Rémunérations des dirigeants: un coup pour rien en 2014?

Les dirigeants d'entreprises, qui faisaient voter pour la première fois sur leur rémunération en assemblée générale, n'ont pas rencontré de difficulté en cette saison 2014. Mais la donne pourrait être différente en 2015.

Nina Godart
Le 25/06/2014 à 14:26
Mis à jour le 25/06/2014 à 14:31
Les grands groupes, dont beaucoup ont leur siège à La Défense, n'ont pas eu de mal à faire accepter la rémunération de leurs dirigeants. (Igart 2005 - CC - Flickr)

La saison des assemblées générales s'est achevée le 23 juin avec celle de Vivendi, la dernière des grands groupes du CAC 40. L'heure est au bilan de la première année d'exécution du say-on-pay en France, cette mesure qui consiste à faire voter les actionnaires sur la rémunération du dirigeant. Le moins qu'on puisse dire, c'est qu'elle n'a pas créé de vagues.

Les émoluments des dirigeants sont passés comme une lettre à la Poste. Selon l'hebdo des AG, une publication destinée aux actionnaires, les rémunérations en hausse, qui concernaient 95 des entreprises du SBF 120, ont recueilli 91% d'approbation.

Faut-il en déduire que le say-on-pay est inefficace pour réguler les gratifications des dirigeants? Pas si vite, disent les experts du secteur.

Une année de test

Le Say on Pay:

Il remplace la loi promise par le candidat Hollande pour limiter le salaire des patrons, finalement abandonnée. Il consiste à faire voter les actionnaires sur la rémunération des membres du haut management. Mais leur vote n'est que consultatif. Il est préconisé par le code Afep-Medef, auquel adhèrent presque toutes les 250 plus grandes entreprises françaises.

Pour Bruno Fourage, du cabinet Mercer, qui conseille les entreprises sur la mise en place de cette pratique, "les actionnaires étaient dans de bonnes dispositions" en raison des belles performances du CAC 40, et parce que les sociétés ont "réellement fait des efforts de transparence".

Mais surtout, les actionnaires et les agences qui les conseillent "se sont montrés conciliants en cette année test", avance-t-il. Mais ils prévoiraient d'être plus critiques à l'avenir.

Chez ISS, la référence des agences de proxy, qui conseillent les actionnaires sur leur vote en AG, on reconnaît sans ambages avoir été souple sur le say-on-pay cette année. L'agence n'a attiré l'attention de ses clients que lorsque les "informations communiquées étaient insuffisantes et/ou imprécises. Ou quand les pratiques étaient manifestement en-deçà de celles habituellement rencontrées sur le marché français", précise la porte-parole de l'agence.

L'accent mis sur la performance

A présent, promet-elle, ISS va procéder à "un examen des pratiques de rémunération et des résultats des votes en 2014". Et en 2015, l'agence appliquera tous ses critères de recommandation habituels. Outre une information claire et détaillée, elle réclamera la cohérence entre rémunération et performance, rejettera les "éléments de rémunération susceptibles de récompenser l'échec", etc.

Les votants qui ne siègent pas aux conseils d'administration sont sur la même ligne, selon Colette Neuville, la presidente de l'Association des actionnaires minoritaires (Adam). "Certains fonds qui ont voté en faveur des rémunérations cette année m'ont indiqué qu'ils seraient plus regardants l'année prochaine", indique-t-elle. Ils veilleront tout particulièrement au "lien entre rémunération et performance, mais pas vraiment au montant en lui-même".

Les moins bons scores du Say on Pay (sous les 80%, les scores sont considérés comme faibles):

> Thalès: 54,94% des voix (l'Etat, actionnaire à 40%, a joué les trouble-fêtes)

> Safran 63,7%

> Renault: 64%

> Publicis: 67,7%

> Carrefour: 70,9%

> Solvay: 79,8%

> Vivendi: 89%

Des votes positifs quoi qu'il en soit?

Pas sûr pour autant que ce durcissement ait un effet sur le total des votes. D'abord parce que les actionnaires minoritaires, par définition, pèsent peu en AG. Et que "les actionnaires majoritaires, logiquement, votent les résolutions qu'ils ont eux-mêmes préparées en tant que membres du conseil d'administration", explique Colette Neuville.

Autre limite: les recommandations des agences de proxy sont parfois très peu suivies par leurs clients. La française Proxinvest par exemple, conseillait en 2013 de "rejeter 40% des résolutions. Or, le taux d'opposition des actionnaires a été de 4,97%", regrette la société.

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