Sans doute, les deux hommes parleront des pratiques fiscales de Google, qui déclare en France un chiffre d'affaires ridicule, et donc paye des impôts tout aussi minimes. Ces pratiques sont dans le collimateur du fisc, qui mène actuellement son second contrôle fiscal de la filiale française. A cette occasion, les agents du fisc ont notamment effectué un raid dans ses locaux le 30 juin 2011. Un raid dont la validité a été contestée par le moteur de recherche. Un jugement rendu à cette occasion (disponible ci-contre) révèle ce que le fisc reproche précisément au californien.
Le montage de Google
Joli conte de fées
Pour étayer ce soupçon, le fisc a réuni plusieurs preuves. D'abord, elle a saisi des contrats avec au moins un annonceur français, et interrogé son dirigeant. "Les contrats de publicité avec un annonceur français [sont] certes émis par Google Ireland, mais traités par des salariés de Google France, indique le texte. Il ne s'agit pas là de prestation de marketing ou d'assistance à la vente, mais bel et bien de conclusion de contrats de publicité. Le gérant de cet annonceur, entendu par les inspecteurs des impôts, précise qu'il reçoit effectivement des contrats à en-tête de Google Ireland, mais qui lui sont adressés par des représentants de Google à Paris, et que ses seuls interlocuteurs sont des salariés de Google France. Au vu des pièces produites, tous les problèmes de facturation entre cet annonceur et Google ont été réglés par la seule filiale française, qui ne semble pas dès lors exercer une simple activité d'assistance".
Offres d'emplois épluchées
Autre élément à charge: "les factures et les contrats de Google Ireland sont rédigés en français, et comporte une clause d'attribution de compétence aux juridictions françaises". Et les numéros de téléphone "utilisés dans les rapports avec Google Ireland ont pour titulaire Google France....". Sans compter que les filiales irlandaises et françaises "partagent les mêmes dirigeants".
Enfin, pour montrer qu'en réalité, Google Ireland "utilise les moyens humains et matériels" de Google France, le fisc s'est aussi intéressé aux fournisseurs du moteur de recherche. Ainsi, l'opérateur américain Level3 fournit des services d'hébergement en France "alors que Google Ireland est le destinataire de ces services". Ainsi, "Google Ireland dispose en France à son nom de moyens techniques permanents pour l'exercice d'une activité sur le territoire français, moyens mis à disposition de Google France", dont les services de Level3.
Google procédurier
Le 10 septembre, BFM Business publiait un article indiquant que la filiale française de Google n’avait payé au fisc que 5,5 millions d’euros d’impôts en 2011. Interrogé le 23 septembre dans l’émission Soft Power sur France Culture, le directeur général pour la France Jean-Marc Tassetto répondait: "nous payons 32 millions d’euros d’impôts en France, et non pas 5". Un chiffre plus élevé, mais qui relève d’une vision extensive de l’impôt: en effet, ce chiffre inclut la taxe professionnelle, les taxes foncières, les charges sociales, etc… Le chiffre de 5,5 millions d’euros correspond à l’impôt sur les bénéfices.
Bien sûr, Google a tout nié en bloc. Selon le moteur de recherche, "aucun élément ne permet de supposer que les salariés de Google France disposent du pouvoir de négocier et de conclure les contrats d'achat et de publicité, ou disposent d'un pouvoir de décision dans la gestion et le suivi des comptes". Ces arguments n'ont pas convaincu la Cour d'appel de Paris, qui, le 15 mai 2012, a donc validé le raid (Google ne s'est pas pourvu en cassation). Interrogé pour cet article, une porte-parole a déclaré "prendre acte de cette décision de justice. Google a pleinement coopéré avec les autorités fiscales, et continuera à le faire".
Visiblement procédurier, Google a aussi déposé un autre recours, sur les méthodes utilisées lors du raid, lui aussi été rejetté par la Cour d'appel le 31 août 2012.
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