Déficit, croissance : la semaine de vérité pour la France

La Commission européenne présentera, vendredi 22 février, ses perspectives pour les pays de l'Union. La France ne devrait pas pouvoir faire l'économie d'une révision à la baisse de sa prévision de croissance même si elle peut espérer que Bruxelles lâche du lest sur l'objectif de déficit.

Patrick Coquidé
Le 17/02/2013 à 17:10
Mis à jour le 18/02/2013 à 12:09
François Hollande confronté à la révision des prévisions économiques (AFP)

C'est l'heure de vérité pour tous les pays européens. Mais singulièrement pour la France. Vendredi 22 février, la Commision de Bruxelles présentera, en effet, ses prévisions économiques pour 2013 et 2014.

Inutile d'attendre le 22 pour estimer qu'elle fera un sort à la prévision de croissance française, toujours fixée à 0,8% même si les responsables de la majorité, président en tête, se sont succédés pour annoncer une révision de cette prévision à la suite du rapport annuel de la Cour des comptes puis des chiffres de l'Insee constatant une croissance nulle l'an dernier.

Selon les prévisions de l'observatoire BFMBusiness
, la croissance devrait aussi être nulle en 2013 en France. Le gouvernement ne devrait pas aller jusque là. Mais il ne pourra pas demeurer sur la crête des 0,8%. L'Elysée a beau marteler qu'il n'est pas question de changer d'orientation politique, c'est en fait toutes les prévisions pour 2013 contenues dans le budget qui vont être remises en questions : rentrées fiscales, investissements, créations d'emplois....

Les retraités en ligne de mire

Du coup, le gouvernement va être contraint d'afficher plus vite ses choix en matière d'économies budgétaires. Ce lundi 18 février, Pierre Moscovici, le minitre de l'Economie et des Finances, a affirmé que le gouvernement prendrait de nouvelle mesures d'économies budgétaires sont nécessaires en fonction des prévisions de la Commission.

Matignon et Bercy vont, certes, continuer à mettre la pression sur les ministères pour qu'ils présentent rapidement de véritables pistes d'économies de fonctionnement. Si elles ne seront effectives qu'en 2014, le Premier ministre voudrait pouvoir les annoncer dès les prochains mois en guise de sa volonté de prendre en compte une croissance plus faible que prévue.

L'autre grand axe d'économies est constitué par la Modernisation de l'action Publique(MAP), version hollandaise de la Rgpp sarkoziste. Outre l'examen de l'efficience de certaines politiques publiques comme les aides aux entreprises, le gouvernement voudrait accélérer la cadence en matière de réforme des retraites et de financement de la protection sociale.

Pour la première, c'est un impératif financier puisque le déficit du régime général atteindrait 20 milliards d'euros en 2017 selon le Conseil d'orientation des retraites (COR). La remise en cause de certains avantages fiscaux et sociaux profitant aux retraités (comme la CSG à 6,6% contre 7,5% pour les actifs) semble être une piste du gouvernement pour dégager des marges sans repousser immédiatement l'âge de départ en retraite.

Concernant cette fois la protection sociale, le gouvernement prépare une opération vérité dans l'ensemble des prestations, comme le suggère régulièrement la Cour des comptes. La piste de la fiscalisation des allocations familiales est en particulier à l'ordre du jour.

Convaincre Bruxelles et les marchés

Sur un point au moins, l'Elysée, Matigon et Bercy sont relativement confiants : Bruxelles serait prêt à desserrer l'étau sur l'objectif de déficit public toujours annoncé par Paris à 3% à la fin 2013. Un objectif que la Cour des comptes a encore estimé intenable dans son dernier rapport annuel, mardi12 février.

Ce dimanche 17 février sur Europe 1, Didier Migaud, son Premier président semblait pourtant estimer qu'un délai pour atteindre les 3% ne serait pas inconcevable dès lors que le gouvernement maintient ses efforts pour réduire les déficits. "On ne peut raisonner indépendamment de la conjoncture", a-t-il expliqué.

Toute la difficulté pour François Hollande et Jean-Marc Ayrault va être désormais de convaincre les autorités européennes et les marchés que les nouveaux efforts de rigueur de la France sont bien réels. Ce qui n'est pas assuré.


>> Michel Barnier, commissaire européen en charge du marché intérieur, et Bernard Cazeneuve, ministre délégué aux affaires européennes, seront les invités de Good Morning Business lundi 17 février à partir de 7H45.

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