Pourquoi Moody's a privé la France de son triple A

Après sa consoeur S&P, l’agence de notation américaine a dégradé la note de crédit de l’Hexagone de AAA à Aa1, lundi 19 novembre. Moody’s s’inquiète des perspectives de croissance de la France ainsi que de sa résistance à la crise de l’euro.

Julien Marion
Le 20/11/2012 à 6:31
Mis à jour le 20/11/2012 à 7:57

L’épée de Damoclès est donc une nouvelle fois tombée. Dans la nuit du lundi 19 novembre, l’agence de notation américaine Moody’s a annoncé la dégradation de la note de la France de Aaa à Aa1, soit un cran de moins. Cerise sur l’amère gâteau, Moody’s a assorti cette note d’une perspective négative, ce qui signifie que la note de la France peut encore être dégradée dans les prochains mois. Cette révision de la note de l'Hexagone était attendue: Moody's avait annoncé le 23 juillet son intention de la réévaluer.

Après Standard and Poor’s (S&P), Moody’s est ainsi la deuxième agence de notation à priver la France du fameux triple A, la note de crédit plus élevée au monde, censée être synonyme de clémence de la part des investisseurs sur le marché de la dette souveraine, même si la France n’a jamais emprunté à des taux aussi bas qu’après sa première dégradation par S&P. Désormais, seul Fitch attribue encore le triple A à l’Hexagone. Elle se prononcera “courant” 2013 sur une possible révision de la note de crédit de la France.

Trois raisons principales

Pour motiver sa décision, l’agence de notation américaine a retenu trois facteurs essentiels. Premièrement, les perspectives de croissance de la France sont “affectées par de multiples défis structurels, qui incluent l’érosion de sa compétitivité ainsi que les rigidités pérennes de son marché du travail, des biens et services”.

Et l’agence de rappeler une nouvelle fois combien la France a perdu en compétitivité par rapport à l’Allemagne, taclant au passage la taxation élevée, le fort niveau de contributions sociales ainsi que la législation “restrictive” qui mine le marché des services.

Deuxièmement, Moody’s évoque l’incertitude des perspectives budgétaires entourant le pays, en raison d’une demande interne et externe “affaiblies”. L’agence prend note de l’engagement du gouvernement qui vise à ramener le déficit à hauteur de 3% du PIB d’ici 2016. Mais elle dit trouver “très optimistes les prévisions de croissance du gouvernement” à 0,8% en 2013 et 2% en 2014. Elle souligne aussi que le chômage va être tiré vers le bas par une augmentation des impôts, une baisse des revenus et une baisse de l’immobilier. Pour toutes ces raisons, Moody’s dit craindre un “dérapage budgétaire” et anticipe de nouvelles mesures de consolidation.

Troisièmement l’agence doute de la résistance de la France face à des chocs provenant à la zone euro. Elle note ainsi l’importance de l’exposition de la France aux pays périphériques de l’union monétaire à travers ses liens commerciaux et son système bancaire. D’autant plus que “contrairement à d’autres pays jusque-là aussi bien noté qu’elle, mais hors de la zone euro, la France ne dispose pas de sa propre banque centrale pour financer sa dette en cas de distorsion du marché”. Le cas, par exemple, du Royaume-Uni ou de la Suède.

Pierre Moscovici pas surpris

Pierre Moscovici, dans l’immédiat n'a pas été supris par cette dégradation et a préféré voir “une sanction de la gestion du passé” dans la décision de Moody’s, rappelant à juste titre "la qualité de la signature" de la dette française. Mais il n’empêche que, comme Nicolas Sarkozy, François Hollande a désormais lui aussi connu l’expérience d’une dégradation de la dette française en étant président de la République.

Ce, à un moment crucial où le gouvernement tente de remettre la compétitivité des entreprises française en selle, via le fameux pacte, et où les partenaires européens semblent douter de la vigueur de la France.

Toutefois Moody’s adresse une très légère forme de satisfecit au gouvernement français. L’agence dit ainsi avoir limité la dégradation de la France à un cran, en raison de l’économie diversifiée de la France et des "engagements du gouvernement français à relancer la compétitivité" et à assainir les finances publiques.L’entourage de François Hollande a d’ailleurs considéré que la décision de Moody’s "valide notre stratégie économique de restaurer notre compétitivité et de mettre en oeuvre des réformes structurelles".

Mais, en même temps, si Moody's "reconnaît que les mesures annoncées récemment par le gouvernement visent à répondre à certains défis structurels", elle estime que "ces mesures seules ne vont sans doute pas assez loin pour restaurer la compétitivité et Moody's note que l'historique des gouvernements français successifs en matière de mise en oeuvre de telles mesures au cours des dernières décennies a été faible".

Si le gouvernement réussit néanmoins à implanter des mesures structurelles et fiscales qui permettent de relancer la compétitivité, Moody’s dit être prête à faire passer la perspective de la note de la France de “négative” à “stable”. Malheureusement, elle prévient: retrouver le triple A est impossible à moyen terme.

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