Le FN bichonne ses jeunes candidats: une stratégie bien huilée

Ils sont jeunes, propres sur eux et restituent au mot près le discours du parti. Qui sont les jeunes candidats du FN, et quel rôle jouent-ils au sein du parti?

Ariane Kujawski
Le 21/06/2013 à 22:30
Le vice-président du FN, Florian Philippot, est venu soutenir Etienne Bousquet-Cassagne (à gauche sur la photo) le 19 juin à Villeneuve-sur-Lot. (Mehdi Fedouach - AFP)

Sur les affiches, il arbore un large sourire et un air de gendre idéal. Etienne Bousquet-Cassagne, 23 ans, est le candidat du Front national au deuxième tour de la législative de Villeneuve-sur-Lot. Un candidat particulièrement jeune, même si lui se sent tout aussi légitime qu’un autre. "Et puis je ne suis pas le seul jeune au FN", rétorque-t-il en invoquant l’exemple de Marion Maréchal-Le Pen, élue députée dans le Gard en 2012. Benjamine de l'Assemblée, elle avait alors 22 ans.

C’est un fait, depuis l’arrivée de Marine Le Pen à la tête du parti, le FN investit dans les jeunes. Outre la petite-fille de Jean-Marie Le Pen et Etienne Bousquet-Cassagne, Pierre Ducarne est lui aussi une jeune pousse du FN. A 22 ans, il se prépare à la conquête de la mairie de Nancy, pour les municipales de 2014. "Les Français en ont marre de voir toujours les mêmes têtes", explique Florian Philippot, vice-président du FN. "Quand on repère des jeunes talentueux, c’est normal de leur donner leurs chances."

Normal, mais surtout stratégique. Si le Front national valorise ses jeunes, c’est aussi parce que son électorat se rajeunit depuis quelques années. 18% des 18-24 ans ont voté pour Marine Le Pen lors de la présidentielle de 2012. "Ça nous donne une responsabilité particulière, reconnaît Florian Philippot, même si les jeunes ne votent pas automatiquement pour les jeunes, ni les retraités pour les retraités. Mais dans tous les cas, on incarne une espérance chez la jeunesse."

Faire carrière au FN? C'est possible

"Présenter des jeunes et valoriser leur parcours, c’est aussi une façon de montrer aux jeunes électeurs qu’ils ont la possibilité de faire carrière au sein du parti", explique Sylvain Crépon, spécialiste du Front national. "Cela correspond au discours du parti, qui fustige les élites et les oppose à 'ceux d'en bas'."

Et le FN peut ainsi se distinguer des autres partis. "Nous menons une réelle méritocratie en interne, alors que les autres le font moins", analyse Florian Philippot. "Ils se laissent entraîner dans le piège qui consiste à laisser la place aux sortants, à décerner des médailles aux anciens".

"Pour faire carrière au sein de l’UMP ou du PS, il faut avoir fait des études, et avoir mené son chemin", explique Sylvain Crépon. "L’exemple d'Etienne Bousquet-Cassagne montre qu'un BTS et 5 ans d'engagement local suffisent pour grimper les échelons".

C’est ainsi que de très jeunes candidats se retrouvent soudainement sur le devant de la scène, sans y avoir été assez préparés. Les "quadras" du parti sont là pour les encadrer: dans l'entre-deux tours de la législative partielle, Florian Philippot est ainsi venu soutenir Etienne Bousquet-Cassagne à Villeneuve-sur-Lot. La direction nationale suit attentivement ses poulains.

Des jeunes pousses dévouées au parti

Car les cadres du parti ont tout intérêt à bichonner ces jeunes. "Ils font très propres sur eux, et sont vierges de tout passé sulfureux", explique Sylvain Crépon. "Ils ne sont pas liés aux 'heures les plus sombres' du FN, ou aux déclarations controversées de Jean-Marie Le Pen. Cela contribue à la stratégie de normalisation du parti mise en place par Marine Le Pen depuis 2011."

Mais surtout, ces jeunes pousses sont dévouées corps et âme à leur parti. "Ils doivent tout au FN, au contraire des anciens qui militent depuis 20 ans et estiment que le parti leur doit un juste retour des choses. Du coup, pas de risque qu’ils se rebellent ou discutent la ligne du parti", poursuit Sylvain Crépon. Il devient donc facile de les manipuler, notamment pour "marginaliser les partisans de Jean-Marie Le Pen, et notamment les Gollnichiens."

L'opération de "ménage interne" est rendue d'autant plus facile par la proximité générationnelle entre les cadres du parti et les jeunes candidats. "Ils sont utilisés", confirme Sylvain Crépon.

Mais ce serait pour autant une erreur de penser que ces jeunes ne sont que des marionnettes, estime-t-il: "il ne faut pas les sous-estimer. Et rien ne dit qu’un jour ils ne se rebelleront pas contre leurs aînés". En attendant, "la jeunesse incarne le changement, et la stratégie du FN envers ses jeunes est habile", analyse Sylvain Crépon. Le prochain objectif consistera à la confirmer dans les urnes.


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