EDITO - Sarkozy devrait se méfier de ses amis...

L’association des Amis de Nicolas Sarkozy tient son premier colloque à Paris, mercredi, autour de son bilan dans le domaine des affaires étrangères. Mais c’est aussi un événement de politique intérieure qui sera beaucoup interprété. L'édito du rédacteur en chef du Point, éditorialiste sur RMC.

Hervé Gattegno
Le 20/02/2013 à 9:00
Mis à jour le 20/02/2013 à 9:04

Ce n’est pas que les amis de Nicolas Sarkozy lui veuillent du mal, mais plutôt qu’ils veulent trop de bien, trop tôt. Aucun d’entre eux ne songe à le trahir, mais leurs efforts trahissent au moins une grande impatience. A l’origine, l’idée de Brice Hortefeux était de les réunir pour défendre ses intérêts politiques, c’est-à-dire empêcher que les prétendants à la succession s’essuient les pieds sur son bilan. Pour que ne l’oublie pas pendant que lui se faisait oublier…

Le problème, c’est que Nicolas Sarkozy n’a jamais disparu du paysage : il est même revenu en force dans l’opinion à cause du désastre à l’UMP et aussi de la dégradation rapide de la crédibilité de François Hollande. Du coup, la mise en scène de ces célébrations apparaît décalée : c’est suggérer le retour de quelqu’un qui n’est jamais parti!

Copé et Fillon doivent assister au colloque : n'est-ce pas la meilleure preuve de l'utilité de l'association, puisque tout le monde se sen obligé d'en être ?

Si on veut mais ça accrédite aussi l’impression d’un rassemblement un peu factice, avec une avant-garde sincère et beaucoup d’arrière-pensées chez les autres. De fait, François Fillon avait prévu de ne pas venir ; dans l’ambiance de l’UMP, où tout le monde s’épie et se dénigre, il s’est dit que son absence lui ferait du tort.

Jean-François Copé lui, garde la pose du fidèle second parce qu’il se dit qu’entretenir la flamme, c’est le meilleur moyen de reprendre le flambeau... Et comme c’est vrai que le club des sarkozistes arrive à réunir toutes les chapelles de l’UMP, il finit par ressembler à un parti bis. Il y avait déjà une double commande à l’UMP, ça en fait presque une triple...

Vous pensez que cette association peut réellement avoir un poids politique au sein de la droite ?

Son influence sera indexée sur la probabilité du retour de Nicolas Sarkozy. Vu les sondages actuels, où il est de loin le favori des électeurs de l’UMP, on peut lui prêter un poids important. Ses dirigeants disent d’ailleurs qu’ils pensaient d’abord être un petit cercle de compagnons (comme les barons gaullistes sous la IVè République) et que c’est la crise à l’UMP qui a fait affluer les adhésions – ils ont dû acheter une machine pour fabriquer des cartes !

Leur problème, c’est que maintenant, tout ce qu’ils diront et feront sera interprété comme un message ou un signe de Nicolas Sarkozy. Et comme ils ne sont pas tous adroits ni subtils, et qu’ils sont trop nombreux pour être discrets, ce ne sera pas toujours à son bénéfice...

A quel moment pensez-vous qu'ils passeront de la défense du bilan à la présentation d'un projet ?

C’est simple : pour eux, il y avait un programme pour un second mandat et la défaite a empêché Nicolas Sarkozy de l’appliquer. Donc leur projet, c’est celui de la campagne. Ce qui veut dire la ligne tracée par Patrick Buisson, le conseiller ultra-droitier, et qui est aujourd’hui incarnée par les deux jeunes loups de l’UMP, Guillaume Peltier et Geoffroy Didier : leur courant "la Droite forte" est le premier au sein du parti, Sarkozy les voit régulièrement et Brice Hortefeux et Pierre Charon, sarkozistes historiques, les parrainent ouvertement.

Ça montre que le renouvellement des cadres n’est pas celui des idées (de cela aussi, Nicolas Sarkozy devrait se méfier). Et que même quand ils forment le carré, les fidèles de Nicolas Sarkozy, pour l’instant... tournent en rond.

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