Livret A : pourquoi les banques sont à la lutte pour le délivrer

Même si ce placement n’est pas très rentable pour les établissements bancaires, il représente pourtant une manne financière non négligeable. Les banques ont donc intérêt à récupérer le maximum d'épargnants.

Diane Lacaze
Le 01/02/2013 à 9:00
Mis à jour le 01/02/2013 à 9:06
Le Livret A reste un enjeu pour les banques (DR)

Les chiffres clés

Réseaux historiques contre nouveaux distributeurs:

- La part de marché des nouveaux distributeurs dans la collecte des encours de livrets A atteint en 2011 25,6 % des encours totaux.

- La part de marché de la Caisse d’Epargne, la Banque Postale et le Crédit Mutuel – réseaux historiques avant l’ouverture du marché aux autres banques au 01 janvier 2009 - est 74,4 % en 2011.

- Mais les encours que gèrent les réseaux historiques ont néanmoins augmenté, passant de 153,8 milliards d’euros à fin 2010 à 159,8 milliards à fin 2011.

Connu depuis mi-janvier, le nouveau taux du Livret A change officiellement ce vendredi 1er février. Il passe de 2,25% à 1,75%. Même si les banques ont bataillé ferme pour que le taux soit aligné sur l’inflation (il aurait dû être à 1,5%) et pour contrer le relèvement du plafond (qui est finalement à 22 950 euros contre 15 300 fin septembre), le Livret A reste malgré tout un enjeu de taille pour elles.

En effet, même si l’argent collecté sur le Livret A leur échappe à hauteur de 65% au profit de la Caisse des dépôts, 35% reste quand même dans leur caisse. De plus, les banques reçoivent de l’Etat une rémunération au titre d’une commission d’intermédiation de l’ordre de 0,5%. "A cette époque où la liquidité se fait plus rare et où les ratios de liquidité ont été élevés par Bâle III, voilà une manne qu’elles ne boudent pas", analyse Jacques Poindron, juriste à l’Association française des usagers des banques (Afub).

C’est pourquoi les banques n’ont pas intérêt à perdre des clients et continuent leur politique de séduction pour attirer les épargnants dans leur établissement. Pour 2012, la collecte nette (dépôts moins retraits) a atteint le niveau record de 28,16 milliards d’euros. Il s'agit du meilleur millésime pour le Livret A en 194 années d'existence, devant les 18,7 milliards de 2008 et les 16,5 de 2009.

Baisse de la rémunération pour les banques

Tout l’enjeu pour les banques est ensuite de convaincre, à terme, leurs clients de basculer leur Livret A vers d’autres produits bancaires plus intéressants pour elles (comme l’assurance-vie par exemple). Elles doivent donc séduire un maximum d’épargnants.

Et si leur rémunération baisse encore à l’avenir – à 0,4% comme recommandé par Pierre Duquesne, chargé des questions économiques de reconstruction et de développement au Ministère des affaires étrangères, dans son rapport sur la réforme de l'épargne réglementée – elles ont tout intérêt à enregistrer un maximum de collecte aujourd’hui.

D’autant que la part versée à la CDC pourrait encore augmenter. En effet, en 2011, les banques et la CDC se sont livrées une guerre pour définir la répartition des dépôts du Livret A. Le gouvernement a donc décidé que si les montants gérés par la CDC atteignent, d'ici 2016, 135% des prêts qu'elles ont consentis au logement social, les acteurs du dossier se reverront, sans doute pour relever la part de la caisse.

Et si, en 2016, la part de la CDC n'a pas atteint 70%, les parties seront également amenées à se revoir, là encore sans doute pour renforcer la part de la caisse. Les banques ont donc tout intérêt à engranger d’ici là un maximum de dépôts.

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