Algérie : pourquoi l'intervention a-t-elle été aussi violente ?

Refus de négocier, intransigeance avec les terroristes, plusieurs otages morts... Les forces d'interventions algériennes ont opté pour la manière forte, sans concession. Pourquoi ? Eclairage avec des spécialistes des interventions policières.

Victor Garcia
Le 18/01/2013 à 17:25
Mis à jour le 18/01/2013 à 20:52
C'est dans ce site industriel gazier, près de la frontière libyenne, que la prise d'otages a eu lieu. (Farouk Batiche - AFP)

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Mercredi matin, un site gazier en Algérie est attaqué par des combattants liés à Al-Qaïda. Des représailles, selon les assaillants, pour avoir autorisé la France à survoler l'espace aérien algérien, dans le cadre du conflit malien.

Au final, 673 otages dont une centaine d'étrangers ont été libérés, mais seulement à la suite d'une intervention très violente de l'armée algérienne, qui aurait fait 18 morts parmi les ravisseurs et au moins 12 parmi les otages. Pourquoi les autorités algériennes ont décidé d'employer la manière aussi forte, allant même jusqu'à bombarder le site... gazier ?

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Le gaz, poumon économique de l'Algérie

Les terroristes n'ont pas attaqué n'importe quel site industriel. L'usine en question est au-dessus de "quatre gisements de gaz, soit 10% de la production algérienne (...) c'est monumental !", rapportait sur BFMTV Paul Quilès, ancien ministre de la Défense et de l'Intérieur. Un gaz que l'Algérie possède en grande quantité, exporte vers de nombreux pays (et notamment la France)... et rapporte beaucoup d'argent.

Un point de vue partagé par Kader Abderrahim, spécialiste du Maghreb et de l’islamisme à l'IRIS, Maître de conférences à Sciences-po Paris, interrogé par BFMTV.com. "Cette attaque contre le centre gazier d'In Anemas touche à ce qui est un centre névralgique de l'Algérie, qui permet la puissance et la prospérité de l'Algérie", explique-t-il.

Or, "même dans les années 90, les groupes islamistes ne se sont jamais attaqués à aucun site gazier ou pétrolier. C'est la première fois qu'ils le font, et c'est aussi la première fois que des ressortissants occidentaux sont pris en otages en Algérie", ajoute-t-il. "Cela fait beaucoup de premières pour les autorités algériennes, qui avaient à coeur de monter que la fermeté ne s'était pas émoussées de leur côté".

"Des sites comme ça il y en a d'autres et s'il n'y a pas l'exemplarité qui joue, ils (les Algériens, ndlr) peuvent se retrouver dans la même situation", explique de son côté Christian Prouteau, fondateur du GIGN (les forces d'intervention françaises).

Une armée brutale et puissante

Autre explication, la toute puissance de l'armée algérienne, qui semble décider de la manière des interventions sans forcément être en accord avec les politiques.

C'est en tout cas ce qu'explique Dominique Rizet, consultant police-justice pour BFMTV. "Chez nous (en France, ndlr), c'est le ministère de l'Intérieur qui donne le 'la'", explique-t-il. "Là-bas (en Algérie, ndlr), ce sont les militaires, ce sont les généraux de l'armée algérienne qui parlent... et ce ne sont pas des personnes réputées comme étant des tendres", ajoute-t-il.

Les forces de sécurité algérienne sont d'ailleurs volontier comparées aux forces d'intervention russes, qui, elles aussi, n'hésitent pas à employer la manière fortes lors de prises d'otages.

"Je pense que l'armée a tenté de montrer sa suprématie sur le pouvoir civil, en ne demandant pas l'autorisation pour agir et pour mener l'assaut conte la plateforme gazière", avance carrément Kader Abderrahim.

Un rapport historique au terrorisme

En matière de terrorisme, l'Algérie a toujours été rétive à toute tentative de négociation, quitte à sacrifier les otages. Une position "traditionnelle" selon Kader Abderrahim. Une réaction qui peut s'expliquer par la "violence des uns et des autres dans les années 1990", le fait que "les uns et les autres aient encore beaucoup de comptes à régler", ajoute-t-il.

Pendant cette période, les algériens ont connus "une opposition intérieure avec les islamistes très importante", confirme Christian Prouteau. Hors de question, donc, de faire preuve de faiblesse, ni de négocier.

Un message que les autorités algériennes avaient d'ailleurs déjà envoyés en 1994, avec la prise d'otage d'un airbus à l'aéroport d'Alger. L'avion avait rapidement été entouré de chars et de blindés et Charles Pasqua, alors ministre de l'Interieur, craignant une intervention brutale avait tout fait pour que l'avion puisse atterrir vers Marseille et que ce soit le GIGN qui intervienne.

L'intervention et le manque de communication critiqués

Résultat, l'intervention et le manque de communication ont été largement critiqués aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne et au Japon. La France, elle, s'est montrée plus discrète, notamment parce qu'elle est engagée au Mali et a besoin de l'espace aérien algérien).

"Il reste néanmoins extrêmement choquant que le président algérien Abdelaziz Bouteflika - qui devra s'expliquer" - n'ait téléphoné à aucun de ses interlocuteurs concernés par cette prise d'otage", conclu le spécialiste du Maghreb Kader Abderrahim.

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