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Le jackpot de l’ancien président de Suez

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Gérard Mestrallet, ici photographié en 2018. - ERIC FEFERBERG / AFP
Gérard Mestrallet a joué les médiateurs pour résoudre le conflit entre Veolia et Suez. Un rôle qui permet à son cabinet de conseil Equanim de décrocher l’un des plus gros honoraires de l’OPA.
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Personne ne l’avait vu venir et il a coiffé tout le monde au poteau. L’ancien président de Suez, Gérard Mestrallet, a fait une intervention remarquée dans la bataille entre son ancienne entreprise, qu’il a dirigé pendant 25 ans, et Veolia. Début avril, il a endossé son nouvel habit de médiateur pour régler, en six jours, le conflit entre les deux concurrents. Il ne l’a pas fait seul puisqu’il exerce au sein du cabinet Equanim, spécialisé dans l’arbitrage de contentieux entre les entreprises, créé par l’ancien ministre Matthias Fekl.

Un sprint final qu’il a chèrement négocié pour mettre fin à cette guerre sans merci. Selon plusieurs sources haut placées chez Veolia et Suez, Equanim et Gérard Mestrallet toucheront 10 millions d’euros pour cette médiation. Une somme que ni le cabinet d’arbitrage, ni les deux entreprises n’ont voulu commenter, pour respecter leurs accords de confidentialité.

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Ce sont plusieurs millions d’euros", reconnaît toutefois une source proche du dossier. Elle sera payée à part égale par Suez et Veolia.

"Le prix de la trahison"

Un montant qui mouche tous les banquiers et avocats qui travaillent sur le dossier depuis neuf mois. Jean-Marie Messier, banquier le plus proche du PDG de Veolia, touchera 22 millions d’euros pour avoir mené toute l’OPA depuis un an. "Mestrallet a bossé six jours, fait monter les enchères pour Veolia et réduit la taille de Suez", s’agace un protagoniste. En réalité, le président de Suez, Philippe Varin, a poussé à négocier un bon prix plutôt qu’un partage équitable des activités avec Veolia.

L’intervention de Gérard Mestrallet laisse une grande amertume dans les deux camps. Surtout chez Suez et son directeur général qui a négocié plusieurs jours avec celui qui l’avait nommé à son poste en 2018. Bertrand Camus comptait sur son ancien président pour préserver une dimension internationale suffisante. Ces généreux honoraires ne passent pas chez Suez. "C’est le prix de la trahison", entend-on au sein du groupe.

Même chez Veolia, on n’en pense pas moins. Certes, son PDG Antoine Frérot a largement profité de l’intervention de Gérard Mestrallet en rachetant toutes les activités stratégiques de Suez qu’il convoitait. Mais "il nous a tout de même fait sortir 1,6 milliard d’euros de plus" nuance un proche de Veolia. Avec le plan défendu par Bercy, on n’aurait pas payé plus cher".

Bercy accuse le coup

Au ministère de l'Économie, justement, on ne digère pas non plus le rôle de l’ancien président de Suez. Notamment le directeur du Trésor, Emmanuel Moulin, qui a œuvré pendant plusieurs mois pour que Suez conserve une taille digne d’un groupe international. "Il accuse le coup, car il pense que sa proposition de garder les activités américaines était plus solide", explique un de ses interlocuteurs. Contacté, l'intéressé n'a pas répondu.

Demain, Suez sera essentiellement recentré sur la France, sans véritable assise à l’étranger.

Suez va devenir une société franco-marocaine, ironise un négociateur. Le reste des activités internationales sont des confettis".

Des critiques "faciles", estime l’entourage de Gérard Mestrallet qui a refusé de s’exprimer. "Il a réussi en quelques jours là où une armada de banquiers et d’avocats échouait depuis plusieurs mois, se contente un de ses proches. Ça fait des jaloux forcément". Sa mission durera deux ans, jusqu’à l’intégration finale des activités de Suez que Veolia rachètera, nous précise-t-on. "Ce n’est pas lui qui va intégrer Suez, mais Veolia!", s’agace un proche du groupe.

Un dernier point, et pas des moindres, fait jaser: ses conflits d’intérêts. Sur le site d’Equanim, Gérard Mestrallet se vante de "l’intervention d’une tierce personne, neutre, pour débloquer des situations complexes". Une neutralité exagérée pour celui qui est encore président d’honneur de Suez, mais aussi d’Engie -l’ancien actionnaire de Suez- qui a récupéré 600 millions d’euros grâce à l’augmentation du prix de l’OPA de Veolia. Il assure avoir "liquidé" les 16.913 actions Suez qu’il détenait encore fin 2019. Quant à ses actions Engie, s’il en a encore, elles doivent être en "moins-value", ajoute son entourage, embarrassé.

Matthieu Pechberty Journaliste BFM Business

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