BFMTV

Une association décide de porter plainte contre le Marineland d'Antibes pour "actes de cruauté" sur une orque

Des orques sautent hors de l'eau lors d'une représentation au parc Marineland d'Antibes, le 17 mars 2016. (Photo d'illustration)

Des orques sautent hors de l'eau lors d'une représentation au parc Marineland d'Antibes, le 17 mars 2016. (Photo d'illustration) - Valéry Hache - AFP

L'association de protection animale OneVoice dénonce une mauvaise dentition et la nageoire dorsale affaissée de l'orque mâle Inouk, élevée au MarineLand d'Antibes. Le parc se défend de toute anomalie ou souffrance de l'animal.

Dents usées jusqu'à la gencive, voire cassées ou manquantes, nageoire dorsale qui s'affaisse de plus en plus… L'association de protection des droits des animaux OneVoice dresse un portrait surprenant de l'état de santé d'Inouk, une orque mâle détenue par le parc Marineland d'Antibes. Une structure contre laquelle OneVoice entend porter plainte d'ici ce mardi pour "actes de cruauté" envers l'animal âgé de 20 ans.

L'association se base sur un rapport commandé à trois chercheurs, dont deux - anciens dresseurs - ont participé au documentaire Blackfish, sur les conditions de détention de l'orque Tilikum, responsable de la mort de trois personnes pendant sa captivité au parc américain Seaworld d'Orlando, en Floride.

Des dents "trouées", "usées jusqu'à la gencive"

Dans ce texte que BFMTV.com a pu consulter, Ingrid Visser, John Jett et Jeffrey Ventre décrivent la dentition d'Inouk comme "considérablement pire que les 29 orques" observées dans une étude de 2017, notamment au niveau de "la proportion de dents usées jusqu'à la gencive ou au-dessous" et du nombre de dents trouées.

"Toutes les dents dont nous avons pu obtenir des images sont soient manquantes, soient montrent une érosion extrême", note le rapport. Afin d'établir un tel bilan, les chercheurs se sont basés sur des heures de vidéos d'Inouk filmées à Marineland et sur un document relevant ses caractéristiques de santé en 2010.

"Ingrid Visser s'est déplacée en 2016 et l'a observé sur place", ajoute auprès de BFMTV.com Muriel Arnal, présidente de OneVoice. Ses travaux sur l'orque d'Antibes viennent compléter une précédente étude sur les problèmes dentaires des orques en captivité publiée en 2017. Pour l'association, Inouk est "dans un tel état de souffrance et de frustration qu'il ronge les parois de béton", abîmant ainsi ses dents.

"En captivité, ils n'ont aucun choix à faire"

"Ce sont des animaux extrêmement évolués, avec un langage très complexe que nous ne comprenons même pas totalement, qui ont des stratégies extrêmement évoluées pour tout. En captivité, ils n'ont aucun choix à faire, il résulte un stress de l'ennui", déclare Muriel Arnal. "C'est comme si vous aviez un être extrêmement intelligent, enfermé dans un gymnase avec rien sur les murs, rien à faire, si ce n'est quelques minutes d'exercice par jour."

En plus de nier un éventuel mauvais état de santé d'Inouk, le parc critique vertement la méthode employée par les chercheurs: "Je ne sais pas comment ils peuvent poser des diagnostics sur un animal sans l'observer. Ils n'auraient jamais pu accéder au bord du bassin pour observer l'animal de près", oppose Pascal Picot, directeur général de Marineland Parcs.

Qui plus est, le responsable du parc animalier soutient que "le phénomène relevé par OneVoice est régulièrement observé en milieu naturel".

"Les dents coniques sont élimées, elles sont trop serrées dans leur bouche, entre l'os de la mâchoire et ce qu'on pourrait comparer avec la joue chez l'humain, du coup elles s'usent très rapidement et font des abcès", développe-t-il, interrogé par BFMTV.com. Il cite notamment le cas d'une jeune orque mâle échouée en 2011 sur la côte ouest des Etats-Unis, au nord de San Francisco.

"La seule différence entre un animal en parc et en milieu naturel", avance-t-il, "c'est que nous on a des chirurgiens dentistes et des vétérinaires, du coup on peut dévitaliser les dents de façon à enlever toute douleur à l'animal".

"La fake news de la rentrée des vacances de Pâques"

OneVoice, qui a par ailleurs lancé une pétition afin de transférer Inouk dans un sanctuaire marin, souligne aussi l'affaissement de la nageoire dorsale de l'orque. "Inouk a toujours eu une nageoire dorsale tordue, mais elle s'affaisse de plus en plus", explique à BFMTV.com la présidente de OneVoice.

Un phénomène que l'on observe aussi "en milieu naturel, là où les orques nagent en eaux peu profondes", rétorque Pascal Picot. Soit 1% de la population mondiale d'orques sauvages, contre 100% en captivité, note le rapport. Question de gravité: hors de l'eau, cette nageoire dorsale est bien plus lourde à porter et le cartilage se tord.

Pour Marineland, l'action en justice de OneVoice n'est "qu'une manipulation médiatique, rien de plus". "Une fois de plus, c'est la fake news de la rentrée des vacances de Pâques, comme chaque année. Une fois c'est les orques, une fois les dauphins, une fois les ours... Ça ne va jamais au bout", tance-t-on du côté du parc aquatique. Pas de quoi décontenancer l'association de protection animale, qui assure être motivée même si elle "sait que ça va être très très long".

Liv Audigane