Psychiatre condamnée : la profession "inquiète"

La condamnation d'une psychiatre pour le meurtre commis par l'un de ses patients est une première, et pourrait servir de jurisprudence à l'avenir, au grand dam de la profession.

Alexandra Gonzalez (avec AFP)
Le 18/12/2012 à 19:07
Mis à jour le 18/12/2012 à 19:09
La psychiatre Danièle Canarelli a été condamné à un an de prison avec sursis (ANNE-CHRISTINE POUJOULAT / AFP)

Un an avec sursis, c'est la peine dont a écopé mardi le Dr Danièle Canarelli, psychiatre marseillaise, pour le meurtre commis par l'un de ses patients en 2004. L'homme avait fugué de l'hôpital et avait tué à coups de hache le compagnon de sa grand-mère. La condamnation du médecin pourrait faire jurisprudence et est jugée "inquiétante" par certains confrères.

Un retour à 1838

Le Dr Angelo Poli, vice-président du syndicat des psychiatres d'exercice public (Spep), se dit ainsi "étonné de cette décision qui ne correspond pas à ce que l'on attendait", regrettant la désignation d'un "bouc-émissaire" par ce jugement.

Il trouve "inquiétante" cette décision pour l'exercice de la profession, qui pourrait conduire selon lui à refuser de laisser sortir des patients, sous prétexte qu'il n'y a pas de risque zéro, afin de se prémunir contre d'éventuelles poursuites judiciaires. "Notre métier comporte une prise de risque continue, sinon on revient au métier de gardien de 1838, qui n'est pas notre métier."

Le fils de la victime à l'origine du procès

A l'origine de ce combat judiciaire se trouve le fils de la victime, Michel Trabuc. C'est après qu'un non-lieu soit prononcé en 2005 contre le meurtrier de son père, jugé pénalement irresponsable, que le quinquagénaire a décidé de poursuivre la psychiatre.

"Pour moi, un non-lieu, ça voulait dire que rien ne s’est passé, qu’on oublie qu’une personne est morte", explique l'homme au Dauphiné Libéré. "Pourquoi les infirmiers, les médecins, ou les chefs d'entreprise seraient responsables en cas d'accident du travail, et pas les psychiatres ?"

En 2004, contre l'avis de plusieurs confrères, le Dr Canarelli avait décidé de faire confiance à son patient, et de ne pas l'interner dans une unité pour malades difficiles. Elle lui avait accordé une sortie de longue durée. Vingt jours plus tard, il exécutait son oeuvre macabre.

"Qu'on considère ce qu'a pu faire le patient de Mme Canarelli vingt jours après qu'il a quitté l'établissement, c'est quelque chose qui me choque", a conclu l'avocat de la prévenue, Me Sylvain Pontier, qui pense faire appel.

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