Français enlevés au Cameroun : "un message envoyé à la France"

Alors que sept Français ont été enlevés dans le nord du Cameroun, plusieurs spécialistes de la région expliquent les raisons possibles d'un tel rapt, une première dans le pays.

Samuel Auffray
Le 19/02/2013 à 19:12
Mis à jour le 19/02/2013 à 21:00
Le Parc naturel Waza dans le nord du Cameroun où ont été enlevés sept Français (Tlongacre – Flickr - CC)

Le Cameroun, nouvelle zone de danger pour les ressortissants français ? Sept Français, trois adultes et quatres enfants, ont été enlevés à Dadanga, près du Parc naturel de Waza dans le nord du pays, par un groupe de cinq personnes qui aurait immédiatement franchi la frontière toute proche avec le Nigeria. Une première pour ce pays pourtant pas réputé comme le plus dangereux d'Afrique.

"Au Cameroun c’est la première fois qu’une telle prise d’otages a lieu mais la fronière est très poreuse avec le Nigeria", explique Daniel Bach, professeur à Sciences po Bordeaux et spécialiste de l’Afrique noire.

"Il y a des mouvements souvent autonomes qui interviennent là (où) ils estiment qu'y a un ventre mou, a dit Hervé Morin sur BFMTV, il y a un arc de crise qui va de l'océan indien à l'océan atlantique".

Carte de situation : Dadanga dans le nord Cameroun, à la frontière du Nigeria. (Capture Mapbox – montage BFMTV)

Deuxième rapt dans la région

"C'est suffisamment inquiétant pour nous mobiliser", a commenté François Hollande depuis Athènes où il était en voyage officiel. D'autant que le président français a confirmé que les sept otages faisaient route vers le Nigeria, pays où est déjà retenu un ingénieur français de 63 ans, Francis Collomp, enlevé à Rimi fin décembre.

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Si l'enlèvement n'a pas encore été revendiqué, plusieurs pistes sont déjà évoquées. "Cela ressemble au mode opératoire d’Ansaru", selon Daniel Bach. Ce groupe est une émanation "plus internationalisée" de la secte islamiste Boko Haram, fondée en 2003 par Mohamed Yusuf, exécuté depuis par les autorités nigeriannes. Boko Haram est "un terme très large" pointe le spécialiste et signifie "le rejet de l’Occident et de ses codes consuméristes et éducatifs".

"La cible de Boko Haram reste l’anti-occidentalisation de l’Afrique. Leur cible est vraiment les Occidentaux et la culture occidentale, confirme Hichem Ben Yaïche, expert en géopolitique. Mais il faut mesurer l’ampleur des effets de l’intervention française au Mali. Cela perturbe complètement la stratégie de terrorisme dans la région. C'est un message qui est envoyé à la France. Il faut agir vite".

"Une logique différente"

Daniel Bach est plus mesuré. "Si le nombre d'enlèvements est important au Nigeria, nous finalement avons assez peu d'informations sur le fonctionnement interne de Boko Haram, admet-il. Depuis cinq ou six ans, les Etats-Unis font état de lien avec al-Qaïda et AQMI, mais il n’existe que peu de preuves."

D'autant plus que "Boko Haram s'est déjà attaqué à des musulmans, des émirs, notamment dans sa logique de s'opposer à ceux qui profitent de l'argent du pétrole. La logique est différente de celle des groupes islamistes du Sahel", poursuit Daniel Bach.

Enfin, l'annonce de la candidature à la présidentielle nigérianne de 2015 de Goodluck Jonathan, le président en poste, a fâché le nord du pays. "La situation intérieure c'est leur crédo, dit Daniel Bach, il sont connectés à l'information et la France est aux nouvelles tous les jours".

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