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Une bactérie tire son énergie de la radioactivité

Desulforudis audaxviator dans les profondeurs de la terre, dans le noir complet et sans oxygène.

Desulforudis audaxviator dans les profondeurs de la terre, dans le noir complet et sans oxygène. - Wikimedia

Cette espèce est si étrange, a si peu de traits communs avec le reste du monde animal, qu'elle est presque comme une vie extraterrestre sur - ou plutôt, sous - Terre.

La découverte d'un foisonnement d'espèces inconnues autour des sources hydrothermales, au fond des océans, avait révélé à quel point la vie était capable de s'adapter aux environnements les plus hostiles. C'était déjà un écosystème ayant prospéré en dehors de tous les autres. Mais une étude publiée dans Nature décrit la vie d'un autre écosystème encore plus éloigné du reste du vivant, celui de Desulforudis audaxviator. A la différence des bactéries symbiotiques des monts hydrothermaux, la bactérie n'interagit avec aucune autre espèce vivante.

Autres particularités, Desulforudis audaxviator vit en l'absence totale de lumière du jour, dans une eau souterraine pouvant atteindre les 60°Celsius, sans oxygène et sans composés organiques. Alors de quoi se nourrissent ces organismes? La réponse doit être recherchée dans les roches alentour. Ces bactéries ne tirent pas leur énergie du Soleil, mais de la radioactivité naturelle de l'uranium qui les entoure.

Selon des chercheurs du Brazilian Synchrotron Light Laboratory et de l'Université de São Paulo, au Brésil, ces caractéristiques en font un excellent modèle pour étudier la possibilité d'une vie extraterrestre. En particulier, la possibilité de vie sur la lune Europe de Jupiter, une planète océanique recouverte de glaces, loin de la lumière vivifiante et de la chaleur de notre étoile.

"Nous avons étudié les effets possibles d'une source d'énergie biologiquement utilisable sur Europa à partir d'informations obtenues à partir d'un environnement analogue sur Terre", a déclaré l'auteur principal de l'étude Douglas Galante, à l'agence de presse brésilienne Fapesp.

Des profondeurs terrestres, aux océans d'Europe

Précédemment, la Nasa avait imaginé qu'Europe puisse avoir des cheminées hydrothermales semblables à celles trouvées sur Terre. Mais ces formes de vie autour des cheminées hydrothermales utilisent encore de l'oxygène présent dans l'eau, produit par des organismes plus proches de la surface. Ce qui rend unique Desulforudis audaxviator, c'est qu'il va encore plus loin, en se passant d'oxygène. La bactérie a été découverte en 2008, dans des échantillons de la mine d'or de Mponeng, en Afrique du Sud. Elle a vécu là pendant des millions d'années, totalement seule dans son propre écosystème.

"Cette mine souterraine très profonde a des fuites d'eau à travers des fissures qui contiennent de l'uranium radioactif. L'uranium dégrade les molécules d'eau pour produire des radicaux libres, les radicaux libres attaquent les roches environnantes, en particulier la pyrite, produisant du sulfate, qui synthétise l'ATP (adénosine triphosphate), le nucléotide responsable du stockage de l'énergie dans les cellules. C'est la première fois qu'un écosystème survit directement grâce à l'énergie nucléaire", analyse Douglas Galante.

Dans son article, l'équipe a déterminé que les conditions dans lesquelles Desulforudis audaxviator avait prospéré pendant si longtemps étaient également plausibles sur la lune jovienne Europe. Selon la Nasa, trois ingrédients sont nécessaires à la vie: l'eau, la chaleur et les produits chimiques nécessaires pour la nourrir. Si la présence d'eau sur le satellite est attestée par les observations, la chaleur pourrait être créée par les déformations internes dues à son orbite elliptique autour de la géante gazeuse. Le dernier point relatif à la chimie est sans doute le plus incertain en l'état actuel des connaissances.

"Le lit océanique d'Europe semble offrir des conditions très similaires à celles qui existaient sur la Terre primitive au cours de son premier milliard d'années: étudier l'Europe aujourd'hui revient en quelque sorte à regarder notre propre planète dans le passé", explique encore Douglas Galante.

Pour tenter d'apporter une réponse à ces questions, la Nasa prévoit d'envoyer un vaisseau spatial vers Europe. Europa Clipper devrait être lancé entre 2022 et 2025.
David Namias