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Bataille d’héritage dans la Creuse autour d’une Ferrari à 38 millions d’euros

Une Ferrari 250 GTO. Ce modèle produit à 36 exemplaires est au coeur de la bataille judiciaire qui oppose les héritiers Bardinon.

Une Ferrari 250 GTO. Ce modèle produit à 36 exemplaires est au coeur de la bataille judiciaire qui oppose les héritiers Bardinon. - Top Gear BBC

Au tribunal de Guéret (Creuse), trois héritiers de la famille Bardinon se disputent autour d’une Ferrari 250 GTO, un modèle produit à seulement 36 exemplaires. Un des fils l'a vendue en 2014 alors qu'elle aurait dû rejoindre la collection privée constituée par le père selon les plaignants.

C'est tout simplement la voiture la les plus chère du monde: en août dernier, une Ferrari 250 GTO de 1962 vendue aux enchères avait battu un record avec un prix final de 48,4 millions de dollars, soit 41,4 millions d'euros. Quelques mois plus tôt, une autre 250 GTO s'était négociée pour près de 80 millions de dollars (68,4 millions d'euros) lors d'une vente privée

A qui appartenait "La Joconde des Ferrari"?

C'est ce même modèle, produit à seulement 36 exemplaires, qui est aujourd'hui au cœur d'une bataille judiciaire. Le tribunal correctionnel de Guéret (Creuse) doit entendre jeudi et vendredi les trois enfants du défunt Pierre Bardinon, qui se disputent la propriété d'une 250 GTO, joyau de la collection familiale. 

Pour comprendre, il faut revenir en avril 2014. Patrick Bardinon, l'aîné des fils de Pierre Bardinon mort en août 2012, vend à un riche Taïwanais ayant fait fortune aux Etats-Unis une Ferrari 250 GTO de 1964. Trois exemplaires seulement sont assemblés cette année-là.

La vente ne passe pas inaperçue: "La Joconde des Ferrari", son surnom, se négocie alors pour 46 millions de dollars, soit 38 millions d'euros, ce qui fait office déjà de record.

Mais les autres héritiers de Pierre Bardinon, Jean-François, 59 ans, et sa sœur Anne, 64 ans, affirment que la voiture faisait partie de la succession et que Patrick, qu'ils accusent d'abus de confiance, ne pouvait donc pas la vendre.

Patrick, 61 ans, assure de son côté que la Ferrari lui a été donnée par leur père dès les années 70 et lui appartient donc en propre. "La GTO était le joyau de la collection. Elle devait y rester. Mon client l'a très mal vécu", assure Me Philippe Lefaure, défenseur du fils cadet.

C'est Jean-François qui a décidé de porter plainte après avoir constaté la disparition du véhicule du musée privé de Saint-Avit-de-Tarbes (Creuse), rassemblant les véhicules collectionnés par leur père, le créateur en 1963 du circuit du Mas-du-Clos, près d'Aubusson.

Une histoire de double résurrections 

Pour Me Vincent Jamoteau, l'un des deux avocats de Patrick Bardinon, l'histoire est en fait celle d'une complicité père-fils.

"Mon client partageait une véritable passion pour les voitures avec son père et Jean-François a toujours été jaloux de leur relation. Patrick Bardinon vivait avec ses parents contrairement à son frère et à sa sœur Anne. Il les a accompagnés dans les derniers moments de leur vie", raconte-t-il. 

"Cette voiture lui a été donnée en 1978 après un grave accident lors d'une course de Formule 3 sur le circuit de Nürburgring en Allemagne. Sa mort avait été annoncée à la radio et ses parents ont appris cette nouvelle alors qu'ils se rendaient sur le circuit. Mais Patrick s'en est tiré. Son père s'en est-il voulu, se disant que l'accident ne serait jamais arrivé s'il n'avait pas partagé cette passion avec son fils ? C'est possible", ajoute l'avocat.

"Cette Ferrari 250 GTO, achetée 700 dollars et réparée pour 1500 dollars, était revenue à la vie de la même manière que Patrick. Ce cadeau était, on le pense, très symbolique à ses yeux", dit-il.

Pierre Bardinon avait fait fortune après avoir repris la société familiale Chapal, spécialisée dans le cuir. Amoureux des voitures, il avait jeté son dévolu sur les Bugatti et les Jaguar avant de devenir un inconditionnel de la marque Ferrari, commençant à acquérir d'anciennes voitures de courses. "Au fil des années, elles ont pris une valeur considérable. En France, il a été le seul à avoir autant de nez", précise Me Lefaure.

Un musée privé sous séquestre

La fortune amassée par Pierre Bardinon serait estimée entre 250 et 400 millions d'euros et le musée privé, dont l'accès est restreint à quelques privilégiés, rassemble encore aujourd'hui l'une des plus belles collections de Ferrari au monde même si le nombre de véhicules exposés est "confidentiel".

A tel point que le fondateur de la marque au cheval cabré, Enzo Ferrari, décédé en 1988, avait réagi sur l'absence d'une collection de modèles de sports au musée italien de Maranello dédié à la marque, en déclarant : "Pas besoin, Bardinon l'a fait pour moi", indiquait un article du Monde de 2015.

Aujourd'hui, ce musée est sous séquestre à la demande de l'avocat de Jean-François Bardinon. Une autre procédure a été engagée devant la justice civile concernant le circuit du Mas du Clos. Pierre Bardinon l'avait légué par testament à son fils Patrick, déclenchant là encore une bagarre successorale entre les trois héritiers.

Julien Bonnet