La Caisse des dépôts et Haber Dassault au secours de Luc Besson

Les deux groupes injectent 14 millions d'euros dans Europa Corp, le studio du réalisateur du "Grand bleu".

Jamal Henni
Le 04/02/2013 à 9:25
Mis à jour le 04/02/2013 à 10:04
Luc Besson a trouvé une parade pour ne pas être trop dilué (BFM Business)

EUROPACORP
Les chiffres clés Les sociétés apportées à EuropaCorp

Digital Factory
Création: 1999
Activité: post production cinéma
Actionnaire: Front Line (Luc Besson)
Chiffre d'affaires*: 3,25 millions d'euros (+3%)  dont 83% auprès d'EuropaCorp
Résultat net*: -1,07 million d'euros (x 1,6)
Effectif: 32
Valorisation: 3,45 millions d'euros

*exercice clos fin mars 2012

Blue Advertainment
Création: 2008
Activité: publicité
Actionnaire: Front Line (Luc Besson) 100% à l'origine, puis 49% ont été vendus à Christophe Lambert en décembre 2009
Chiffre d'affaires**: 1,74 millions d'euros (x4)
Résultat net**: 55 133 euros (vs -73 056)
Effectif: 5
Valorisation: 6,85 millions d'euros dont 5,85 pour l'activité événementielle Blue Event

**exercice clos fin mars 2010. Aucun compte n'a été déposé depuis, et EuropaCorp n'a pas voulu communiquer de chiffres plus récents. Selon Wansquare, le chiffre d'affaires serait inférieur à 3 millions d'euros.

Source : comptes sociaux
Ce qu'il faut retenir Quelques éléments sur Blue
Clients: Orange (pour le site weareproducteurs), Total, PPR, Nana, Renault, Crédit agricole, Adidas, UMP, Europa Corp (pour L'amour dure trois ans, l'inauguration de la Cité du cinéma...)

Rémunération: selon les comptes d'EuropaCorp, Blue prélève une commission de 15% sur l'apport de "partenariats stratégiques" à EuropaCorp

Filiales:
BlueSix: filiale commune avec Fullsix, créé début 2009 et dissoute fin 2009, sans avoir aucune activité entretemps
Blue AM: filiale commune avec Aegis Media crée fin 2009, rachetée ensuite à 100% par Aegis

Enfin! En novembre 2011, EuropaCorp annonçait vouloir lever des fonds. Plus d'un an plus tard, le studio de Luc Besson a enfin trouvé de l'argent. Jeudi 3 janvier, il avait annoncé qu'il avait trouvé 13 millions d'euros, mais sans communiquer le nom des investisseurs.

Lundi 4 février, ces noms ont enfin été dévoilés: il s'agit de Habert Dassault Finances (fonds lié à la famille Dassault, qui injecte 9 millions d'euros) et d'Elan PME, une filiale de la Caisse des Dépôts Entreprises (qui apporte 5 millions d'euros). Chacun aura droit à un siège au conseil d'administration.
Rappelons que la Caisse des Dépôts avait déjà sauvé le projet de Cité du cinéma de Luc Besson à Saint Denis. Parallèlement, le fonds commun de placement CDC PME Croissance avait aussi acheté sur le marché 2,24% du capital d'Europa Corp.

Last but not least
, Luc Besson lui-même apporte 5 millions d'euros, ce qui fait qu'au total 19 millions d'euros seront injectés dans Europa Corp.

Parallèlement, EuropaCorp, déjà côté sur le compartiment C d'Euronext, espère aussi lever 1,2 à 4,2 millions d'euros supplémentaires en Bourse. Une augmentation de capital en ce sens a été lancée ce week end. Au total, l'augmentation de capital serait donc comprise entre 20,2 et 23,2 millions d'euros.

L'argent levé servira à la construction de multiplexes (pour 15,2 millions d'euros) et à des acquisitions dans la production télévisée (pour 3,8 à 6,7 millions d'euros).

La levée de fonds avait été confiée à la banque Rothschild. Des discussions auraient notamment eu lieu -mais sans aboutir- avec le Qatar.

La parade de Luc Besson

Le jackpot de Christophe Lambert

L'apport de Blue à EuropaCorp présente un avantage pour Christophe Lambert, directeur général d'EuropaCorp qui détient aussi 49% de Blue. Sa participation dans Blue va être convertie en une petite participation (1,09% soit un million d'euros au cours actuel) dans EuropaCorp, et devenir ainsi liquide. A noter qu'au passage, sa participation a été transférée vers une société néerlandaise baptisée Lambert Capital BV, visiblement pour des raisons fiscales. Toutefois, EuropaCorp assure que Christophe Lambert reste résident fiscal français.

Jusqu'à présent, Christophe Lambert détenait seulement une action d'EuropaCorp. Il était aussi prévu de lui attribuer des bons de souscription d'actions représentant 5% du capital, mais cette attribution n'a pas encore été mise en oeuvre.

En outre, l'ancien publicitaire bénéficie d'un salaire fixe de 500 000 euros bruts, d'un logement de fonction (avantage estimé à 120 000 euros par an), et d'un bonus variable qui peut aller jusqu'à 750 000 euros (il a atteint 641 793 euros lors du dernier exercice). Il bénéficie aussi d'un "golden parachute" de 2,5 millions d'euros maximum.

Last but not least, Christophe Lambert, en tant qu'actionnaire à 49% de Blue, a parallèlement reçu des dividendes de cette société. Selon les comptes, il devait ainsi recevoir 300 125 euros de dividendes pour l'exercice clos fin mars 2011.

A noter qu'il a fallu pas au total quatre réunions du conseil d'administration d'EuropaCorp étalées sur un an pour arrêter les détails de cette rémunération. Selon des sources industrielles, cela est dû au fait qu'un administrateur n’était pas d’accord sur cette rémunération, puis qu’il a quitté le conseil d'administration, et donc qu’il a fallu attendre la nomination d'un remplaçant pour approuver cette rémunération. Interrogé sur ce point, EuropaCorp n'a pas fait de commentaires.

Reste qu'une telle opération sera dilutive pour les actionnaires. En effet, la capitalisation boursière de la société n'est que de 90 millions d'euros.

Pour éviter d'être trop dilué, Luc Besson, principal actionnaire d'EuropaCorp avec 62% du capital, a trouvé une parade. Avant la levée de fonds, il vend à EuropaCorp plusieurs sociétés qui lui appartiennent. Cette opération lui permet de monter de 62% à 63,83% du capital.

Précisément, les deux sociétés apportées sont sa société de post production Digital Factory (installée dans un château en Normandie) et de son agence de publicité Blue Advertainment (qui a notamment travaillé pour l'UMP ou Orange). Ces sociétés sont valorisées au total 10,3 millions d'euros, un montant qui paraît élevé étant donné leurs résultats: leurs revenus sont modestes, et l'une d'elles, Digital Factory, est même déficitaire... (cf. ci-contre). Pire: la moitié de la valeur provient de la future organisation d'événements à la Cité du cinéma de Saint-Denis, une activité qui démarre à peine. En effet, la filiale chargée de cette activité, Blue Event, n'a été créée que le 24 juillet dernier, et n'a conclu un accord avec la Cité que le 5 novembre... Parallèlement, un commissaire aux apports était nommé le 1er octobre pour approuver la valorisation des actifs rachetés. Selon le site Wansquare, Luc Besson espérait même initialement valoriser ses apports à 12 millions d'euros, mais a visiblement été obligé de revoir à la baisse ses prétentions...

Toutefois, cette valorisation de 10,3 millions d'euros a été acceptée par le commissaire aux appports. Néanmoins, son rapport reste dubitatif: "Le caractère aléatoire de tout exercice de prévision est renforcé au cas présent par l'impossibilité de se référer aux résultats des derniers exercices, considérant la mutation significative de l'activité 'cinéma' de Digital Factory, la récente création de Blue Event, et la diversification engagée de Blue". En clair, cette généreuse valorisation s'est basée, non pas sur les résultats passés, mais sur un plan d'affaires à horizon 2015 fourni par Luc Besson et visiblement optimiste... Le commissaire aux apports ajoute: "une décote de 10% a été appliquée par prudence au résultat opérationnel prévisionnel de Blue Event, afin de tenir compte de la récente création de la société, et de la situation concurrentielle du marché français de la communication événementielle".  

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