Hollande-Sarkozy : un duel d'une intensité inattendue

Le duel télévisé entre François Hollande et Nicolas Sarkozy a tourné à l'affrontement avec un candidat socialiste plus offensif qu'attendu et un président sortant s'efforçant de "maîtriser son impulsivité", ont estimé des politologues.

AFP
Le 03/05/2012 à 1:02
Mis à jour le 03/05/2012 à 1:15

Reste à savoir, s'interrogent-ils, quels seront les effets de cet affrontement très direct sur les électeurs de Marine Le Pen et ceux de François Bayrou, placés en position d'arbitres à l'issue du premier tour.
Tous les experts s'accordent à juger que le débat de plus de deux heures et demie entre les deux finalistes de l'élection présidentielle a été "très tendu", marqué par "des tensions extrêmes" avec des accusations réciproques de "mensonges" et de "calomnies".
"Le thème du mensonge, on n'avait pas eu ça depuis 1988 entre François Mitterrand et Jacques Chirac", à ce niveau d'intensité en tout cas, souligne Frédéric Dabi (IFOP). Les deux hommes s'étaient opposés durement sur l'intervention meurtrière de la gendarmerie dans la grotte d'Ouvéa en Nouvelle-Calédonie, en période de cohabitation. "On a eu un véritable affrontement", affirme Emmanuel Rivière (TNS Sofres).
"Il n'y a pas eu de round d'observation. Vu sa position défavorable dans les sondages, Nicolas Sarkozy a pris des risques et attaqué frontalement François Hollande", qui ne s'en est pas laissé conter, note M. Dabi.
Le duel n'en a pas moins été "passionnant", juge Gaël Sliman (BVA). "On n'avait pas vu un débat d'entre-deux tours d'une telle qualité depuis très longtemps, sans doute 1988".
François Hollande et Nicolas Sarkozy ont chacun joué leur partition, selon un rituel "classique", selon M. Dabi: le candidat socialiste en opposant numéro un, taillant en pièces le bilan du sortant, et Nicolas Sarkozy utilisant les arguments attendus. "L'absence d'expérience de François Hollande, les petites phrases des adversaires du député de Corrèze pendant la primaire du PS, l'ambiguïté prêtée à M. Hollande par M. Sarkozy", selon M. Rivière.
"On pouvait attendre un Nicolas Sarkozy agressif et un François Hollande cherchant à faire le plus président possible", commente Gaël Sliman (BVA).
Mais, relève-t-il, "on a vu aussi un François Hollande pouvant rentrer dedans et coupant la parole à son adversaire, ne cherchant pas à tourner autour du ring pour éviter les coups". Quant à Nicolas Sarkozy, "il a essayé de se contrôler pour ne pas donner prise au reproche d'impulsivité".
Pour Emmanuel Rivière, on a assisté "plutôt à un match nul, ce qui, par définition, est plutôt à l'avantage" de celui qui tient la corde, François Hollande. "Le candidat socialiste l'a compris au bout d'un moment: il s'est détendu, conscient d'avoir distribué quelques piques". De sorte, ajoute-t-il, qu'"il n'y a pas eu de +dégonflement+ de François Hollande, ce sur quoi Nicolas Sarkozy tablait".
Selon les politologues, l'immigration a été un moment fort du duel, "Nicolas Sarkozy adressant des stimuli à l'électorat de droite et François Hollande en faisant autant auprès de l'électorat de gauche, même si leurs postures personnelles ne sont pas si éloignées", explique Gaël Sliman.
"Un moment, François Hollande a paru déstabilisé à propos des centres de rétention des étrangers clandestins, mais a repris tout de suite l'avantage en reprochant à son interlocuteur d'assimiler étrangers et musulmans", selon M. Rivière.
Quant à savoir si ce débat aura fait basculer dans un sens ou dans l'autre les indécis ayant voté pour l'extrême droite ou le centre, les politologues se refusaient mercredi soir à tout pronostic. "Il n'est pas sûr que le duel ait aidé les hésitants à choisir", au vu en tout cas du débat technique sur les questions économiques et sociales, selon Jean-François Doridot (Ipsos).  

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