Farines animales : pourquoi elles font l'unanimité contre elles en France

Les farines animales sont de nouveau autorisées dans l'Union européenne pour l'alimentation des poissons d'élevage. Une décision qui déplaît en France, pour diverses raisons.

Marc Pédeau
Le 21/02/2013 à 14:35
Mis à jour le 21/02/2013 à 14:56
Les poissons présentés sur les étales pourront désormais avoir été nourrris pas des farines animales. (Arizona Parrot -Flickr -CC)

Les farines animales : le retour. Interdites depuis 1997, l'Union européenne va de nouveau autoriser la nourriture de poissons d'élevage par des farines de porc et de volaille. Une décision qui prendra effet le 1er juin prochain, contre l'avis de la France. Quelles sont les raisons des réticences françaises ? BFMTV.com fait le point.

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> Nourrir des poissons avec de la viande : contre la chaîne alimentaire

"Ce n'est pas dans la logique de la chaîne alimentaire que de donner de la viande à manger à des poissons", explique Delphine Batho. Pour la ministre de l'Ecologie, "c'est la même logique d'absurdité financière" que pour la viande de cheval. La raison ? Les farines animales coûtent moins cher que les farines de poisson et protéines végétales actuellement utilisées pour nourrir les poissons.

> La crainte de l'extension des poissons au bétail

Ce n'est pas prévu d'ici 2014, assure la Commission européenne, mais l'autorisation des farines animales pour l'alimentation pourrait être étendue aux porcs et volailles. Le ministre français de l'Agroalimentaire Guillaume Garot a assuré mardi que ce n'était "pas à l'ordre du jour" et pourtant : c'est dans toutes les têtes.

La réflexion sur le sujet serait pourtant déjà bien entamée à la Commission européenne, d'après actu-environnement, spécialiste de la question. En effet, Bruxelles finance depuis 2007 des recherches sur la réintroduction de farines animales dans l'alimentation des animaux d'élevage. Budget déjà consacré en août 2012 : 1,7 million d'euros.

> Le manque de traçabilité des aliments

La Confédération de la boucherie se dit "indignée" par la réintroduction de farines animales dans l'alimentation des poissons d'élevage. "Une fois de plus, Bruxelles cède aux pressions de l'industrie agroalimentaire. Cette même industrie qui n'hésite pas à frauder pour augmenter ses profits et ainsi bafouer la confiance du consommateur (cf. viande de cheval à la place du boeuf)", dénonce Christian Le Lann, président de la Confédération de la boucherie qui "revendique une traçabilité de tous les produits industriels transformés."

Delphine Batho, d'abord prise de court par la décision européenne, a demandé la création d'un label "sans farine animale". Pour la ministre de l'Ecologie, "il est donc très important que la filière piscicole française s'organise pour qu'il y ait un label sans farine animale qui puisse faire son apparition sur les étalages, pour dire aux consommateurs français: le poisson que vous achetez n'a pas été nourri avec de la viande".

> Le traumatisme de la vache folle

"Nous maintenons que ces matières premières, interdites suite à la crise de la vache folle, auraient dû le rester", affirme l'Association nationale de défense des consommateurs et usagers (CLCV) qui reconnaît pourtant que "ces 'protéines animales transformées' se distinguent des anciennes farines animales (avec l’interdiction d’utiliser par exemple des cadavres d’animaux malades)". La CLCV s'appuie sur l'Agence de sécurité sanitaire des aliments (Anses) qui "montre qu’il n’existe pas à ce jour de méthode d’analyse fiable permettant une traçabilité satisfaisante de ces produits."

"Nous ne sommes pas favorables à un retour, comme ça, sans condition; il faudra vraiment expertiser de manière très, très précise", a déclaré Xavier Beulin, président de la FNSEA. La première organisation agricole, elle aussi, pointe du doigt le scandale de la vache folle de 1996 : un "traumatisme qui a beaucoup marqué nos concitoyens, à juste titre".

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