L'armée malienne: la solution et le problème

Les Bérets Rouges et les Bérets Verts de l'armée malienne continuent leur guéguerre, malgré les affrontements qui se poursuivent dans le Nord du Mali contre les rebelles. L'édito du spécialiste de géopolitique de BFMTV.

Harold Hyman
Le 20/02/2013 à 8:48
Mis à jour le 20/02/2013 à 8:49
Soldats de l'armée malienne (AFP)

Difficile de comprendre où vont les militaires maliens. Un certain nombre se bat correctement dans le Nord, pour repousser tous les rebelles, sauf dans le Nord-Est où la France et le Tchad se réservent le terrain. En fait, le système militaro-politique malien est vérolé.

Le syndrome du caudillisme

Le caudillisme (de caudillo, chef-guide en espagnol) est le pouvoir politique entre les mains d'une partie des forces armées rassemblée autour d'un homme. Pour Franco en Espagne cela a duré 35 ans, au Guatemala cela durait quelques années avant qu'une nouvelle clique militaire vienne renverser la première. Le Mali en est là: le Guatemala de naguère.

La fusillade entre Bérets Rouges et Bérets Verts à Bamako le 8 février 2013 montre que l'instabilité malienne est latino-américaine. C'est peut-être même le symptôme principal d'un système politique en déliquescence. Une armée où tel régiment sert tel homme généralement issu de ses rangs, et qui tire sur l'autre faction militaire.

En Amérique latine le grand méchant loup était le marxisme, communisme, indigénisme. En Afrique sahélienne, c'est le djihadisme et l'indigénisme. Eh oui! Les Touaregs ne sont pas si différents des montagnards Aymara de Bolivie, ou des Indiens du Chiapas au Mexique (rébellion armée de 1994). L'indigénisme armé est bien réel. En outre, le djihadisme apparaît, également un genre de virus psycho-politique qui aggrave la révolte, ou qui l'accompagne, ou la reprend. Djihadisme-indigénisme.

Guéguerre dérisoire

Donc les Bérets Rouges et Verts continuent leur dérisoire guéguerre... pourquoi? Eux-mêmes ne savent pas très bien, et surtout ne cherchent pas trop à l'expliquer à tous ces Français présents à Bamako. Les journalistes de BFMTV ont eu leurs images confisquées alors qu'ils filmaient l'affrontement de ce matin du 8 février!

Les Rouges sont la créature de l'ancien président ATT (Amadou Toumani Touré), renversé par le Capitaine Sanogo et les Verts en mars 2012. N'allons pas chercher de différence idéologique, sociale, commerciale, ethnique, entre eux et ATT... C'est du gros caudillisme. Petite nuance: les Rouges avaient quand même été affectés dans le célèbre Massif des Ifoghas, le nord-est touareg, où ils avaient opposés les Touaregs armés en 2011-2012 jusqu'à ce que les Verts renversent le chef rouge ATT. Les Verts n'ont ensuite rien fait contre l'effondrement du front nord. Absolument rien d'efficace. L'armée française dut colmater la brèche sinon tout le Sahel devenait djihadiste.

Ce caudillisme, avec son emblématique Capitaine Sanogo, reflète un manque de cohésion sociale et civique, sinon il ne se serait pas développé. Ces régiments qui courent dans tous les sens sont un spectacle désolant, mais où est l'opprobre social? Certes un Front du Refus fustige tout cela, mais les masses ne semblent pas suivre à fond. Et quel peuple? Les gens dans le Sud, à Bamako, et diverses ethnies qui tolèrent car le pays est pauvre, la vie n'est pas purement une affaire politique. Des ethnies qui n'ont jamais imaginé une sécession.

Le sécessionnisme touareg n'est pas une plaisanterie

Les Touaregs, eux, ont commencé à penser la sécession, éventuellement pour se couper de ce caudillisme corrompu. Cependant, ils sont devenus changeants, les uns pour une République laïque dans le Nord, les autres encore pour un Caliphat sur la planète, sans oublier ceux qui veulent rester Maliens laïcs! Et dans tout cela du trafic de stupéfiants, trafics en tout genre. Mais l'élément criminel n'est pas original dans cette rébellion, il ne me fait pas penser que sa seule nature à tous est totalement criminelle, et que les idéaux sont factices. Ils ont créé un genre de caudillisme touareg - on n'en avait pas besoin!

Quelle que soit l'issue des Bérets Rouges contre les Bérets Verts, il faudra bien que quelqu'un régénère une armée malienne, puis la sorte de l'arène politique. Étrangler le caudillisme par la démocratie! Ambition démesurée, mais la seule possible. Car Al-Qaïda rit, et attend de revenir, si jamais les militaires français et tchadiens et algériens (qui tiennent la frontière) ne réussissent pas à les vaincre tous.

La question du jour

Faut-il permettre l'ouverture de tous les magasins le dimanche?