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Brough Superior, la "Rolls" de la moto anglaise est made in France

Cette moto est une oeuvre d'art. Chacune de ses pièces sont signées de la main de l'ouvrier qui les a usiné et assemblé

Cette moto est une oeuvre d'art. Chacune de ses pièces sont signées de la main de l'ouvrier qui les a usiné et assemblé - Brough Superior

Brough Superior est une marque légendaire de motos créée en Grande-Bretagne en 1919 où elle s'est éteint fin 1940. Elle a été relancée à Toulouse en 2013 par Thierry Henriette qui produit ces motos de luxe en série limitée dans des ateliers dignes de la haute couture.

Il y a quelques jours, lors du salon de la moto de Milan, Aston Martin a révélé la moto issue d'un partenariat avec Brough Superior. Les deux marques britanniques ont créé une moto hors du commun. Si Brough Superior est belle et bien une griffe anglaise, cette moto d'exception est made in France à 100%. L'histoire de la renaissance d'une marque de l'autre côté de la Manche.

Lawrence d’Arabie, l'un des premiers fans de la marque 

Nous sommes au début du XXe. George Brough, à la fois pilote et mécanicien, rêve de voiture et de moto hors du commun. elles doivent être non seulement rapides et puissantes, mais aussi fiables et belles. En 1919, il crée Brough Superior à Nottingham pour créer d'abord une moto, puis en 1935, une voiture.

George Brough est plus un artiste qu'un industriel. Il ne cherche pas à faire du volume, il veut de l'exceptionnel. En 20 ans d'existence, Le constructeur produit environ 3000 motos et 85 voitures. Celles qui ont traversé les années atteignent des sommes astronomiques (entre 300.000 et 500.000 euros) lors de ventes aux enchères. 

L'une des SS100 de TE Lawrence, dit Lawrence d'Arabie, exposée dans une musée à la mémoire de l'auteur des "Sept piliers de la sagesse"
L'une des SS100 de TE Lawrence, dit Lawrence d'Arabie, exposée dans une musée à la mémoire de l'auteur des "Sept piliers de la sagesse" © CC Wikipedia

Ces engins d'exception usinés et assemblés à la main sont hors de prix, mais ceux qui sont assez fous de mécanique et qui ont les moyens se les arrachent. Parmi eux, Thomas Edward Lawrence, dit Lawrence d’Arabie, qui s'en offre sept avant de se tuer à son guidon en 1935 sur une route de la campagne anglaise. C'est par cette scène que démarre le film de David Lean.

En 2013, une Brough Superior 996cc SS100 de 1934 lors d'une vente Bonham au Grand Palais à Paris
En 2013, une Brough Superior 996cc SS100 de 1934 lors d'une vente Bonham au Grand Palais à Paris © Bertrand Guay - AFP

L'histoire aurait pu s'arrêter en 1940, année durant laquelle la marque disparaît. Les quelques engins qui ont été produits se vendent pour des fortunes lors de ventes aux enchères, en Europe ou aux Etats-Unis. Brough devient une marque appartenant au passé. Jusqu'en 2008.

Une renaissance en 2008

Le britannique Mark Upham se met en tête de la relancer. Il rachète les brevets de la SS100 de 1927, le modèle phare de Brough Superior, pour la recréer en respectant ses origines. Il confie cette mission à Thierry Henriette, fondateur de la société toulousaine Boxer Designun spécialiste de la moto d'exception en série limitée.

En 2013, Brough Superior renaît avec une SS100 qui respecte le modèle original en le modernisant. Produite en série très limitée, une centaine d'exemplaires par an, il faut patienter environ six mois pour en avoir une. Chaque pièce est usinée à la main et signée par l'ouvrier qui a réalisé le travail. 

L'originale respectée avec les technologies d'aujourd'hui

Si la nouvelle SS100 ne renie en rien le design de son aïeule, elle a été revue et corrigé jusqu'au moindre boulon pour respecter la norme Euro 4. Finies aussi les vitesses qui se passent à la main sur un levier placé près du réservoir. Elles ont désormais un cadre en titane et sont équipées d'un double té de fourche pour dissocier le freinage (ABS) de la suspension. De quoi éviter de plonger lors des freinages, même très puissants.

Car la moto est non seulement élégante, mais encore plus fiable et plus puissante que l'originale. Elle affiche 100 cv, 998 cm3 pour seulement 196 kg ce qui lui permet d'atteindre une vitesse de 215 km/h. Son prix? Plus de 60.000 euros. "C'est une œuvre d'art", nous avait précisé Jack Monchanin, organisateur du Salon du 2-roues de Lyon, collectionneur et propriétaire d'une SS100 numérotée.

L'histoire s'accélère en 2018. Thierry Henriette rachète alors Brough Superior Motorcycles à Mark Upham.

"Désormais, nous sommes totalement indépendants. Le contrat concerne les motos, les pièces détachées et les accessoires, mais pas les produits dérivés comme les mugs ou les tee-shirt", nous a précisé Albert Castaigne, directeur général de Brough Superior.
Après avoir été la moto fétiche de Lawrence d'Arabie, Broough Superior va devenir celle de James Bond grâce à un partenariat avec Aston Martin
Après avoir été la moto fétiche de Lawrence d'Arabie, Broough Superior va devenir celle de James Bond grâce à un partenariat avec Aston Martin © Brough Superior

La PME française de 25 salariés a créé l'an dernier une nouvelle SS100 pour le centenaire de la marque britannique, montrant une fois de plus l'excellence du savoir faire français. Pour preuve, Aston Martin a choisi ce constructeur pour créer sa première moto.

"Ils nous ont traité d'égal à égal alors que nous sommes de petits artisans par rapport à eux", explique Albert Castaigne, compagnon de route de Thierry Henriette depuis 18 ans. 

La première moto de la marque préférée de James Bond est ainsi 100% made in France. "Je suis convaincu que George Brough serait heureux de voir ça", lance fièrement le directeur général de la marque toulousaine en précisant que "si on nous compare souvent à Rolls Royce, nous sommes plus proche de l'esprit sportif d'Aston Martin".

https://twitter.com/PascalSamama Pascal Samama Journaliste BFM Éco