Combien gagne un intermittent du spectacle?

Selon un rapport parlementaire, un intermittent gagne en moyenne 2.322 euros par mois. Il bénéficie d'allocations chômages plus généreuses que le régime général, mais subit une précarité accrue.

Jamal Henni
Le 22/04/2013 à 18:37
Mis à jour le 22/04/2013 à 18:38
Les députés Christian Kert (UMP), Jean-Patrick Gille (PS) et Patrick Bloche (PS) lors de la remise du rapport (P. Bloche)

La semaine dernière, la mission d'information de l'Assemblée nationale a rendu son rapport sur les intermittents du spectacle. Cet épais rapport de 300 pages, fruit de sept mois de travail, permet de dresser un portrait type de l'intermittent, et notamment de décortiquer ses revenus.

1/ combien gagne un intermittent?

Selon le rapport, un intermittent gagne en moyenne 2.322 euros par mois (2.590 euros pour un technicien et 2.020 euros pour un artiste).

Cette somme inclut à la fois le salaire et l'indemnité versée par l'assurance chômage au titre de l'intermittence. Cette allocation représente en moyenne 1.805 euros par mois, contre 1.123 pour un chômeur lambda. "Le montant et la durée de versement semblent plus avantageux que le droit commun", pointe le rapport.

Toutefois, l'allocation versée à un intermittent est encadrée: elle est au minimum de 31 euros par jour (soit 954 euros par mois si tout le mois est travaillé), et au maximum de 4.188 euros par mois.

Certains intermittents sont donc riches, mais ils sont peu nombreux: ainsi, 5.900 intermittents gagnent plus de 4.188 euros par mois, et même 1.900 gagnent plus de 5.400 euros par mois.

2/ combien y'a-t-il d'intermittents?

Le rapport montre que le nombre d'intermittents a explosé. Il cite notamment une étude du ministère de la culture, qui indique que leur nombre a triplé entre 1987 et 2006, passant de 40.000 à 123.000. "Parmi les artistes, la progression des effectifs a été la plus forte pour les musiciens dont le nombre est passé de 5.500 à 26.000 en vingt ans", indique l'étude.

Cette explosion est notamment dû à l'extension du régime de l'intermittence à un nombre croisant de professions, comme l'avait relevé la Cour des comptes. Notamment, depuis 1999, peuvent en bénéficier machinistes, costumiers, éclairagistes, ainsi que les salariés travaillant dans l'édition musicale, la gestion de salles de spectacle, la production et la promotion de spectacles.

Le rapport dresse aussi un portrait type de l'intermittent: c'est un homme (à 61%), qui habite l'Ile-de-France (à 44%), qui a un niveau d'études bac +3 (à 27%), et qui a une origine sociale favorisée, avec un père cadre moyen ou supérieur (à 49%).

3/ la situation des intermittents est-elle précaire?

L'explosion de l'intermittence (qui est en pratique un CDD) s'est traduite par une explosion de la précarité dans l'audiovisuel et du spectacle. Depuis 1998, la part des CDI est passée de 59% à 36%.

L'analyse sur une longue période montre que le nombre de contrats d'intermittents a décuplé entre 1989 et 2007, passant de 220.778 à 2,1 million. "Cette progression est largement imputable au secteur audiovisuel", indique le rapport.

Surtout, cette progression a été bien plus rapide que le nombre d'intermittents. Résultat: un intermittent effectue en moyenne 16 contrats par an, contre 5 il y a vingt ans. 

Autre phénomène: le nombre d'intermittents a cru plus vite que le volume de travail (+77% entre 1989 et 2007). Autrement dit: le nombre de convives a cru plus vite que la taille du gâteau... Conclusion: chaque intermittent travaille de moins en moins: 67 jours par an, contre 103 auparavant.

Comme le résume le sociologue Pierre-Michel Menger, cité par le rapport: "la fragmentation du travail en contrats de plus en plus courts va de pair avec leur dispersion sur un nombre de plus en plus élevé de salariés, qui accumulent chacun moins de jours de travail, auprès d’un nombre croissant d’employeurs, qui allouent chacun des quantités de travail de plus en plus faibles".

Une évolution qui "a engendré une fragilisation accrue de la situation des individus en termes de volume de travail et de rémunération", conclut le rapport.

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