ÉDITO - Derrière les otages, l'enjeu nucléaire du Sahel

Pourquoi les otages ont-ils été libérés? Quel rôle a joué la France? Areva? Le président du Niger? Eléments de réponse.

Harlod Hyman
Le 30/10/2013 à 16:32
Mis à jour le 30/10/2013 à 16:41
Une partie du site de la mine d'uranium Somaïr d'Areva à Arlit, au Niger.  (Pierre Verdy - AFP)

Les otages d'Arlit sont libérés, c'est un très joli résultat. Plusieurs particularités dans cette affaire cependant.

Le pouvoir légal ne peut pas tout dire, la part de mystère doit demeurer. Cependant, l'on peut gloser: en quoi les quatre d'Arlit sont-ils différents des otages en Syrie? Certes, pour rapprocher les deux cas il y a des ravisseurs djihadistes. Là, s'arrêtent les ressemblances.

Car le Niger est essentiellement une mine d'uranium, vu d'Europe. La Syrie, non. Les employés d'Arlit sont enlevés il y a mille jours, sans que leur sécurité soit préalablement assurée par les gardes privés, ni par la force publique nigérienne.

Les entreprises, comme Areva, paient pour la libération des otages

Or sans uranium, point d'indépendance énergétique pour la France. Et gros problème pour notre industrie nucléaire. Donc l'enlèvement a porté atteinte à tout cela, et donc Areva et Satom sont directement saisis. Et ces sociétés n'ont pas les mêmes visées qu'une ONG comme Reporters Sans Frontières face au dilemme de la séquestration.

Le gouvernement du Niger non plus. On lit çà et là que le président Issoufou aurait voulu accroître ses royalties dérivées de l'extraction d'uranium. L'on doit aussi savoir que comme son ex-collègue malien, le président déchu ATT (Alpha Toumani Touré), les relations entre présidence et groupes armés du désert – certaines tribus touaregs, des bandits vaguement djihadistes, des qaïdistes authentiques — sont douteuses. L'on se parle, l'on discute, l'on commerce. Il s'agirait là de corruption, et cela aurait fait tomber ATT début 2012, alors que les Français d'Arlit étaient déjà captifs.

Leur histoire se termine par une libération, et une rumeur persistante et caractérisée de rançon. Or, il est d'usage qu'une entreprise commerciale paie pour libérer ses personnels. Le gouvernement détourne le regard tout simplement. Cela est archi-documenté dans l'histoire.

Un avantage pour renégocier à la hausse les royalties du Niger?

Mais dans notre affaire présente, certains analystes doutent que ce soit si clair. Selon Albert Farhat, specialiste des groupes terroristes islamiques, "on peut dire que le nœud de l'affaire des enlèvements, c'est la recherche par le président Mahamadou Issoufou d'une meilleure répartition des bénéfices de l'exploitation d'Arlit." Cette phrase signifierait, si on poussait le raisonnement, que le président Issoufou est venu aider dans la délivrance des otages pour obtenir un avantage dans une future renégociation de ses royalties.

En définitive, l'avenir nous dira si Issoufou parviendra à améliorer la donne pour l'État nigérien, et si les groupes de djihadistes bandits continueront à l'épargner. La France, elle, aura toujours son uranium, et les otages auront vécu une bien terrible expérience pour la cause de l'indépendance énergétique de la France!

Rappel: indépendance par rapport aux producteurs de pétrole arabes, dans des pays voisins du Niger, et d'où proviennent les djihadistes eux-mêmes.

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