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La terrible hécatombe du champignon tueur de grenouilles

Un champignon est responsable du déclin de 501 espèces d'amphibiens.

Un champignon est responsable du déclin de 501 espèces d'amphibiens. - FRANCK VASSEN / FLICKR

En cinquante ans, Batrachochytrium dendrobatidis a provoqué le déclin de 501 espèces d'amphibiens, et la disparition totale de 90 d'entre elles.

Il affiche un bilan qui fait froid dans le dos. A lui seul, le champignon Batrachochytrium dendrobatidis, tueur implacable, a provoqué une véritable extinction de masse, au point de placer les amphibiens comme la classe animale la plus menacée au monde, rapporte Le Monde

Identifié il y a vingt ans après dix années de recherches, le pathogène est responsable du déclin de 501 espèces d'amphibiens au cours des 50 dernières années, soit 6,5% des 7500 espèces répertoriées. Parmi elles, 90 ont purement et simplement disparu, tandis que 124 autres ont subi une baisse d'au moins 90% de leur effectif, selon une étude de 41 chercheurs issus de 16 pays parue dans Science le 29 mars.

"Le commerce mondialisé et le développement des activités humaines ont brisé les obstacles naturels à la dispersion des espèces, facilitant la propagation des maladies qui menacent la biodiversité de la Terre", écrivent-ils en introduction de cet article qui décrit pour la première fois le bilan désastreux de ce champignon. 

L'Asie épargnée, l'Amérique du Sud ravagée

L'hécatombe causée "représente la plus grande perte de biodiversité documentée imputable à un agent pathogène et place B. dendrobatidis parmi les espèces invasives les plus destructrices", note l'étude. Le champignon dépasse ainsi deux autres menaces bien connues: les rongeurs, qui mettent en péril 420 espèces, et les chats, qui mettent en danger 430 espèces. 

L'épizootie, une épidémie chez les les animaux, a touché tous les continents mais les pertes ont été très différentes d'un endroit à l'autre. En Asie, où serait apparu le champignon, les chercheurs n'ont constaté aucun déclin d'espèces. En Europe et en Amérique du Nord, les pertes sont également minimes. A l'inverse, l'Amérique du Sud, l'Amérique centrale et l'Australie, les populations d'amphibiens ont été particulièrement impactées. 

Une amélioration ces dernières années

"Ces extinctions sont catastrophiques. Mais au-delà de ces pertes, la réduction de la biomasse a un impact sur tout l’écosystème. Les amphibiens nourrissent les oiseaux, les mammifères et les reptiles. Ils se nourrissent d’insectes, et régulent la population de ces vecteurs de maladies", s'inquiète dans Le Monde la biologiste Karen Lips, qui a découvert ce champignon.

Seul petite lueur d'espoir: ces dernières années, le rythme des contaminations a chuté et 60 espèces (20% de celles atteintes) ont montré des signes de rétablissement. Mais ce répit pourrait être de courte durée: de nouvelles aires géographies pourraient être touchées par le pathogène, préviennent les chercheurs. 

Un cousin du champignon, Batrachochytrium salamandrivorans, suscite également de nombreuses inquiétudes, notamment en Europe où il est présent.

"Il est très mortifère, avec une mortalité de 90 % des populations contaminées, explique Claude Miaud, du Centre d'écologie fonctionnelle et évolutive du CNRS à Montpellier, dans Le Figaro. Il n'est pas présent en France mais un système de surveillance, qui existe depuis 2017, est maintenu, avec un système d'alerte. Il ne faut pas se voiler la face, cela nous pend au nez". 
Benjamin Rieth