Egypte : vers un "deuxième printemps arabe"

Chaque jour voit la situation égyptienne se dégrader et les manifestants investir la place Tahrir. Jusqu'où peut aller la contestation ? Nous avons posé la question à un spécialiste du Moyen-Orient.

Propos recueillis par David Namias
Le 28/11/2012 à 19:03
Des heurts entre manifestants et forces de l'ordre ont lieu depuis des jours place Tahrir, au Caire. (Mahmoud Khaled - AFP)

Egypte : manifestation contre le président Morsi au Caire


Egypte : tirs de gaz lacrymogène place Tahrir


"Dégage !" Le slogan utilisé ces jours derniers par les manifestants de la place Tahrir, au Caire, est identique à celui du printemps arabe, il y a presque deux ans. Depuis, les Frères musulmans et Mohamed Morsi ont accédé au pouvoir. Mais par un décret du 22 novembre dernier, le président s'est arrogé des pouvoirs exceptionnels, pour protéger une commission chargée de rédiger une nouvelle constitution, très controversée, pour le pays. Du coup, les Egyptiens sont à nouveau dans les rues.

Nous avons demandé à Frédéric Encel, professeur de relations internationales à l'ESG Management School et maître de conférences à Sciences-Po Paris, de nous dresser un tableau de la situation et de ses possibles évolutions.

Quel principal reproche formulent les Egyptiens à l'encontre du pouvoir actuel ?

Pour l'instant le véritable reproche est politique et institutionnel. Les manifestants disent en substance : on n'a pas abattu un dictateur pour qu'un autre se mette à sa place, même si l'autre a des convictions différentes, notamment religieuses. Il est très intéressant de voir que ces manifestations sont portées par des revendications intérieures et non, comme on le pense parfois en occident, par des questions internationales, comme celle de la cause palestinienne.

Jusqu'où, pensez-vous, cette contestation peut-elle aller ?

Une deuxième étape de la contestation peut cette fois porter sur le social. Il faut bien comprendre que c'était le fonds de commerce des Frères musulmans depuis des décennies. Pour l'instant, cette contestation sociale reste sous contrôle, car les Frères musulmans et les salafistes ont obtenu des scores absolument mirifiques, soit 65% de voix. Mais au-delà de sa capacité à être autre chose qu'un dictateur, si Morsi n'arrive pas à démontrer que la redistribution des maigres ressources du pays se fait de façon plus équitable que ce qu'i s'était passé pendant trente ans avec Moubarak, les choses risquent de s'envenimer.

Mohamed Morsi concentre tous les pouvoirs, pensez-vous qu'il puisse se maintenir ainsi longtemps ?

Oui, enfin Moubarak aussi avait tous les pouvoirs en mains et il a eu des ennuis. Si vous me demandez, en revanche, s'il a la volonté de changer les choses, je dis qu'il faut lui accorder le bénéfice du doute, car après tout, il vient d'arriver au pouvoir. La question est de savoir si, en revanche, il en a les capacités. Là, je ne crois pas. L'état de l'économie égyptienne est catastrophique, on est proche de la banqueroute. Par ailleurs, le contexte économique mondial ne va pas non plus aider cet état à emprunter ou à engager une espèce de plan Marshall. Comment assurer un emploi à ces millions de jeunes gens en général peu formés et peu qualifiés, voilà la principale difficulté.

Pensez-vous qu'un deuxième printemps arabe soit possible ?

La réponse est oui. En Egypte et ailleurs. Regardez ce qui se passe déjà en Tunisie. On retrouve un phénomène similaire. Des salafistes sont déjà en prison, les événements récents sont à peine moins violents que ceux d'il y a deux ans.

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