Tunisie : le pays tourne en rond

Hamadi Jebal, démissionnaire de son poste de Premier ministre fait pourtant office de favori pour prendre la tête du futur gouvernement. Tiraillée entre les aspirations du peuple et les ambitions politiques et religieuses d'Ennahda, la Tunisie n'avance pas depuis la révolution.

S. A.
Le 20/02/2013 à 16:21
Des manifestants dans les rues de Tunis en octobre 2012 (FETHI BELAID - AFP)

"Pour l'instant, on n'a pas de nom". Le chef du parti au pouvoir en Tunisie Ennahda, Rached Ghannouchi l’a admis à la sortie de son entretien avec le président Moncef Marzouki ce jeudi. Depuis la démission du Premier ministre, qui est aussi secrétaire général du parti islamiste, Hamadi Jebali, la Tunisie est dans le flou. Une navigation à vue entretenue depuis l’élection de l’Assemblée nationale constituante en octobre 2011 censée, sans avancée probante à ce jour, rédiger la Constitution qui ouvrira la voie à de nouvelles élections.

Nouvelle preuve, Hamadi Jebali, chef démissionnaire qui peine à incarner les aspirations de la société tunisienne est pourtant en "pourparlers" pour accepter à nouveau le poste de Premier ministre. En cas de refus, le nom du ministre de la Santé Abdeltif Mekki revient régulièrement.

Un gouvernement "d'ici à la fin de la semaine"

Hamadi Jebali, diplomé des Arts et Métiers de Paris, 63 ans, profite en fait de son image modérée. Homme de consensus plus qu’homme fort, il pourrait donc former un nouveau gouvernement aux contours troubles mais espéré "d'ici à la fin de la semaine", selon Rached Ghannouchi. "Plusieurs partis ont exprimé leur volonté d'en faire partie", a-t-il poursuivi.

L'opposition laïque notamment, présidée par Mustapha Ben Jaffar, le président de la Constituante, est prête à suivre Jebali puisque son objectif est de s’inscrire dans un projet à "l'abri des tiraillements politiques".

Ennahda doit choisir

Mais les "divisions de l'islam politique" n’ont cessé d’entraver la mission initiale d'Ennhada - rédiger la Constitution et définir la date des prochaines élections présidentielle et législatives - dont le calendrier est largement dépassé. Le parti islamiste a ainsi opposé une fin de non-recevoir à un gouvernement apolitique sur lequel son emprise aurait été limitée, conduisant à la démisson d'Hamadi Jebali.

Un autre exemple ? Ennahda entendait qualifier la femme de "complément" de l’homme provoquant d’immenses protestations au travers du pays. Les droits acquis sous Bourguiba n’avaient jamais été remis en cause même sous le régime de Ben Ali. Plus largement, Rached Ghannouchi, fort de 89 députés sur les 217 élus, souhaitait accorder une large place à l’Islam.

Désormais, "l'affaire est entre les mains du parti de la majorité à l'Assemblée nationale constituante. Ennahda n'a pas encore décidé de son candidat", a reconnu le porte-parole de la présidence, Adnène Mancer. Sans leader incontournable, la Tunisie paraît tourner en rond. Jusqu’à une prochaine révolution ?

La crise issue de l’assassinat de l’opposant Chokri Belaïd, le 6 octobre dernier, montre clairement que le peuple tunisien ne se laissera plus guider sans réagir. Et Ennahda le sait.

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