Benoît XVI : entre la tradition et la crise de l'Eglise

PORTRAIT - Jeudi soir, Benoît XVI ne sera plus pape. Cet éminent professeur de théologie devrait laisser un souvenir mitigé, celui d'un souverain pontife qui a tenu à clarifier le message de l'Eglise tout en jonglant avec les scandales.

C.P. avec AFP | Benjamin Dubois (sujet vidéo)
Le 11/02/2013 à 13:39
Mis à jour le 27/02/2013 à 13:35

MISE A JOUR - Benoît XVI a tenu mercredi sa toute dernière audience, place Saint-Pierre, au Vatican. Un ultime rendez-vous face à plus de 100.000 fidèles au cours duquel il a évoqué "les eaux agitées" sur lesquelles navigue l'Eglise. Jeudi soir, il quittera ses fonctions de pape et laissera sa place. Retour sur le parcours d'un pape aux huit années tumultueuses de pontificat.

Benoît XVI, qui a annoncé le 11 février dernier sa démission à l'âge de 85 ans, devrait laisser le souvenir d'un pape qui a voulu clarifier le message d'une Eglise entachée par différents scandales, dont celui de la pédophilie, cherchant aussi à réconcilier la foi et la raison dans le monde moderne.

Cet éminent professeur de théologie allemand, qui n'aura pas suscité la ferveur dont a bénéficié Jean Paul II mais a suscité un respect croissant au fil des ans, devient pape le 19 avril 2005 à 78 ans après avoir régné près d'un quart de siècle sur la Congrégation pour la doctrine de la foi, ex-Saint Office.

La crise la plus profonde de l'Eglise contemporaine

Il sera confronté à la crise la plus profonde de l'Eglise contemporaine: celle des révélations en cascade, dans plusieurs pays d'Europe et d'Amérique du Nord, d'abus sexuels commis sur des enfants par des membres du clergé, aggravés par l'"omerta" de la hiérarchie.

Condamnant durement ces "péchés" et ordonnant la tolérance zéro, Benoît XVI demandera explicitement "pardon" aux victimes en juin 2010.

En 2012, il est confronté à l'intérieur du Vatican à un scandale de fuites de documents confidentiels, qui verra l'arrestation de son propre majordome, Paolo Gabriele : un symptôme des mécontentements et des divisions dans la Curie.

Un pape conservateur

S'il refuse toute évolution de l'Eglise sur les questions de moeurs (avortement, euthanasie, famille, homosexualité), ce pape conservateur, connaisseur de deux mille ans de christianisme, refusant la rupture avec la tradition, sera le premier à admettre l'utilisation du préservatif, dans des cas très limités, pour éviter la contamination du sida.

Né le 16 avril 1927 dans une famille modeste de la très catholique Bavière à Marktl-am-Inn, Joseph Ratzinger, entre en 1939 au petit séminaire. La même année, il est inscrit aux Jeunesses Hitlériennes, un enrôlement devenu obligatoire par décret. Le pape, qui a dénoncé l'"inhumanité" du régime nazi, a souligné que cet engagement avait eu lieu contre son gré.

Benoît XVI a cherché à faire revenir les intégristes dans le giron de l'Eglise, pourvu qu'ils acceptent le Concile. Il a appelé les Européens à ne pas rejeter leurs "racines chrétiennes". Il a travaillé à la "nouvelle évangélisation" mais aussi exprimé son respect aux non croyants.

Un théologien libéral

Ordonné prêtre en 1951, Joseph Ratzinger n'a connu de véritable expérience pastorale que de 1977 à 1981 à Munich. Il a enseigné la théologie dans plusieurs universités allemandes puis participé comme expert au concile Vatican II (1962-1965). Il figurait parmi les plus experts les plus libéraux.

Ce pape a déclenché plusieurs polémiques. La première a éclaté en septembre 2006 et l'a opposé au monde musulman après son discours sur les rapports entre raison et foi à Ratisbonne. En janvier 2009, sa décision de lever l'excommunication de quatre évêques intégristes dont l'un, le Britannique Richard Williamson, était un négationniste, avait soulevé un tollé. Mais il a multiplié les gestes de respect envers les musulmans et surtout les juifs.

La question du jour

Si cela était possible, seriez-vous prêt à habiter sur une autre planète?