BFMTV

Pourquoi une jument appareillée d'une jambe bionique suscite l'indignation

Un cheval lors d'un spectacle équestre à Vienne en 2015 (photo d'illustration)

Un cheval lors d'un spectacle équestre à Vienne en 2015 (photo d'illustration) - Joe Klamar-AFP

Une jument, amputée de l'un de ses membres antérieurs, a été équipée d'une jambe bionique en Colombie. Une opération qui suscite la colère de vétérinaires et cavaliers du monde entier.

La vidéo d'une jument équipée d'une jambe bionique divise les vétérinaires et suscite l'indignation chez les amoureux des chevaux. Une clinique équine colombienne située dans la périphérie de Bogota a appareillé une jument, Troya, amputée de l'un de ses membres antérieurs, d'une jambe bionique. Sur les images, Troya marche difficilement et ne parvient pas à poser son nouveau membre.

"C'est la chose à ne pas faire pour un cheval"

La vidéo a été relayée et largement commentée sur les réseaux sociaux. Certains internautes dénoncent une opération "égoïste" et "cruelle". "Ce n'est pas parce qu'on sait le faire qu'il faut le faire", regrette une autre. "Ce n'est pas une vie pour un cheval", dénonce encore une utilisatrice des réseaux sociaux.

Karen Coumbe, une vétérinaire britannique pour chevaux qui est intervenue lors des épreuves équestres des JO de Rio, s'est dite "horrifiée" par ces images.

"Des petits animaux, comme les chiens, peuvent supporter l'après d'une amputation. Mais personnellement, je ne crois que ce soit juste, bien et raisonnable pour un cheval, a-t-elle confié à l'hebdomadaire équestre britannique Horse and Hound (...) C'est la chose à ne pas faire pour un cheval et c'est quelque chose que je n'envisagerai jamais."

Un cheval avec une jambe fracturée abattu

En général, un cheval qui se fracture une jambe est abattu. L'animal pouvant peser jusqu'à une tonne, avec une jambe en moins, il lui est quasi impossible de se lever, marcher, se déplacer.

"Malheureusement, les fractures des membres chez le cheval sont loin d'être bénignes à cause du poids de l'animal. De plus, il est très dur de réduire la fracture, c'est-à-dire replacer les os les uns par rapport aux autres, encore une fois, à cause du gabarit de l'animal", expliquait Valérie Picandet, du Centre hospitalier vétérinaire équin de Livet, à Sciences et avenir.

Il est ainsi très difficile d'opérer une jambe fracturée chez un cheval. Et les chances de réussite sont faibles. "Il faut pouvoir fixer la fracture et pour cela, les vétérinaires utilisent le même matériel que pour les humains. Il n'existe pas de plus grosses plaques ni de plus grosses vis", ajoutait-elle. Mais une fois opéré, la plaque peut se rompre, le poids peut provoquer une nouvelle fracture ou une fourbure sur les autres membres.

Et un cheval ne peut pas vivre en position allongée. "Ces animaux ne peuvent pas rester couchés, les chevaux ne sont vraiment pas fait pour ça. Cela peut conduire à de graves problèmes", expliquait également Valérie Picandet.

"Ce cheval va souffrir tout le reste de sa vie"

Dans le cas de Troya, son second antérieur risque de souffrir particulièrement. "Les chevaux mettent 60 à 70% de leur poids sur leurs jambes avant, dénonce encore une internaute, ancienne étudiante vétérinaire. (Elle) ne va pas être à l'aise avec la prothèse et va transférer tout son poids sur son seul antérieur restant."

"Il faut penser à la qualité de la vie et pas seulement à sa durée. Ce cheval va souffrir tout le reste de sa vie s'ils le maintiennent ainsi. C'est vraiment une horrible décision."

Les justifications du vétérinaire

Juan Jacobo Ramirez, le vétérinaire qui a greffé cette jambe bionique à la jument, s'est justifié sur les réseaux sociaux. "Notre Troya est devenue très populaire et avec la gloire est arrivée la controverse", explique-t-il. Il dénonce ce que certains jugent comme "un crime de l'avoir ainsi" alors qu'il s'agit de "se battre pour sa vie".

"Troya est toujours en vie non pas grâce à nous ou tout ce que nous avons fait elle mais parce que c'est une guerrière ( ...) Il n'y a pas eu un jour où elle n'a pas voulu se lever et sortir pour marcher et n'a pas non plus perdu l'appétit. Pour moi, elle est un exemple de dépassement et de lutte. Quand le jour arrivera où son existence sera souffrance, je serai le premier à prendre la triste décision. En attendant, elle continuera avec nous en nous montrant que la vie n'est pas facile et que chacun doit affronter ses limites (...) la tête droite."
Céline Hussonnois-Alaya