Otages au Cameroun: "les enfants représentent une valeur marchande"

Les quatre enfants enlevés dans le Nord du Cameroun sont âgés de 5 à 12 ans. Emmenés au Nigéria, ils auraient été séparés de leurs parents. Pourquoi ont-ils été enlevés, et en quoi leur présence peut-elle rendre cette prise d’otages particulière ?

Ariane Kujawski
Le 21/02/2013 à 6:22
Mis à jour le 21/02/2013 à 6:26

Cameroun : le Quai d'Orsay a-t-il sous-évalué les risques ? - 20/02


Français enlevés au Cameroun : qui sont les Moulin-Fournier ?- 20/02


C’est toute une famille française qui a été enlevée mardi au nord du Cameroun. Pour l’instant, même si les soupçons se portent sur la secte de Boko Haram, aucun groupe n’a revendiqué le kidnapping.

>> A lire aussi - Le récit de la prise d'otages

Parmi les victimes, quatre jeunes garçons, âgés de 5, 8, 10 et 12 ans. Les quatre enfants étaient accompagnés de leurs parents et de leur oncle, enlevés eux aussi. Ils auraient vraisemblablement été séparés des adultes. Pourquoi ont-ils été kidnappés, et quelles conséquences ? BFMTV.com a posé la question à Christophe Caupenne, ancien négociateur au RAID.

Est-ce rare que des enfants soient enlevés ?

Les enlèvements d'enfants ne sont pas rares. Mais la plupart du temps, il s'agit d'enlèvements criminels, réalisés par des délinquants, ou des pères en détresse par exemple. En revanche, il est rare qu'un groupe terroriste enlève des enfants, car pour eux, c'est plus compliqué logistiquement.

En quoi est-ce plus compliqué qu'enlever des adultes ?

Parce que l’enfant nécessite une prise en charge particulière. Au Nigeria, où les otages auraient été emmenés par leurs ravisseurs, on est dans une région très chaude, avec des températures allant jusqu’à 35 degrés. Des conditions météorologiques qui nécessitent une hydratation et une alimentation particulières, pour respecter les équilibres alimentaires de l’enfant. De plus, un enfant ne passe pas inaperçu : on ne peut pas l’enfermer dans le coffre d’une voiture comme un otage adulte. Il proteste, il pleure, appelle à l’aide. Il nécessite une organisation plus poussée pour ses ravisseurs. D'ailleurs, cela ne m'étonnerait pas qu'ils cherchent à se débarrasser d'eux plus vite que les adultes.

Quelle image renvoient les ravisseurs ?

Ils font attention à leur image, et celle de ravisseurs d'enfants n'est pas forcément la plus positive, surtout quand le prosélytisme est central dans la stratégie des kidnappeurs. Autour d’eux vivent des paysans, des villageois, des éleveurs, bref, des gens simples qui laissent faire les choses parce qu’ils ne peuvent pas faire autrement. Certains parmi eux sont même convaincus que ces terroristes ont raison. Mais le fait de voir qu’ils kidnappent des enfants peut changer les choses. Cela peut les révolter, car ils sont parents eux aussi. Et dans ce cas, les terroristes en question peuvent perdre l'adhésion de leurs sympathisants.

Alors pourquoi le faire quand même ?

A mon avis, les enfants n'étaient pas ciblés en particulier. Mais ils représentent tout de même une valeur marchande en tant qu'otage, sauf que la charge émotionnelle est plus importante dans leurs cas. Même si, pour les ravisseurs, cela ne doit pas être simple de gérer la détresse des enfants, ils leur permettent tout de même de faire parler d'eux. Mais ce n'est pas pour autant qu'ils se serviront d'eux pour faire "monter les enchères" auprès de la France. Cela s'est fait en Amérique du sud, mais c'est beaucoup plus rare en Afrique.

Sont-ils considérés comme des otages particuliers par les autorités françaises ?

Oui et non. Compte tenu de leur présence, on peut supposer qu'il n'y aura pas de coup de force pour venir les sauver, mais plutôt que la négociation sera privilégiée. Mais, pour avoir été appelé à négocier sur de nombreux cas, je peux le dire : chacun des otages est traité de la même façon par les autorités, et avec la même énergie. Il n'y a pas un otage que les autorités n'aient pas tenté de sauver. Je ne sais pas ce qui est prévu pour les otages du Cameroun, mais je sais que sera les efforts seront les mêmes pour les enfants comme pour les adultes.

La question du jour

Fruits et légumes: êtes-vous prêt à payer plus cher pour avoir plus de goût?