EDITO - Pères divorcés : ce n'est pas la grue qui gouverne

Il suffit de monter en haut d’une grue pour être reçu par un ministre... L’action spectaculaire menée par Serge Charnay, retranché pendant trois jours au sommet d’une grue nantaise, sème le trouble au sein du gouvernement. L'édito du directeur de la rédaction de RMC, éditorialiste chez RMC et BFMTV.

Jean-François Achilli
Jean-François Achilli
Le 19/02/2013 à 9:34
Mis à jour le 19/02/2013 à 9:38
Jean-François Achilli (RMC)

Jean-François Achilli, Directeur de la Rédaction de RMC et éditorialiste RMC - BFMTV

Il intègre la rédaction de France Inter en 1998, puis le service politique en 2000, dont il prend la direction en septembre 2008. Il rejoint RMC en décembre 2012 comme directeur de la rédaction et éditorialiste RMC/BFMTV.

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S’exprimant de façon anonyme, ce membre du gouvernement qui s’est exprimé lundi soir cible Jean-Marc Ayrault. "Si ce père divorcé était monté sur une grue ailleurs qu’à Nantes, les médias ne s’en seraient pas autant occupé." Le ministre pose la question: le Premier ministre n’a-t-il pas sur-réagi, tout simplement parce que l’action – comme par hasard - a été menée dans sa ville ?

Certains conseillers ministériels s’interrogent sur la troublante efficacité de Serge Charnay, qui a su jouer de la mécanique des médias, utilisant son téléphone portable pour commenter en direct les déclarations de Christiane Taubira. Et ce avant une manifestation mercredi pour les droits des pères. Du cousu main.

Ce qui a choqué, ce sont les propos misogynes tenus par ce père divorcé une fois redescendu sur terre

"Les femmes qui nous gouvernent se foutent toujours de la gueule des papas, il va falloir se battre beaucoup plus." Serge Charnay mardi matin sur BFMTV a justifié ses propos, en estimant qu’il était temps de remuer nos élites et en soutenant une proposition de loi en faveur des pères.

Cela sent l’opération de com. "Il rallume une guerre des sexes", avait réagi mardi, toujours sur BFMTV, Dominique Bertinotti, la ministre déléguée à la famille, qui a dû recevoir dans la foulée, avec sa collègue de la justice Christiane Taubira, les associations de pères divorcés.

Les deux ministres avaient-elles été littéralement "convoquées" par Matignon dimanche ?

Deux coups de fils à la mi-journée et un communiqué à 15h : cinq lignes, pas plus, pour indiquer que Jean-Marc Ayrault, Premier ministre demandait à Christiane Taubira et Dominique Bertinotti de recevoir SOS Papa et autres associations de défense des droits des pères.

Serge Charnay du haut de sa grue avait donc gagné, malgré son histoire personnelle controversée et son passif judiciaire.

Comment est-ce que Matignon a justifié son attitude ?

"Nous devions couper court à ces problèmes de société qui prennent un tour anxiogène", a expliqué lundi soir l’entourage du Premier ministre, qui a critiqué le rôle des médias. Explication un peu courte, alors que deux ministres ont été obligées de traiter cette affaire sans aucun recul. "Nous avons fait ce que nous critiquions du temps de Sarkozy", a glissé un conseiller.

La réaction précipitée de Matignon présente un danger : sa gestion à la va-vite ouvre la porte aux revendications de tous bords. Permettez-moi de détourner cette citation célèbre de Jean-Pierre Raffarin sur le dialogue en démocratie: "ce n’est pas la grue qui gouverne".

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