Vin : qu’est-ce qui freine les exportations françaises ?

La consommation mondiale de vin ne cesse de croître, et les amateurs réclament de plus en plus la qualité. Mais les producteurs français peinent à profiter de ce qui devrait être un eldorado pour eux.

Nina Godart
Le 02/02/2013 à 14:00
La compléxité de l'offre, la concurrence accrue et l'affaiblissement de la production réduisent le leadership français sur le marché viticole (WikimediaCommons/flagstaffotos)

La consommation mondiale de vin continue d’augmenter. La hausse sera encore de 5% d’ici 2016, selon une étude de l’International Wine and Spirit Research pour Vinexpo. Et la croissance sera plus rapide en valeur qu'en volume. En somme, le monde va boire plus et de meilleure qualité.

A première vue, c'est un scénario idéal pour vendre davantage de crus français. Sauf que la production nationale est doucement en train de perdre son leadership sur ce marché en pleine expansion.

Il y a vingt ans, la France détenait 30% des parts du marché mondial. Depuis, alors que les échanges commerciaux ont doublé, "la part de l’Hexagone a été divisée par deux", souligne Nicolas Ozanam, délégué général de la Fédération exportation des vins et spiritueux.

Certes, l’Hexagone figure toujours parmi les premiers exportateurs, avec un peu moins de 19% du marché. Il est le numéro un de l’exportation en valeur, avec 9,9 milliards de dollars, soit l'équivalent de 70 Rafale par an. Mais nombreux sont les pays producteurs sur les rangs pour grignoter ses parts de marché.

Une concurrence féroce

"Nos compétiteurs ont profité de la hausse de la consommation", indique Nicolas Ozanam. Il y a l’Italie, l’Espagne, pour les Européens, mais aussi les Etats-Unis, l’Australie, le Chili. Et la Chine qui, sur le vin comme sur le reste, ne connaît pas la mesure.

Les vente chinoise à l’étranger ont explosé entre 2007 et aujourd’hui : + 124%. La Chine possède désormais l’un des plus vastes vignobles au monde, avec 500 000 hectares, rappelle le délégué général de la Fédération exportation des vins et spiritueux. Devenue le cinquième consommateur mondial, elle investit beaucoup pour le développer.

Mais le plus dangereux des concurrents pour la France, c’est son voisin transalpin. En quatre ans, les producteurs italiens ont réussi un exploit : augmenter leurs exportations de 52% quand celles de la France grimpaient difficilement de 5%. En volume, l’Italie nous a dépassé, pour devenir premier producteur mondial.

Une offre trop complexe

En cause : le manque de cohérence de l’offre française avec la demande internationale. La France dispose d’une gamme de produit très large, et "les vins français bénéficient d’une très belle image à l’étranger", reconnaît Nicolas Ozanam. Mais justement, "ils intimident les nouveaux consommateurs".

"Trop de cépages, trop d’appellations, trop de classifications"… On boit de moins en moins de rouge en Europe, mais de plus en plus en Asie et en Amérique. Il faut donc s’adapter à ce qu’attendent ces nouveaux clients. A savoir : une offre accessible, facilement compréhensible, et pas trop élitiste.

Une production insuffisante

Une offre plus simple donc, et surtout plus abondante. La surface viticole française s’est réduite d’environ 100 000 hectares depuis 2000, pour atteindre 820 000 en 2010, et la production s’est tassée de 22% entre 2000 et 2010. C’est la plus forte contraction parmi les grands pays européens exportateurs.

Plusieurs exlications à ce déclin. Vers la fin des années 80, l’Union européenne a renforcé les incitations financières à l’abandon de vignes. Les droits de plantation, instaurés dans les années 70 pour préserver les petits terroirs, ont également joué un rôle. Sans eux, pas d’autorisation de faire pousser de la vigne. Or ils sont délivrés au compte-goutte.

"La restriction à tout prix n’est peut-être pas en phase avec l’expansion mondiale" note le patron de la Fédération des exportations des vins et spiritueux. "Vu l’enjeu économique que représente l’évolution de la consommation, insiste-t-il, il faut essayer d’atteindre un certain niveau de volume", conclut Nicolas Ozanam.

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