Aircross, aux volumes de ventes plus importants, est produit dans les deux pays. Entre un potentiel de marché de 800.000 grandes berlines par an en Europe et de 2,4 millions en Chine, le choix d’une localisation chinoise peut aisément se comprendre.

Certains observateurs doutent quelque peu des chances de la C5X de percer sur le marché chinois.

La nouvelle C5X pourrait reprendre seulement une partie des volumes [de l’ancienne C5, ndlr], soit 25 à 30.000 unités par an en Europe, dont le tiers en France (c’est la proportion observée pour le C5 Aircross), soit de 8350 à 10.000 unités par an, nous expliquent les experts d’Inovev. Au total (Chine + Europe), cela représente 30.000 à 40.000 ventes par an dans le monde, si la marque Citroën parvient à relancer ses ventes en Chine".

Le premier marché de la C5X pourrait donc bien rester l'Europe, avec des Citroënistes attachés à la marque centenaire.

Pauline Ducamp et Julien Bonnet