EDITO - Hollande : un rétropédalage attendu

Le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, a reconnu mercredi soir, pour la première fois, que l'objectif d'un déficit public ramené à 3% du PIB d'ici la fin de l'année ne serait pas atteint. La chronique politique du directeur de la rédaction de RMC, éditorialiste chez BFMTV et RMC.

Jean-François Achilli
Jean-François Achilli
Le 14/02/2013 à 12:12
Mis à jour le 14/02/2013 à 12:15
Jean-François Achilli (RMC)

La question n’était pas de savoir si l’Elysée allait rétropédaler, mais quand.

"Notre objectif, c’est un déficit zéro, mais à la fin du quinquennat, en 2017. Ce qui compte c’est la trajectoire", expliquait mercredi soir l’entourage présidentiel, comme pour justifier cette machine arrière opérée par l’exécutif. Le chef de l’Etat n’a cessé de promettre de ramener les déficits à 3% du produit intérieur brut dès cette année, et tablait sur une croissance à 0,8% pour bâtir le budget. Des prévisions jugées trop optimistes, voire irréalistes, depuis des mois, par tous les spécialistes. Le gouvernement n’en a pourtant pas démordu.


Et voilà que François Hollande en personne, il y a deux jours, a déclaré : "il ne sert à rien d'afficher des objectifs s'ils ne peuvent pas être atteints". Exactement le contraire de ce qu’il affirmait lui-même le 9 septembre dernier au 20h de TF1. Le chef de l’Etat vient d’être rattrapé - submergé - par la réalité.

Quand le gouvernement va-t-il "ajuster" ses prévisions de croissance ?

"Dans les prochains jours", répond l’Elysée, le temps que les Français avalent la pilule. Tout le monde s’y emploie, notamment le Premier ministre qui a reconnu hier que les 3% ne seraient "pas exactement" atteints en 2013. Bel euphémisme pour dire que tout ce qui a été asséné depuis des mois n’était que des mots.

Le rapport annuel de la Cour des comptes, rendu public en début de semaine, donne l’occasion au gouvernement de sortir du mensonge. François Hollande va attendre les prévisions de la commission de Bruxelles le 22 février pour réajuster son programme de stabilité à la mi-mars, appuyé par le tout nouveau Haut conseil des finances publiques qui se mettra en place dans quinze jours. C’est donc début mars que le président s’exprimera à la télévision pour présenter la nouvelle addition aux Français.

Et le gouvernement va opérer un nouveau tour de vis...

Ça va faire mal. "On doit faire dix milliards dès cette année", explique un proche du président."Matignon est à fond dessus, en avril-mai, nous dirons où nous allons tailler".

Un conseiller de l’Elysée avoue : "notre adversaire, ce n’est pas la droite, c’est l’économie et le social". Au final, pourquoi avoir attendu si longtemps pour sortir de l’ambiguïté ? Réponse d’un proche soutien du président : "quand tu mènes une bataille et que tu dis dès le départ que tu as perdu, tu restes chez toi"... Belle stratégie politique.

Ecoutez ici les Coulisses de la Politique de Jean-François Achilli de ce jeudi 14 février.

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