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Report, aménagements, contrôle continu... Quel scénario pour les épreuves de spécialité du bac?

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Le ministre de l'Éducation nationale doit décider en fin de semaine du sort des épreuves pour les enseignements de spécialité du bac. Plusieurs hypothèses sont sur la table.
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Seront-elles maintenues, aménagées ou reportées? Jean-Michel Blanquer, le ministre de l'Éducation nationale, doit s'exprimer dans les jours à venir au sujet des épreuves de spécialité du baccalauréat. Une réunion sur la question est ainsi prévue ce vendredi entre les syndicats et la direction générale de l'enseignement.

Pour rappel, ces épreuves - qui comptent pour 32% de la note finale du bac - doivent en principe se tenir entre les 14 et 16 mars prochains. Mais les enseignants s'inquiètent de ce calendrier, après une scolarité marquée par la pandémie pour les élèves qui passent le bac cette année.

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Outre les confinements passés et la fermeture des établissements, Sophie Vénétitay, du Snes-FSU évoque des classes rarement complètes depuis le début de l'année scolaire, des apprentissages "saccadés" avec des inégalités entre les élèves qui se sont creusées.

"Les élèves vont payer le manque d'anticipation et risquent de se retrouver tous au pied du mur. On est en situation de crise", regrette-t-elle, auprès de BFMTV.com.

Si le ministre a lui-même évoqué leur report au soir de la grève du 13 janvier dernier, plusieurs scénarios restent à l'étude. "La question, c'est maintenant d'arbitrer entre mars, mai et juin", a précisé Jean-Michel Blanquer sur BFMTV ce mercredi.

• Option 1: reporter les épreuves en mai

C'est la demande de 14 associations de professeurs spécialistes, qui ont dénoncé dans un communiqué un calendrier "intenable" d'autant plus bouleversé par la pandémie. Ils appellent au report de ces épreuves. "La composition des classes et des groupes change constamment et rend l'enseignement chaotique, élèves et professeurs étant contaminés et contraints à l'isolement", écrivent-ils.

Un point de vue que partage Alexis Torchet, le secrétaire national du syndicat Sgen-CFDT. "Maintenir les épreuves en mars, c'est le crash assuré", met-il en garde pour BFMTV.com. Mais un tel report soulèverait d'autres problèmes, pointe encore ce représentant syndical. Car selon lui, le report des épreuves au mois de mai n'aurait rien de la solution miracle.

"Il y a les épreuves de BTS, les oraux de langues vivantes, les ponts et cela signifierait pour les élèves de secondes la fin de l'année scolaire puisque les enseignants seraient mobilisés pour la surveillance de ces épreuves et leur correction", met-il en garde pour BFMTV.com.

• Option 2: reporter les épreuves en juin

Pour Sophie Vénétitay, secrétaire générale adjointe du Snes-FSU - le premier syndicat du secondaire - reporter les épreuves au mois de juin serait préférable. "Il faut se laisser du temps pour stabiliser les connaissances mais aussi consolider les méthodes, de dissertation ou de démonstration", plaide-t-elle pour BFMTV.com.

Mais au mois de juin sont déjà prévues les épreuves de français - l'écrit et l'oral - pour les élèves de première, celle de philosophie pour ceux de terminale et surtout le grand oral, l'une des pièces maîtresse de la réforme du bac. Et un report au mois de juin risquerait de mettre en péril la préparation et l'organisation de ce grand oral - coefficient 10 en voie générale, 14 en technologique - qui se déroule devant un jury composé de deux enseignants.

Les élèves de terminale devaient ainsi être libérés des révisions des épreuves écrites de spécialité dès le mois de mars pour pouvoir préparer cette épreuve - deux questions à traiter en lien avec le programme des disciplines qu'ils ont choisies, une seule à présenter à l'oral.

"On est sur un calendrier très serré", poursuit Alexis Torchet, du Sgen-CFDT. "Quel que soit le scénario retenu, il entraînera forcécement des effets et des conséquences négatives."

Autre difficulté si les épreuves de spécialité sont reportées au mois de juin: ces notes ne seront donc pas prises en compte sur Parcoursup pour l'orientation dans l'enseignement supérieur, comme cela devait en principe être le cas. "Le problème, c'est que tout cela se fait trop tard", regrette Alexis Torchet. "On avait pourtant alerté le ministre sur le sujet dès le mois de novembre."

• Option 3: maintenir les épreuves en mars, avec des aménagements

"Mars, c'est ce qui était prévu, c'est toujours mieux de faire ce qui était prévu", a estimé ce mercredi Jean-Michel Blanquer, en évoquant notamment la prise en compte de ces notes pour Parcoursup. C'est ce que souhaitent également certains représentants lycéens. "Reporter ces épreuves en juin, c'est ajouter du stress et de la pression", assure Ruben Carius, président de l'organisation Les Lycéens!

Si cette option est retenue, Jean-Michel Blanquer a cependant évoqué de possibles "aménagements", sans préciser lesquels. L'organisation Les Lycéens! demande notamment une semaine balisée pour la préparation des épreuves et un doublement des sujets - l'une des pistes plébiscitées.

Sophie Vénétitay, du Snes-FSU, formule d'autres propositions: un seul sujet au lieu de deux pour le grand oral ou encore la suppression du troisième temps de l'épreuve consacré à l'échange avec le jury sur le projet d'orientation. "Avec les trois dernières années chaotiques que les candidats ont connues, cela paraît compliqué de leur demander de se projeter dans l'avenir."

Autre aménagement possible: ne conserver que la meilleure note entre celle des épreuves écrites des enseignements de spécialité - qu'elles se tiennent en mars, mai ou juin - et celle de la moyenne de l'année. C'est justement ce qui s'est passé l'année dernière lors de l'épreuve de philosophie du bac. Une solution qui avait entraîné des dérives: certains élèves ayant eu de bonnes notes tout au long de l'année s'étaient démobilisés lors de l'épreuve finale. Des candidats avaient quitté la salle au bout d'une heure ou n'avaient rendu qu'une introduction.

Pour Alexis Torchet, du Sgen-CFDT, cette option ne peut être systématique et doit s'évaluer au cas par cas. "Cela pourrait être envisagé pour les jurys du bac. C'est vrai que c'est un filet de sécurité mais ce n'est pas aussi simple à mettre en place." Ce sont les jurys qui accordent ou non de relever les notes - en examinant le livret scolaire du candidat - pour permettre d'obtenir le bac ou de passer au rattrapage.

• Option 4: passer au contrôle continu

C'est une hypothèse peu probable. Jean-Michel Blanquer l'a lui même rejetée sur France Info mi-janvier. Le ministre espère ainsi "qu'on pourra être le plus près possible de l'organisation normale du baccalauréat".

Pour Alexis Torchet, si la solution du contrôle continu aurait le mérite d'éviter les problèmes de calendrier, elle reste peu souhaitable.

"Les enseignants ont évalué toute l'année leurs élèves dans la perspective de ces épreuves écrites", explique-t-il. "Ce n'est pas la même manière de noter que s'ils avaient su dès le début que l'épreuve se tiendrait au contrôle continu. Et puis il y a un besoin réel de valider le parcours des élèves en vue du post-bac. Il n'y a pas de solution idéale mais la décision doit être prise rapidement."
https://twitter.com/chussonnois Céline Hussonnois-Alaya Journaliste BFMTV

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